Nelson Mandela : de la lutte contre l'apartheid à la présidence sud-africaine
Nelson Mandela (1918-2013) est l'avocat et militant sud-africain qui a codirigé la branche armée de l'ANC, purgé vingt-sept années de détention, puis présidé l'Afrique du Sud de 1994 à 1999.
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Nelson Mandela (1918-2013) est l'avocat et militant sud-africain qui a codirigé la branche armée de l'ANC, purgé vingt-sept années de détention, puis présidé l'Afrique du Sud de 1994 à 1999. Son parcours recoupe les quatre temps de l'apartheid : son installation légale après 1948, sa contestation de masse, sa répression policière, sa sortie négociée. Comprendre Mandela suppose donc de maîtriser des lois, des dates et des institutions, pas seulement une trajectoire individuelle. Cette fiche reprend la chronologie vérifiée, nomme les textes qui ont organisé la ségrégation, et expose les débats que les historiens et les économistes continuent de mener sur le bilan de la transition.
L'Afrique du Sud avant Mandela : de la ségrégation à l'apartheid légal
Une ségrégation antérieure à 1948
L'apartheid ne naît pas en 1948. L'Union sud-africaine, créée en 1910, réserve déjà le pouvoir politique à la minorité blanche. Le Natives Land Act de 1913 limite le droit d'achat foncier des Africains à une fraction du territoire. Le Natives (Urban Areas) Act de 1923 encadre leur présence dans les villes.
Ces textes précèdent donc d'un quart de siècle le mot « apartheid ». Les historiens en tirent une conséquence de méthode. Saul Dubow, dans Apartheid, 1948-1994, insiste sur la continuité entre ségrégation coloniale et apartheid, tout en soulignant la rupture d'échelle introduite après 1948.
1948 : le Parti national et le programme d'apartheid
Le Parti national de Daniel François Malan remporte les élections générales du 26 mai 1948. Il gouverne au nom d'un programme électoral qui fait de l'apartheid un principe d'organisation de l'État. Le terme, en afrikaans, signifie « séparation ».
La nouveauté tient moins à l'idée qu'à sa systématisation juridique. Entre 1949 et 1959, le Parlement vote une série de lois qui classent la population, séparent les espaces et limitent la circulation. Chacune de ces lois porte un nom précis, qu'il est utile de connaître.
L'arsenal législatif des années 1950
Les manuels distinguent souvent le « petit apartheid », qui sépare les usages quotidiens, et le « grand apartheid », qui sépare les territoires et les statuts. La distinction est commode, mais les deux séries de lois fonctionnent ensemble. Le tableau ci-dessous reprend les textes les plus fréquemment cités.
Année | Loi | Objet principal |
|---|---|---|
1949 | Prohibition of Mixed Marriages Act | Interdiction des mariages interraciaux |
1950 | Immorality Amendment Act | Pénalisation des relations sexuelles interraciales |
1950 | Population Registration Act (n° 30) | Classement de chaque habitant dans un groupe racial |
1950 | Group Areas Act | Affectation des zones urbaines par groupe racial |
1950 | Suppression of Communism Act | Interdiction du Parti communiste et de l'opposition assimilée |
1951 | Bantu Authorities Act | Création d'autorités « tribales » séparées |
1952 | Natives (Abolition of Passes and Co-ordination of Documents) Act | Généralisation du livret de circulation |
1953 | Reservation of Separate Amenities Act | Séparation des équipements publics |
1953 | Bantu Education Act | Système scolaire distinct pour la population africaine |
1959 | Promotion of Bantu Self-Government Act | Base juridique des bantoustans |
1959 | Extension of University Education Act | Séparation raciale de l'enseignement supérieur |
Les bantoustans, aboutissement du « grand apartheid »
La loi de 1959 organise le rattachement de chaque Africain à un « foyer national » ethnique. Le Transkei obtient un statut d'autonomie en 1963, puis une indépendance proclamée en 1976. Le Bophuthatswana, le Venda et le Ciskei suivent entre 1977 et 1981.
