Sujet HGG ESCP 2026 : convoitises étrangères en Afrique
Sujet HGG ESCP 2026 décrypté : nouvelles convoitises étrangères en Afrique, alliances internationales. Plan, auteurs et chiffres pour la prépa ECG.
Virageprépa

Le 27 avril 2026, les étudiants en prépa ECG de toute la France ont planché 4 heures sur le sujet de HGG ESCP : "Nouvelles convoitises étrangères et reconfigurations des alliances internationales en Afrique". Un intitulé classique mais piégeux, qui touche au cœur des bouleversements géopolitiques de la décennie. Pour les ECG2 qui sortent de l'épreuve, comprendre comment ce sujet pouvait être traité est essentiel pour évaluer sa propre copie. Pour les ECG1 qui le passeront l'année prochaine, c'est une mine d'enseignements sur les attentes du jury ESCP.
Cet article te livre le décryptage complet du sujet HGG ESCP 2026 : analyse de la formulation, plan en 3 parties recommandé, liste des acteurs et chiffres clés à mobiliser, auteurs et concepts indispensables, exemples concrets pour étoffer la copie. Avec en bonus les pièges classiques sur ce type de sujet et la méthode pour les éviter aux prochains concours.
Analyse de la formulation : comprendre ce que le jury attendait
Décryptage des termes-clés
Trois mots-clés structurent l'intitulé : "convoitises étrangères", "reconfigurations", "alliances internationales". Chacun appelle une réflexion précise. "Convoitises" suggère une approche par les rivalités d'intérêts (économiques, militaires, idéologiques) plutôt que par la simple coopération. "Reconfigurations" implique une dynamique de transformation, donc une comparaison avec un état antérieur (l'Afrique post-coloniale, dominée par les anciennes puissances européennes). "Alliances internationales" élargit le propos au-delà des seules relations bilatérales, vers des coalitions et des blocs.
Le sous-entendu temporel : qu'est-ce qu'une convoitise "nouvelle" ?
Le mot "nouvelles" est crucial. Il invite à délimiter une rupture historique : à partir de quand parle-t-on de "nouvelles" convoitises ? Trois bornes possibles : 2008 (crise financière, montée chinoise), 2014 (Russie en Crimée, début Wagner), 2020 (Covid-19, recul français au Sahel). Une copie solide assume une délimitation claire. La rupture la plus défendable est celle des années 2010-2020, qui voit l'arrivée massive de nouveaux acteurs (Russie, Turquie, Émirats) et le recul des anciens (France, Royaume-Uni).
Le piège du sujet trop descriptif
L'erreur classique sur ce type de sujet est de produire une copie purement descriptive ("voici qui est en Afrique, voici ce qu'ils font") sans problématique réelle. Le jury attend une analyse des dynamiques : pourquoi cette nouvelle ruée ? Avec quelles conséquences pour la souveraineté africaine ? Avec quelle stabilité à long terme ? Sans cette dimension analytique, la copie plafonne à 10/20.
Les nouvelles convoitises : qui convoite l'Afrique en 2026 ?
La Russie : Wagner, Africa Corps et stratégie d'influence au Sahel
La Russie est l'acteur le plus visible de la décennie 2020. Implantation initiale via le groupe Wagner (Centrafrique 2018, Mali 2021, Burkina Faso 2023, Niger 2023), puis recomposition après la mort de Prigojine en août 2023 sous le nom d'Africa Corps, contrôlé directement par le ministère russe de la Défense. Présence militaire estimée à 5 000 hommes en 2025 selon l'IISS. Leviers d'action : sécurité (lutte anti-djihadiste, formation des armées), désinformation (réseaux sociaux, médias d'État RT), accès aux ressources (or au Mali, diamants en Centrafrique). Objectif géopolitique : contester l'ordre occidental et affaiblir la France.
La Chine : Belt and Road, dette et bases militaires
Présence chinoise massive depuis le sommet FOCAC de 2006, démultipliée avec les Nouvelles Routes de la Soie (BRI) lancées en 2013. Investissements cumulés en Afrique estimés à plus de 700 milliards de dollars sur 2000-2024 selon le Boston University Global Development Policy Center. Première base militaire à Djibouti depuis 2017, projets de bases supplémentaires (Guinée équatoriale). Particularité : approche transactionnelle ("win-win"), peu de conditionnalité politique, engagement de très long terme. Critique : piège de la dette (Sri Lanka, Zambie en restructuration depuis 2020).
