Simone de Beauvoir : la fiche de cours de culture générale en prépa
Simone de Beauvoir en fiche de cours pour la prépa : parcours, existentialisme, Le Deuxième Sexe, la formule de 1949, réception, oeuvres et postérité.
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Simone de Beauvoir (1908-1986) est une philosophe française, agrégée de philosophie en 1929. Elle est l'autrice de Pour une morale de l'ambiguïté (1947) et du Deuxième Sexe (1949), ouvrage qui analyse la condition féminine avec le vocabulaire existentialiste. Tu la mobiliseras en dissertation pour trois choses précises. D'abord une éthique de la liberté en situation, ensuite la thèse de la femme constituée en Autre. Enfin la formule « on ne naît pas femme, on le devient », qui distingue le donné biologique de sa reprise sociale. Elle est aussi romancière, prix Goncourt en 1954 avec Les Mandarins, et mémorialiste. Cette fiche rattache chaque thèse à son ouvrage et à son année.
Repères : un parcours et une formation philosophique
De la bourgeoisie catholique à la Sorbonne
Simone de Beauvoir naît à Paris en 1908, dans une famille bourgeoise et catholique. Elle raconte cette enfance dans Mémoires d'une jeune fille rangée, paru en 1958. Elle y décrit la perte de la foi à l'adolescence, puis la décision de faire de l'étude le centre de son existence.
Ce récit t'est utile en dissertation, parce qu'il donne un cas concret de rupture avec un milieu d'origine. Il montre aussi comment une vocation intellectuelle se construit contre une assignation familiale.
L'agrégation de 1929
Beauvoir passe l'agrégation de philosophie en 1929. Elle est reçue deuxième, derrière Jean-Paul Sartre, à vingt et un ans. Elle est alors l'une des toutes premières femmes à obtenir ce concours en France.
Ce détail n'est pas anecdotique pour une copie, puisqu'il établit qu'elle dispose d'une formation philosophique complète et certifiée. Les débats ultérieurs sur son originalité ne portent donc pas sur sa compétence, mais sur la paternité de ses concepts.
Elle enseigne ensuite la philosophie en lycée, notamment à Marseille, à Rouen et à Paris. Elle quitte l'enseignement dans les années 1940 pour se consacrer à l'écriture, et ce passage par la classe explique la clarté pédagogique de ses essais.
Les oeuvres à connaître, date par date
Retiens ce tableau plutôt qu'une liste. Il te permet de citer juste, et d'éviter l'erreur la plus fréquente en copie, qui consiste à attribuer au Deuxième Sexe une thèse formulée ailleurs.
Oeuvre | Année | Genre | Thèse ou apport central |
|---|---|---|---|
L'Invitée | 1943 | Roman | La présence d'autrui comme épreuve concrète de la conscience |
Pyrrhus et Cinéas | 1944 | Essai | Toute action humaine se projette vers une fin qu'elle ne peut fonder absolument |
Le Sang des autres | 1945 | Roman | Responsabilité et conséquences de l'action en temps d'occupation |
Tous les hommes sont mortels | 1946 | Roman | L'immortalité vide l'action de son sens |
Pour une morale de l'ambiguïté | 1947 | Essai | Construction d'une morale à partir de la liberté et de l'ambiguïté humaine |
Le Deuxième Sexe | 1949 | Essai | La femme est constituée en Autre ; on ne naît pas femme, on le devient |
Les Mandarins | 1954 | Roman | Les intellectuels de l'après-guerre face aux choix politiques |
Mémoires d'une jeune fille rangée | 1958 | Mémoires | Formation d'une conscience intellectuelle contre son milieu |
La Force de l'âge | 1960 | Mémoires | Les années 1930 et 1940, l'occupation, l'entrée en littérature |
La Force des choses | 1963 | Mémoires | L'après-guerre, l'engagement, la réception de son oeuvre |
Une mort très douce | 1964 | Récit | La mort de sa mère, le corps et la dépendance |
La Vieillesse | 1970 | Essai | La vieillesse comme condition socialement construite et occultée |
Tout compte fait | 1972 | Mémoires | Bilan réflexif sur l'oeuvre et les engagements |
Beauvoir et l'existentialisme : une place discutée
Le vocabulaire commun
Beauvoir travaille avec les notions centrales de l'existentialisme français. La liberté n'est pas une propriété, mais un exercice, et l'existence précède toute définition de l'essence humaine. Le sujet se fait donc dans ses actes, et non avant eux.
