Louis XVI : le règne, la Révolution et la chute de la monarchie française
Louis XVI, de l'accession au trône en 1774 à l'exécution de janvier 1793 : réformes, dette, États généraux, Varennes, 10 août et procès devant la Convention.
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Louis XVI règne sur la France de 1774 à 1792, et il est à la fois le dernier roi de l'Ancien Régime et le premier roi constitutionnel français. Une monarchie endettée cherche à réformer sa fiscalité, échoue contre les corps privilégiés, puis convoque les États généraux en 1789 pour sortir de l'impasse. La monarchie devient constitutionnelle en 1791, avant de disparaître lors de la journée du 10 août 1792, sous l'effet de la guerre. La Convention juge ensuite le roi déchu et le fait exécuter le 21 janvier 1793, au terme d'un procès que les historiens discutent toujours.
Un roi de dix-neuf ans face à un royaume endetté
L'accession au trône en mai 1774
Louis Auguste, duc de Berry, naît à Versailles le 23 août 1754. Petit-fils de Louis XV, il devient dauphin après la mort de son père en 1765. Il épouse l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche en 1770, dans le cadre du renversement des alliances opéré en 1756.
Il monte sur le trône le 10 mai 1774, à la mort de Louis XV, à l'âge de dix-neuf ans. Son sacre a lieu à Reims le 11 juin 1775, selon le rituel traditionnel de la monarchie française. Retiens cette continuité : rien, en 1775, n'annonce ce qui suivra.
L'état du royaume à l'avènement
Le royaume que reçoit Louis XVI sort de guerres coûteuses, dont la guerre de Sept Ans close par le traité de Paris de 1763. La France y a perdu l'essentiel de son empire nord-américain et de ses positions en Inde.
La fiscalité repose sur un système d'exemptions et de privilèges, et les provinces ne sont pas imposées de façon uniforme. Les historiens des finances soulignent que le problème n'est pas seulement le volume de la dette. C'est aussi la capacité de l'État à lever un impôt accepté.
Turgot et l'échec des premières réformes
Anne Robert Jacques Turgot est nommé contrôleur général des finances en août 1774. Il applique une ligne d'économies, de liberté du commerce des grains et de suppression des entraves corporatives. Cette liberté provoque en 1775 des troubles frumentaires connus sous le nom de guerre des farines.
En janvier 1776, Turgot fait enregistrer six édits, qui suppriment notamment la corvée royale et les jurandes. L'opposition du parlement de Paris, d'une partie de la cour et des milieux corporatifs est immédiate. Turgot est renvoyé en mai 1776, l'essentiel de ses édits est rapporté, et le schéma du règne est déjà posé.
Les grandes dates du règne en un tableau
Date | Événement |
|---|---|
10 mai 1774 | Avènement de Louis XVI |
Août 1774 à mai 1776 | Ministère Turgot, puis renvoi |
1777 à 1781 | Necker aux finances, recours à l'emprunt |
1778 à 1783 | Engagement aux côtés des insurgents |
22 février 1787 | Assemblée des notables, refus du plan Calonne |
8 août 1788 | Convocation des États généraux annoncée |
5 mai 1789 | Ouverture des États généraux |
14 juillet 1789 | Prise de la Bastille |
20 et 21 juin 1791 | Fuite et arrestation à Varennes |
3 septembre 1791 | Constitution adoptée |
20 avril 1792 | Déclaration de guerre à l'Autriche |
10 août 1792 | Prise des Tuileries, suspension du roi |
21 septembre 1792 | Abolition de la royauté |
21 janvier 1793 | Exécution de Louis XVI |
La crise financière, les réformes et le verrou des parlements
Necker et la publicité des comptes
Jacques Necker, banquier genevois et protestant, dirige les finances à partir de 1777. Son titre est celui de directeur général des finances, car sa confession lui interdit la charge de contrôleur général. Il finance la guerre d'Amérique par l'emprunt plutôt que par l'impôt nouveau.
En février 1781, il publie le Compte rendu au roi, qui présente au public l'état des finances ordinaires et affiche un excédent. Sa méthode a été très discutée, car elle laisse de côté les dépenses extraordinaires de guerre. Necker quitte le ministère la même année.
Calonne et le plan de 1786
Charles Alexandre de Calonne devient contrôleur général en novembre 1783. Il mène d'abord une politique de dépense destinée à restaurer le crédit. En 1786, il présente au roi un constat de déficit structurel et un plan de réforme d'ensemble.