La Turquie : modèle néo-ottoman et drones
Stratégie d'influence turque déployée par Erdogan depuis 2003, accélérée après 2016. Diplomatie tous azimuts : 44 ambassades en Afrique en 2024 contre 12 en 2002. Soft power via la TIKA (agence de coopération), les écoles Maarif, les mosquées Diyanet. Leviers économiques : Turkish Airlines dessert plus de 60 villes africaines. Hard power : drones Bayraktar TB2 vendus à plus de 15 pays africains depuis 2020 (Éthiopie, Maroc, Burkina Faso). Modèle attractif pour les régimes autoritaires : non-démocratie + religion + économie modernisée.
Les puissances du Golfe : Émirats arabes unis et Arabie saoudite
Acteurs souvent sous-estimés mais en forte montée. Les EAU déploient une stratégie portuaire (DP World contrôle 7 ports africains), militaire (base à Berbera au Somaliland), agricole (terres acquises au Soudan). L'Arabie saoudite mise sur l'investissement religieux et les hydrocarbures (raffineries en Égypte, Soudan). Investissements émiratis cumulés en Afrique : plus de 110 milliards de dollars sur 2012-2022 selon Mthuli Ncube.
Les États-Unis et l'Union européenne : recul stratégique mais pas effondrement
Recul relatif occidental. AGOA (Africa Growth and Opportunity Act) maintenu mais attaqué. Initiative Build Back Better World annoncée en 2021 comme contre-BRI, mais résultats modestes. Côté européen, le Global Gateway lancé en 2021 (300 milliards d'euros sur 7 ans) avec accent sur infrastructure verte. Mais la France perd ses bases au Mali (2022), Burkina Faso (2023), Niger (2023), Sénégal (2024). Le retrait militaire français est l'un des marqueurs les plus forts du sujet.
Les reconfigurations d'alliances : ruptures et nouvelles coalitions
L'Alliance des États du Sahel (AES), rupture régionale majeure
Création le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en réponse aux sanctions de la CEDEAO après le coup d'État au Niger. Transformation en confédération en juillet 2024, avec sortie effective de la CEDEAO en janvier 2025. Création d'une force conjointe de 5 000 hommes, projet de monnaie commune, projet de passeport. C'est la première rupture majeure d'un bloc régional africain depuis 1963. Le sujet ESCP attend explicitement cette mention.
Les BRICS+ et l'adhésion africaine de 2024
Élargissement des BRICS au sommet de Johannesburg en août 2023, avec entrée effective de l'Égypte et de l'Éthiopie au 1er janvier 2024 (l'Argentine ayant renoncé sous Milei). L'Afrique du Sud était déjà membre depuis 2010. Ce sont donc 3 grandes puissances africaines présentes dans un bloc explicitement positionné contre l'hégémonie occidentale. Conséquence : les BRICS+ représentent désormais 35 % du PIB mondial en PPA et 45 % de la population mondiale.
La diversification stratégique des États africains
Concept-clé à mobiliser : le "non-alignement actif" théorisé par le chercheur kenyan Patrick Njoroge. Les États africains refusent de plus en plus de choisir un camp et exploitent stratégiquement les rivalités entre puissances pour maximiser leurs gains. Exemples : le Sénégal de Diomaye Faye (élu en mars 2024) maintient des relations équilibrées avec la France, la Chine et la Russie. L'Éthiopie d'Abiy Ahmed jongle entre EAU, Chine et Russie. Cette diversification est la grande nouveauté géopolitique de la décennie.
Le rôle accru des organisations africaines
L'Union africaine (UA) gagne en importance avec son adhésion au G20 en septembre 2023. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), lancée opérationnellement en 2021, concerne désormais 54 pays et 1,4 milliard de personnes. Ces structures continentales pèsent plus dans les négociations avec les puissances étrangères qu'auparavant. Le sujet attend cette mise en perspective panafricaine.
Plan-type recommandé pour traiter le sujet en 4 heures
Introduction et accroche
Accroche possible : le sommet AES de Niamey en juillet 2024 où les présidents Goïta, Traoré et Tiani signent la confédération en présence du ministre russe Lavrov. Image symbolique de la reconfiguration en cours. Définition des termes-clés (convoitises, reconfigurations). Annonce d'une délimitation chronologique : la décennie 2014-2024. Problématique possible : dans quelle mesure les nouvelles convoitises étrangères en Afrique reconfigurent-elles les alliances internationales en redéfinissant les rapports de force entre puissances et en transformant les marges de manœuvre des États africains ?
Partie 1 : Les nouvelles convoitises traduisent une compétition multipolaire inédite
Sous-partie 1.1 : Le retour de la rivalité géopolitique sur le continent (Russie, Chine, États-Unis).
Sous-partie 1.2 : L'arrivée des puissances secondaires (Turquie, EAU, Inde) avec des modèles d'influence différenciés.