Elle ajoute un accent qui lui est propre, celui de la situation. Une liberté ne s'exerce jamais dans le vide, car elle rencontre un corps, une classe, une éducation et des institutions. Ce mot de situation est celui que tu dois retenir pour l'articuler au Deuxième Sexe.
Pyrrhus et Cinéas, 1944
Son premier essai philosophique paraît en 1944, sous le titre Pyrrhus et Cinéas. Il part d'une question simple : pourquoi agir, puisque toute conquête sera reprise ? Beauvoir y soutient que l'action tire son sens du projet lui-même, et non d'une fin garantie d'avance.
L'essai introduit aussi la dépendance à autrui, puisque mon projet n'a de portée que s'il est repris par d'autres libertés. Cette idée prépare directement l'éthique construite en 1947.
Le débat sur son autonomie philosophique
Pendant des décennies, Beauvoir a été lue comme une disciple de Sartre. Elle a elle-même entretenu cette lecture, en se présentant comme écrivaine plutôt que comme philosophe, et les commentateurs ont ensuite discuté cette présentation.
Margaret Simons a travaillé sur ses carnets de jeunesse et sur ses écrits antérieurs à 1943. Michèle Le Dœuff, dans L'étude et le rouet (1989), a interrogé le rapport de Beauvoir à l'autorité philosophique masculine. Toril Moi a proposé une lecture de sa formation intellectuelle. Eva Lundgren-Gothlin a examiné ce que Le Deuxième Sexe doit à Hegel et à Marx.
Ces travaux ne concluent pas tous dans le même sens. Certains soulignent des thèses que Sartre ne formule pas, notamment sur la réciprocité des libertés, tandis que d'autres maintiennent une forte proximité conceptuelle entre les deux oeuvres. En dissertation, expose ce désaccord et attribue-le, sans le trancher.
Pour une morale de l'ambiguïté (1947)
Le problème posé
L'existentialisme avait été accusé de ne pouvoir fonder aucune morale, et l'essai de 1947 répond à cette objection. Si la liberté est sans essence, sur quoi appuyer une obligation ?
Beauvoir refuse de chercher un fondement extérieur. Elle part de la condition humaine telle qu'elle est, c'est-à-dire ambiguë, parce que l'homme y est à la fois conscience et chose, sujet et corps, liberté et facticité.
L'ambiguïté comme point de départ
L'ambiguïté n'est pas un défaut à corriger, mais la donnée dont une morale doit partir. Vouloir la supprimer conduit selon elle aux morales de l'absolu, qu'elle écarte.
De là une conséquence forte : la liberté ne se veut pas seule. Se vouloir libre, c'est vouloir la liberté d'autrui, parce que mon projet a besoin d'être repris. L'oppression est donc contradictoire avec la liberté même de l'oppresseur.
Les attitudes de fuite
L'essai décrit des figures qui esquivent cette condition. Beauvoir analyse notamment le sérieux, qui absolutise une valeur donnée, et l'aventurier, qui agit sans se soucier des fins d'autrui. Elle décrit aussi le nihiliste, qui nie toute valeur après avoir constaté leur absence de fondement.
Ces figures sont très rentables en dissertation, parce qu'elles te donnent des types d'attitudes morales nommés et articulés. Elles préparent surtout la description des conduites féminines analysées deux ans plus tard.
Le Deuxième Sexe (1949) : structure et thèse
Une rédaction de 1946 à 1949
Beauvoir travaille à l'ouvrage à partir de 1946, et le livre paraît en 1949, en deux tomes. Des extraits ont été publiés en revue avant la sortie du volume, ce qui a déclenché les premières polémiques.
Le projet initial était autobiographique, car Beauvoir voulait d'abord parler d'elle-même. Elle a constaté qu'il fallait auparavant expliquer ce que signifie être une femme, et l'essai naît de ce déplacement.
Tome I : les faits et les mythes
Le premier tome s'intitule Les faits et les mythes. Il procède par examen des discours qui prétendent définir la femme. Beauvoir y discute la biologie, la psychanalyse et le matérialisme historique, puis retrace une histoire, puis analyse des mythes littéraires.
Sa thèse centrale y est posée : l'humanité s'est pensée au masculin, et a constitué la femme en Autre. L'homme occupe la position du sujet et de l'universel ; la femme est définie par rapport à lui, comme relatif et comme inessentiel.