Le cœur du plan est une subvention territoriale, impôt foncier payé par tous les propriétaires sans distinction d'ordre. Calonne sait que les parlements refuseront d'enregistrer un tel texte. Il choisit donc de réunir une Assemblée des notables, ouverte le 22 février 1787.
Loménie de Brienne et le blocage de 1787 et 1788
Les notables contestent le diagnostic et renvoient la décision aux États généraux. Calonne est renvoyé en avril 1787. Étienne Charles de Loménie de Brienne lui succède, reprend une partie du programme, et se heurte au parlement de Paris, qui se déclare incompétent pour consentir l'impôt.
Les réformes judiciaires de mai 1788 retirent alors aux parlements l'enregistrement des lois. La contestation gagne plusieurs provinces, notamment le Dauphiné et la Bretagne. Le 8 août 1788, la convocation des États généraux est annoncée, Brienne se retire et Necker est rappelé.
Le rôle des parlements dans la crise
Un parlement d'Ancien Régime est une cour souveraine de justice. Il enregistre les lois et les édits fiscaux, et il peut adresser au roi des remontrances. Ce droit lui donne une capacité de blocage réelle sur la fiscalité nouvelle.
Les historiens discutent la nature de cette opposition. Certains y lisent la défense d'intérêts de corps et de privilèges fiscaux. D'autres soulignent que les parlements mobilisent un langage de la nation et du consentement, et les deux lectures coexistent.
La guerre d'Amérique, un succès diplomatique et un fardeau budgétaire
De l'aide secrète à l'alliance de 1778
La France soutient d'abord discrètement les insurgents d'Amérique du Nord. Le traité d'alliance franco-américain est signé en février 1778, et la France entre ouvertement dans la guerre la même année.
L'objectif est d'abord stratégique : affaiblir la Grande-Bretagne après les pertes de 1763. L'engagement mobilise des moyens navals importants.
Yorktown et le traité de Paris de 1783
La capitulation britannique de Yorktown, en octobre 1781, résulte d'une opération combinée. Les forces de Rochambeau et de Washington agissent à terre, l'escadre de Grasse contrôle la baie de Chesapeake. Les traités de 1783 reconnaissent ensuite l'indépendance des États-Unis, et la France obtient des gains coloniaux limités.
Le coût financier et la contradiction politique
Le conflit est financé presque entièrement par l'emprunt, sans réforme fiscale d'ampleur. Le service de la dette absorbe ensuite une part très lourde des dépenses ordinaires de l'État. Les reconstitutions chiffrées varient selon les historiens, car la comptabilité de l'époque n'isole pas toujours l'ordinaire de l'extraordinaire.
Une contradiction politique est souvent relevée. La monarchie soutient à l'extérieur une révolution fondée sur la représentation et le consentement à l'impôt. Elle refuse au même moment d'accorder chez elle un contrôle équivalent.
Les États généraux de 1789 et la question du vote par ordre
La convocation et les cahiers de doléances
Les États généraux n'avaient plus été réunis depuis 1614. Leur convocation implique des élections dans tout le royaume et la rédaction de cahiers de doléances, source considérable pour l'histoire sociale et politique.
Le 25 septembre 1788, le parlement de Paris se prononce pour la tenue des États généraux selon les formes de 1614. Cette position implique un vote par ordre et une représentation égale des trois ordres.
Le doublement du tiers et la question non tranchée
Le 27 décembre 1788, le Résultat du Conseil accorde au tiers état un nombre de députés égal à celui des deux autres ordres réunis. C'est le doublement du tiers, mais la question décisive reste ouverte.
Si le vote a lieu par ordre, le doublement ne change rien au rapport de force. S'il a lieu par tête, le tiers état et les députés qui le rejoignent deviennent majoritaires. Le pouvoir royal ne tranche pas avant l'ouverture, qui a lieu à Versailles le 5 mai 1789.
De l'Assemblée nationale à l'Assemblée constituante
Le blocage sur la vérification des pouvoirs dure plusieurs semaines. Le 17 juin 1789, les députés du tiers état, rejoints par des membres du clergé, se proclament Assemblée nationale. Le 20 juin, trouvant leur salle fermée, ils prêtent le serment du Jeu de paume.
Le 23 juin, lors de la séance royale, Louis XVI annonce des réformes mais ordonne la séparation des ordres. L'Assemblée ne se disperse pas. Le 27 juin, le roi invite les ordres à se réunir, et le 9 juillet l'Assemblée se déclare constituante.