Aucun État étranger ne reconnaît ces entités. Le dispositif permet de retirer la nationalité sud-africaine à des millions de personnes sans modifier leur situation de travail. Cette dissociation entre territoire de citoyenneté et territoire d'emploi est un point d'examen classique.
La formation politique de Nelson Mandela
Du Transkei à Johannesburg
Rolihlahla Mandela naît le 18 juillet 1918 à Mvezo, dans le Transkei. Il appartient à une famille liée à la maison royale thembu. Il étudie à l'université de Fort Hare, établissement réservé aux étudiants noirs, qu'il quitte en 1940 après un conflit disciplinaire.
Il gagne ensuite Johannesburg et achève sa formation juridique. En août 1953, il ouvre avec Oliver Tambo le cabinet Mandela and Tambo. C'est, selon les travaux de Tom Lodge, le premier cabinet d'avocats noir de la ville, et un observatoire direct des effets des pass laws.
La Ligue de la jeunesse de l'ANC
Le Congrès national africain existe depuis 1912. Mandela y adhère au début des années 1940. En 1944, il participe à la fondation de la Ligue de la jeunesse, avec notamment Oliver Tambo, Walter Sisulu et Anton Lembede.
Cette génération reproche à la direction de l'ANC sa stratégie de pétition. Elle défend l'action de masse : grèves, boycotts, désobéissance civile. Le programme d'action adopté par l'ANC en 1949 traduit cette inflexion. Mandela n'est donc pas d'emblée un partisan de la lutte armée.
La campagne de défi et la Charte de la liberté
En 1952, l'ANC lance avec le Congrès indien sud-africain la Defiance Campaign. Le principe consiste à enfreindre publiquement les lois ségrégatives pour saturer l'appareil judiciaire. Mandela en est l'un des organisateurs nationaux.
Trois ans plus tard, le Congrès du peuple réuni à Kliptown adopte la Charte de la liberté, en juin 1955. Le texte proclame que l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent. Il réclame l'égalité des droits, la redistribution de la terre et la nationalisation des mines.
Le procès pour trahison de 1956-1961
En décembre 1956, le pouvoir fait arrêter cent cinquante-six militants, dont Mandela. L'accusation de haute trahison vise la Charte de la liberté, présentée comme un projet révolutionnaire. Le procès dure plus de quatre ans.
Il s'achève le 29 mars 1961 par un acquittement général. L'épisode a deux effets. Il occupe durablement les cadres de l'ANC. Il montre aussi que les tribunaux ordinaires ne suffisent pas au gouvernement, qui recourt ensuite à des lois d'exception.
1960 : Sharpeville et le passage à la lutte armée
Le 21 mars 1960
Le Congrès panafricaniste, fondé en 1959 par Robert Sobukwe après une scission de l'ANC, appelle à une campagne contre les pass laws. Le 21 mars 1960, une foule se rassemble devant le commissariat de Sharpeville, dans le Transvaal.
La police ouvre le feu. Le bilan officiel des autorités sud-africaines est de 69 morts et 180 blessés. La Commission vérité et réconciliation a conclu en 1998 que la fusillade dépassait la simple panique de policiers inexpérimentés. Des travaux d'historiens ont depuis rouvert la question du décompte des victimes.
L'interdiction de l'ANC et du PAC
L'état d'urgence est proclamé le 30 mars 1960. Des milliers d'arrestations suivent. L'Unlawful Organizations Act, voté la même année, permet d'interdire l'ANC et le PAC.
Les deux organisations passent à la clandestinité ou à l'exil. La voie légale de la contestation se referme. C'est le point que Mandela invoquera ensuite devant ses juges pour justifier le recours aux armes. Le 31 mai 1961, l'Afrique du Sud quitte le Commonwealth et devient une république.
Umkhonto we Sizwe, décembre 1961
Umkhonto we Sizwe, « le fer de lance de la nation », publie son manifeste le 16 décembre 1961, jour de ses premiers sabotages. Mandela en est l'un des fondateurs et le premier commandant.
La structure est distincte de l'ANC, mais liée à lui et au Parti communiste sud-africain. La doctrine initiale vise des infrastructures, non des personnes. Mandela quitte clandestinement le pays en 1962 pour chercher des appuis et suivre une formation militaire en Algérie et en Éthiopie.