Sous-partie 1.3 : Le recul relatif mais continu des anciennes puissances coloniales (France au Sahel, Royaume-Uni en Afrique de l'Est). Mobilise dans cette partie la notion de "puissance d'influence" (Bertrand Badie) et le concept de "rivalité par procuration" (Frédéric Encel).
Partie 2 : Ces convoitises bouleversent les alliances et les architectures régionales
Sous-partie 2.1 : La fin de l'ordre régional ouest-africain avec l'éclatement de la CEDEAO et la création de l'AES.
Sous-partie 2.2 : L'intégration africaine dans des blocs globaux non-occidentaux (BRICS+, OCS observateurs).
Sous-partie 2.3 : Le renforcement paradoxal des cadres panafricains (UA au G20, ZLECAf). Mobilise les concepts de "reconfiguration multilatérale" (Hubert Védrine) et de "glocalisation" (Roland Robertson).
Partie 3 : Les États africains, entre stratégies de diversification et enjeux de souveraineté
Sous-partie 3.1 : Le non-alignement actif comme nouvelle doctrine (Sénégal, Éthiopie, Afrique du Sud). Sous-partie
3.2 : Les risques persistants de dépendance (dette chinoise, militarisation russe, retours en arrière démocratiques).
Sous-partie 3.3 : Vers une autonomie stratégique africaine ou une nouvelle dépendance ? Conclusion ouverte sur les enjeux 2030 (transition écologique, démographie, jeunesse).
Auteurs, concepts et chiffres-clés à mobiliser
Les auteurs incontournables sur le sujet
Bertrand Badie : "L'impuissance de la puissance", concept de "puissance d'influence"
Hubert Védrine : grilles de lecture sur la multipolarité, recul de l'Occident
Achille Mbembe : philosophie post-coloniale africaine, concept d'"afro-décolonialité"
Frédéric Encel : géopolitique des rivalités, "rivalités par procuration"
Yves Lacoste : géopolitique territoriale africaine
Sylvie Brunel : "L'Afrique est-elle si bien partie ?", développement africain
Anne-Cécile Robert : "L'Afrique vers l'émergence", critique du néo-colonialisme économique
Patrick Njoroge : non-alignement actif, doctrine africaine contemporaine
Les concepts-clés à intégrer
Multipolarité asymétrique
Soft power et hard power (Joseph Nye)
Piège de la dette (Brahma Chellaney)
Néo-colonialisme économique
Pivot africain de la Chine
Africanisation des conflits
ub and spokes (modèle d'alliances en étoile)
Les chiffres essentiels à connaître
Investissements chinois en Afrique : 700 Md$ cumulés sur 2000-2024
Présence russe Wagner / Africa Corps : 5 000 hommes en 2025
Drones Bayraktar TB2 turcs vendus à 15+ pays africains
44 ambassades turques en Afrique en 2024 (vs 12 en 2002)
AES : 71 millions d'habitants combinés (Mali + Burkina + Niger)
BRICS+ : 35 % du PIB mondial PPA, 45 % population
ZLECAf : 1,4 milliard de personnes, 54 pays
Pièges classiques sur ce type de sujet HGG
Piège 1, l'unilatéralisme russe ou chinois
Beaucoup de copies se concentrent uniquement sur la Russie ou uniquement sur la Chine, parce que ce sont les acteurs les plus médiatisés. Erreur. Le pluriel "convoitises" et le caractère "nouvelles" obligent à diversifier l'analyse vers les puissances secondaires (Turquie, EAU, Inde, Brésil). Une copie qui ne mentionne que 2 acteurs étrangers plafonne à 11/20.
Piège 2, l'oubli de l'agentivité africaine
Si tu présentes les Africains uniquement comme des victimes ou des objets de convoitises, tu rates la moitié du sujet. Les États africains sont des acteurs stratégiques, qui négocient, choisissent, jouent les puissances les unes contre les autres. La notion d'"agentivité africaine" (théorisée par Achille Mbembe) doit traverser ta copie.
Piège 3, l'absence de définition initiale
Sur un sujet à terminologie complexe, sauter la définition est une faute capitale. Définis explicitement : qu'est-ce qu'une "convoitise" (par opposition à "intérêt" ou "coopération") ? À partir de quand parle-t-on de "nouveau" ? Qu'est-ce qu'une "reconfiguration" ? Cette mise au point intellectuelle vaut souvent 2 à 3 points.
Piège 4, la confusion entre acteurs et alliances
Les acteurs (Russie, Chine, États) ne se confondent pas avec les alliances (BRICS, AES, OTAN, UE). Une copie qui mélange ces deux niveaux d'analyse perd en clarté. Distingue rigoureusement : qui sont les acteurs ? Quelles structures formalisent leurs relations ?