Le passage à la monarchie constitutionnelle, de 1789 à 1791
L'été 1789
Le renvoi de Necker, le 11 juillet 1789, provoque une forte agitation à Paris. La Bastille est prise le 14 juillet 1789. Dans les campagnes, la Grande Peur se répand à partir de la seconde quinzaine de juillet.
Dans la nuit du 4 août 1789, l'Assemblée vote l'abolition des privilèges, précisée par les décrets des jours suivants. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est adoptée le 26 août 1789. Les 5 et 6 octobre, une foule venue de Paris ramène la famille royale aux Tuileries.
La question religieuse et la Constitution civile du clergé
Les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation en novembre 1789. La Constitution civile du clergé est votée le 12 juillet 1790, et le roi la sanctionne en août. Un serment est ensuite exigé des ecclésiastiques, ce qui divise durablement le clergé entre jureurs et réfractaires.
Le pape Pie VI condamne les décisions de l'Assemblée au printemps 1791. Plusieurs historiens considèrent que cette question religieuse pèse fortement sur les décisions personnelles du roi. Elle est citée parmi les motifs de la fuite de 1791.
La Constitution de 1791 et le veto suspensif
La Constitution est adoptée le 3 septembre 1791 et acceptée par le roi le 13 septembre. Elle institue une monarchie constitutionnelle. Le roi devient roi des Français et non plus roi de France, et il exerce le pouvoir exécutif.
Le roi dispose d'un veto suspensif sur les décrets, pour une durée limitée. Le suffrage est censitaire et distingue citoyens actifs et citoyens passifs. L'Assemblée législative se réunit le 1er octobre 1791, et aucun de ses membres n'a siégé à la Constituante.
Varennes, la guerre et la chute du 10 août 1792
La fuite de juin 1791
Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale quitte les Tuileries. Elle se dirige vers Montmédy, où le marquis de Bouillé commande des troupes. Le roi laisse une déclaration écrite qui critique l'œuvre de l'Assemblée.
Le convoi est reconnu et arrêté à Varennes, en Argonne, le 21 juin, puis ramené à Paris le 25 juin. L'Assemblée suspend provisoirement le roi et retient officiellement la thèse d'un enlèvement. Cette fiction juridique permet de sauver le cadre constitutionnel.
La rupture de confiance et le Champ-de-Mars
Varennes déplace durablement le débat. La question de la déchéance et celle de la république entrent dans l'espace public, portées par des clubs et des pétitions. Le 17 juillet 1791, la garde nationale tire sur une pétition rassemblée au Champ-de-Mars.
L'historien Timothy Tackett a consacré à cet épisode une étude traduite en français sous le titre Le roi s'enfuit. Il y défend l'idée que Varennes constitue un tournant majeur dans la radicalisation politique. Tous les historiens ne donnent pas à cet événement le même poids causal.
La guerre d'avril 1792 et la journée du 10 août
Le 20 avril 1792, sur proposition du roi, l'Assemblée déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie, c'est-à-dire à l'Autriche. Les premiers mois sont difficiles pour les armées françaises. Le 20 juin 1792, une foule envahit les Tuileries, et le 11 juillet l'Assemblée proclame la patrie en danger.
Le manifeste signé par le duc de Brunswick, daté du 25 juillet 1792 et connu à Paris début août, menace la capitale de représailles. Le 10 août 1792, les sections parisiennes et les fédérés prennent les Tuileries, et le roi suspendu est incarcéré au Temple le 13 août.
Le procès devant la Convention et l'exécution de janvier 1793
De l'abolition de la royauté à la décision de juger
La Convention nationale, élue au suffrage universel masculin, se réunit le 20 septembre 1792 et abolit la royauté le lendemain. La victoire de Valmy, le même jour, écarte la menace immédiate sur Paris.
Le 20 novembre 1792, la découverte de l'armoire de fer aux Tuileries livre une correspondance royale. Le 3 décembre 1792, après un débat nourri, la Convention décide de juger elle-même Louis Capet. L'acte énonciatif des griefs lui est lu le 11 décembre.
Les arguments des deux camps
Saint-Just, dans son discours du 13 novembre 1792, soutient que le roi ne peut être jugé comme un citoyen ordinaire. Il le tient pour un ennemi. Robespierre, le 3 décembre 1792, développe une thèse voisine, selon laquelle l'insurrection victorieuse a déjà jugé.