Rivonia et vingt-sept années de détention
L'arrestation de 1962 et la descente de Liliesleaf
Mandela est arrêté le 5 août 1962, près de Howick. Il est d'abord condamné à cinq ans de prison pour incitation à la grève et sortie illégale du territoire.
Le 11 juillet 1963, la police perquisitionne la ferme de Liliesleaf, à Rivonia, près de Johannesburg. Elle y saisit des archives de l'organisation clandestine, dont le plan connu sous le nom d'opération Mayibuye. Ces documents servent de base au procès suivant.
Le procès et le discours du 20 avril 1964
Le procès de Rivonia s'ouvre le 9 octobre 1963 à Pretoria. Le juge Quartus de Wet préside, Percy Yutar occupe le siège du ministère public. Les accusés comprennent Mandela, Walter Sisulu, Govan Mbeki, Ahmed Kathrada, Denis Goldberg, Raymond Mhlaba, Elias Motsoaledi, Andrew Mlangeni, Lionel Bernstein et James Kantor.
Le 20 avril 1964, Mandela prononce depuis le banc des accusés une déclaration de plusieurs heures. Il y expose l'idéal d'une société démocratique et non raciale, et conclut qu'il est prêt à mourir pour cet idéal.
Robben Island, Pollsmoor, Victor Verster
Le verdict tombe le 12 juin 1964. Huit accusés sont condamnés à la réclusion à perpétuité. Bernstein est acquitté, Kantor libéré faute de charges.
Mandela est incarcéré à Robben Island, au large du Cap, de 1964 à 1982. Il est transféré à la prison de Pollsmoor en 1982, puis à Victor Verster en 1988. La détention dure vingt-sept ans au total. Elle se termine le 11 février 1990.
L'internationalisation de la cause
Pendant cette période, l'ANC en exil construit une campagne internationale. L'Assemblée générale des Nations unies qualifie l'apartheid de crime contre l'humanité dans une convention adoptée en 1973. Le Conseil de sécurité rend l'embargo sur les armes obligatoire en 1977, par la résolution 418.
Des sanctions économiques suivent dans les années 1980, notamment aux États-Unis avec le Comprehensive Anti-Apartheid Act de 1986. La part respective des sanctions, de la résistance intérieure et des difficultés économiques dans l'issue du régime reste discutée.
La sortie négociée : 1985-1994
Les contacts secrets des années 1980
À partir du milieu des années 1980, des émissaires du gouvernement rencontrent Mandela en détention. Le National Intelligence Service, dirigé par Niel Barnard, organise ces échanges. Mandela y négocie seul, sans mandat explicite de la direction de l'ANC en exil.
Ce point alimente une discussion historiographique. Certains auteurs y voient une prise de risque décisive. D'autres soulignent que l'ANC extérieur conservait la main sur la stratégie d'ensemble. Le pays connaît par ailleurs un état d'urgence quasi continu entre 1985 et 1990.
Le 2 février 1990 et la libération
Frederik Willem de Klerk accède à la présidence en 1989. Le 2 février 1990, dans son discours d'ouverture du Parlement, il annonce la levée de l'interdiction frappant l'ANC, le PAC et le Parti communiste. Il annonce aussi la libération de Mandela.
Celle-ci intervient le 11 février 1990. Les lois piliers de l'apartheid sont abrogées en 1991, dont le Population Registration Act et le Group Areas Act. La ségrégation légale disparaît alors avant tout changement du régime politique.
CODESA, violences et compromis
Les négociations multipartites s'ouvrent avec CODESA I, les 20 et 21 décembre 1991. Un référendum réservé à l'électorat blanc approuve la poursuite des réformes le 17 mars 1992. CODESA II échoue en mai 1992 sur les majorités constitutionnelles.
Le massacre de Boipatong, les 17 et 18 juin 1992, provoque le retrait de l'ANC de la table. Le Record of Understanding du 26 septembre 1992 relance le processus. L'assassinat de Chris Hani, le 10 avril 1993, constitue un second point de rupture évité.