La défense est assurée par Malesherbes, Tronchet et Raymond Desèze, qui plaide le 26 décembre 1792. Il invoque l'inviolabilité royale garantie par la Constitution de 1791. Il conteste que la Convention puisse être à la fois accusateur et juge. Il soutient aussi que les actes antérieurs sont couverts par l'amnistie.
Une troisième position traverse l'assemblée. Plusieurs députés girondins, dont Vergniaud, demandent que la sentence soit soumise à la ratification des assemblées primaires. Condorcet se prononce contre la peine de mort au nom de son opposition de principe à ce châtiment. Thomas Paine, élu député, plaide pour la détention puis le bannissement.
Les votes de janvier 1793 et l'exécution
Question posée | Date du vote | Résultat |
|---|---|---|
Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté publique ? | 15 janvier 1793 | Culpabilité reconnue, aucune voix pour l'innocence |
Le jugement sera-t-il soumis à la ratification du peuple ? | 15 janvier 1793 | Rejet, 424 voix contre 283 |
Quelle peine sera appliquée ? | 16 et 17 janvier 1793 | La mort l'emporte, à une faible majorité |
Y aura-t-il un sursis à l'exécution ? | 19 et 20 janvier 1793 | Rejet, 380 voix contre 310 |
Le vote sur la peine se fait par appel nominal, chaque député motivant son choix. Les décomptes précis varient légèrement selon les sources, car certains suffrages sont assortis de conditions.
Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, place de la Révolution, aujourd'hui place de la Concorde. Marie-Antoinette est jugée puis exécutée en octobre 1793. Le dauphin, désigné Louis XVII par les royalistes, meurt au Temple en juin 1795.
Ce que débattent les historiens sur Louis XVI et sur la chute
Les lectures sociales de la Révolution
Alexis de Tocqueville, dans L'Ancien Régime et la Révolution paru en 1856, insiste sur la continuité de la centralisation administrative. Il avance que le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est celui où il se réforme.
Jules Michelet, Jean Jaurès, puis Albert Mathiez, Georges Lefebvre et Albert Soboul développent des lectures sociales. Ils placent au centre les tensions entre ordres, la question des subsistances et le rôle des milieux populaires. Chez Lefebvre, la crise de 1789 combine plusieurs révolutions parallèles.
Les lectures politiques et culturelles
Alfred Cobban conteste ce cadre dans The Social Interpretation of the French Revolution, publié en 1964. François Furet, dans Penser la Révolution française paru en 1978, déplace l'analyse vers la dynamique politique et idéologique. Keith Michael Baker, dans Inventing the French Revolution publié en 1990, étudie les langages politiques disponibles avant 1789.
Roger Chartier, dans Les Origines culturelles de la Révolution française paru en 1990, interroge le lien direct entre Lumières et Révolution. Jean-Clément Martin insiste pour sa part sur la contingence et sur l'enchaînement des situations.
Le débat sur le personnage et sa marge de manœuvre
Les biographes récents discutent sa capacité d'action propre. John Hardman décrit un souverain plus engagé politiquement que ne le suggère l'image d'un monarque passif. Munro Price a étudié la diplomatie secrète du roi et de son entourage en 1790 et 1791.
Jean-Christian Petitfils, dans sa biographie parue en 2005, propose une relecture d'ensemble du personnage et de ses décisions. Sur le procès, Michael Walzer et David P. Jordan ont analysé le régicide comme acte fondateur et comme problème juridique.
Tu peux donc organiser ta copie autour d'une question simple. La chute relève-t-elle d'une impasse structurelle des finances et des privilèges, d'une dynamique politique autonome, ou d'une suite de décisions contingentes ? Attribue chaque réponse à son auteur.
Conclusion
Le règne de Louis XVI se lit comme une longue tentative de réforme fiscale bloquée par les structures de l'Ancien Régime. De Turgot à Brienne, chaque ministre a proposé une version du même remède, et chaque projet a rencontré le même refus. Le blocage porte moins sur la dette elle-même que sur le consentement à l'impôt. La convocation des États généraux en 1789 découle de cette impasse.
La suite tient en trois ruptures : le passage à la monarchie constitutionnelle en 1791, la rupture de confiance après Varennes, puis la chute du 10 août 1792. Le procès de décembre 1792 et de janvier 1793 pose ensuite une question juridique et politique que les historiens discutent toujours. Pour une copie d'histoire, l'essentiel reste la précision des dates et l'attribution honnête des interprétations. Distingue bien les lectures sociales des lectures politiques et culturelles.
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