Date | Événement |
|---|---|
26 mai 1948 | Victoire électorale du Parti national |
1950 | Population Registration Act et Group Areas Act |
21 mars 1960 | Fusillade de Sharpeville |
1960 | Interdiction de l'ANC et du PAC |
16 décembre 1961 | Manifeste d'Umkhonto we Sizwe |
12 juin 1964 | Condamnation à perpétuité au procès de Rivonia |
16 juin 1976 | Début du soulèvement de Soweto |
2 février 1990 | De Klerk lève l'interdiction de l'ANC |
11 février 1990 | Libération de Nelson Mandela |
1991 | Abrogation des principales lois d'apartheid |
18 novembre 1993 | Adoption de la Constitution intérimaire |
26-29 avril 1994 | Premières élections au suffrage universel |
10 mai 1994 | Investiture de Nelson Mandela |
1995 | Promotion of National Unity and Reconciliation Act |
10 décembre 1996 | Signature de la Constitution définitive |
29 octobre 1998 | Remise du rapport de la Commission vérité |
La Constitution intérimaire de 1993
Le Multi-Party Negotiating Forum se réunit à partir d'avril 1993. Il adopte la Constitution intérimaire le 18 novembre 1993. Le texte fixe trente-quatre principes constitutionnels que la future Constitution définitive devra respecter.
Il prévoit aussi un gouvernement d'unité nationale et une commission électorale indépendante. Le même mois, Mandela et de Klerk reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix 1993. Umkhonto we Sizwe est officiellement dissous le 16 décembre 1993.
1994-1999 : l'élection et la présidence
Le scrutin des 26-29 avril 1994
Les premières élections au suffrage universel se tiennent du 26 au 29 avril 1994, sous l'autorité de l'Independent Electoral Commission. L'ANC obtient 62,65 % des voix et 252 sièges sur 400 à l'Assemblée nationale.
Le Parti national recueille 20,39 % et 82 sièges. L'Inkatha Freedom Party obtient 10,54 % et 43 sièges. Le résultat prive l'ANC de la majorité des deux tiers, qui aurait permis d'écrire seul la Constitution définitive.
Le gouvernement d'unité nationale
Nelson Mandela est investi président le 10 mai 1994. La Constitution intérimaire impose l'association au gouvernement de toute formation dépassant vingt sièges. Thabo Mbeki et Frederik Willem de Klerk deviennent vice-présidents.
Le Parti national quitte la coalition en 1996. Le gouvernement lance la même année la rédaction de la Constitution définitive. La présidence de Mandela est donc marquée par une gestion permanente du compromis institutionnel plus que par une rupture d'appareil d'État.
La Constitution de 1996
L'Assemblée constituante adopte un premier texte le 8 mai 1996. La Cour constitutionnelle refuse de le certifier le 6 septembre 1996, au motif que plusieurs dispositions ne respectent pas les principes de 1993. Le texte est corrigé et adopté le 11 octobre 1996.
La Cour le certifie le 4 décembre 1996. Mandela le signe le 10 décembre 1996. Il entre en vigueur le 4 février 1997. La Constitution comprend une charte des droits étendue aux droits économiques et sociaux.
Le choix d'un mandat unique
Mandela quitte la présidence le 14 juin 1999, au terme d'un seul mandat. Thabo Mbeki lui succède. Ce retrait volontaire est fréquemment analysé comme un facteur de stabilisation institutionnelle.
Les biographes divergent en revanche sur le bilan interne de la présidence. Anthony Sampson, dans Mandela: The Authorised Biography, met l'accent sur le travail de réconciliation. Tom Lodge, dans Mandela: A Critical Life, souligne la délégation croissante des dossiers économiques à Thabo Mbeki.
La Commission vérité et réconciliation
La loi de 1995 et les trois comités
La Commission est créée par le Promotion of National Unity and Reconciliation Act n° 34 de 1995. Elle entre en fonction en 1996. Desmond Tutu la préside, Alex Boraine en est le vice-président.
Elle se compose de trois comités. Le comité des violations des droits humains examine les faits commis entre 1960 et 1994. Le comité de réparation et de réhabilitation formule des recommandations d'indemnisation. Le comité d'amnistie statue sur les demandes individuelles.
Les chiffres de l'amnistie
L'amnistie n'est ni générale ni automatique. Elle suppose deux conditions cumulatives : un mobile politique et une révélation complète des faits. Les auditions se déroulent en partie publiquement, entre 1996 et 1998.
Selon les chiffres publiés par la Commission, 7 112 demandes d'amnistie ont été déposées, 849 accordées et 5 392 refusées. Plus de 19 000 victimes ont été enregistrées à partir des déclarations recueillies. Le rapport final est remis le 29 octobre 1998.
Les critiques et leurs auteurs
Le dispositif a fait l'objet de critiques documentées, qu'il convient d'attribuer. Mahmood Mamdani, dans un article de 2002 intitulé Amnesty or Impunity?, reproche à la Commission d'avoir centré son mandat sur des violations individuelles. Il estime qu'elle a laissé hors champ les bénéficiaires ordinaires du système et les dépossessions de masse.
Richard A. Wilson, dans The Politics of Truth and Reconciliation in South Africa, analyse la Commission comme un instrument de légitimation du nouvel État. La famille de Steve Biko a contesté en justice le principe même de l'amnistie. Beth Goldblatt et Sheila Meintjes ont relevé la sous-représentation de la parole des femmes dans les auditions.
Le bilan économique et social de la transition
Du RDP à GEAR
Le gouvernement adopte en 1994 le Reconstruction and Development Programme, centré sur le logement, l'eau et l'électrification. En juin 1996, il publie la stratégie Growth, Employment and Redistribution, dite GEAR. Celle-ci vise environ 6 % de croissance annuelle et 400 000 emplois créés par an à l'horizon 2000.
GEAR met l'accent sur la discipline budgétaire et l'ouverture commerciale. Les objectifs d'emploi annoncés ne sont pas atteints. Le Congress of South African Trade Unions et le Parti communiste sud-africain, alliés de l'ANC, ont publiquement contesté cette orientation.
Les indicateurs publics
Les données chiffrées doivent être rattachées à leur producteur. Statistics South Africa, dans son rapport Poverty Trends in South Africa publié en 2017, établit que 55,5 % de la population vivait en 2015 sous le seuil supérieur de pauvreté national.
La Banque mondiale, dans son rapport Inequality in Southern Africa publié en 2022, retient un coefficient de Gini de 0,67 pour 2018, le plus élevé de sa base de 164 pays. Statistics South Africa donne un taux de chômage officiel de 32,7 % au premier trimestre 2026, et de 43,7 % en définition élargie.
Le débat historiographique
Le sens de ces chiffres est discuté. Sampie Terreblanche, dans A History of Inequality in South Africa, 1652-2002, soutient que la négociation politique a été dissociée d'une négociation économique qui n'a pas eu lieu. Patrick Bond, dans Elite Transition, défend une lecture voisine centrée sur le choix macroéconomique de 1996.
Adam Habib, dans South Africa's Suspended Revolution, nuance en insistant sur les contraintes du rapport de forces de 1994. Hermann Giliomee, dans The Afrikaners, examine de son côté le calcul des élites afrikaners. Ces lectures ne sont pas conciliables, et l'exercice attendu consiste à les exposer, pas à choisir.
Conclusion
Le dossier Mandela tient en quelques repères solides. Une ségrégation antérieure à 1948, un apartheid légal construit entre 1949 et 1959, une rupture en 1960, un procès en 1964, une libération en 1990, une élection en 1994. Ces jalons se retiennent vite. Ils suffisent à structurer une introduction, une partie de développement ou une question de culture générale sur les sorties négociées de régime autoritaire.
Le reste relève du raisonnement. La Commission vérité et réconciliation, la stratégie GEAR et les chiffres d'inégalité produits par Statistics South Africa et la Banque mondiale font l'objet de lectures divergentes. Mamdani, Wilson, Terreblanche, Bond, Habib et Giliomee ne disent pas la même chose. Exposer cette divergence et l'attribuer à ses auteurs vaut mieux qu'un jugement tranché, surtout avec un nom de loi exact et un chiffre rattaché à son producteur.
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