Tome II : l'expérience vécue
Le second tome s'intitule L'expérience vécue. Il change de méthode et adopte une démarche descriptive, proche de la phénoménologie. Beauvoir y suit les âges et les rôles successifs, de l'enfance et de la jeune fille au mariage, à la maternité et au vieillissement.
Elle décrit ensuite des conduites qu'elle nomme justifications, comme le narcissisme et l'amour envisagé comme dévouement total. Le tome se clôt sur les voies d'une émancipation, dont le travail et l'indépendance économique.
Tome | Titre | Méthode | Parties principales |
|---|---|---|---|
I | Les faits et les mythes | Critique des savoirs et des représentations | Destin, Histoire, Mythes |
II | L'expérience vécue | Description des situations concrètes | Formation, Situation, Justifications, Vers la libération |
« On ne naît pas femme, on le devient » : ce que la formule dit
Où et comment elle apparaît
La phrase ouvre le second tome, en 1949. Elle constitue donc le seuil de la partie descriptive, et non la conclusion de la partie critique. Cet emplacement est un argument à citer, puisqu'il indique un programme d'enquête plutôt qu'un slogan.
La formule exacte est : « On ne naît pas femme : on le devient. » Elle est suivie d'une précision sur la « figure » que la femme prend dans la société, et qui ne se déduit d'aucune donnée simple.
Le partage entre donné et construction
La formule distingue deux ordres de réalité. Il y a d'un côté des données biologiques, que Beauvoir ne nie pas et qu'elle examine longuement dans le premier tome. Il y a de l'autre la signification que la société, l'éducation et les institutions confèrent à ces données.
L'argument est que le second ordre n'est pas déduit du premier. Un corps est un fait, mais la « féminité » est une situation faite d'attentes, d'interdits et de rôles. Ce que le mot « devient » désigne, c'est ce travail social et biographique.
Ce que la formule ne dit pas
Elle ne dit pas que le corps serait indifférent, puisque Beauvoir consacre au contraire un long développement aux données biologiques, présentées comme une facticité qui compte.
Elle ne dit pas non plus qu'une femme choisirait librement sa condition, puisque Beauvoir parle de situation, c'est-à-dire d'un ensemble de contraintes réelles. La formule articule donc un donné et une construction, sans supprimer ni l'un ni l'autre.
Sur ce point, la copie se joue dans la précision, car beaucoup d'étudiants transforment la phrase en thèse sur l'inexistence des différences. Le texte de 1949 dit autre chose : ces différences existent comme faits, et ne fondent pas à elles seules la hiérarchie observée.
La réception de 1949 et les critiques adressées
Les objections morales et religieuses
L'ouvrage a suscité une hostilité immédiate, et François Mauriac a réprouvé publiquement les analyses de la sexualité féminine, jugées indécentes. Roger Nimier a pris la défense d'Henry de Montherlant, que Beauvoir critique dans le chapitre sur les mythes.
Le livre a été inscrit à l'Index des livres interdits de l'Église catholique, où il est resté jusqu'à la suppression de cet Index en 1966. Ce fait te sert à montrer l'ampleur du scandale.
Les objections venues du marxisme
Les critiques ne sont pas venues d'un seul bord, et Jean Kanapa, intellectuel communiste, a dénoncé le caractère cru de certaines descriptions. Marie-Louise Barron et Jeannette Colombel ont reproché à l'ouvrage son individualisme et son éloignement de la question de classe.
L'argument marxiste est identifiable : il soutient que l'émancipation des femmes passe d'abord par la transformation des rapports de production. Beauvoir reconnaît le poids du travail et de l'indépendance économique, mais refuse de réduire la condition féminine à la seule condition de classe.
Le succès malgré les attaques
Le livre s'est très bien vendu dès sa parution, puis de façon durable, et il a été traduit dans de nombreuses langues. Son audience universitaire s'est même parfois révélée plus forte à l'étranger qu'en France.
Pour une copie, retiens la structure du débat, car les reproches ont visé à la fois la morale sexuelle, la méthode et la place accordée à la classe sociale. Nomme les auteurs, restitue leurs arguments, et n'arbitre pas.
L'oeuvre romanesque et le travail autobiographique
L'Invitée (1943) et les romans de l'engagement
L'Invitée paraît en 1943. Le roman met en scène un trio et l'irruption d'une troisième personne dans un couple déjà formé. Il traite en situation la question de la conscience d'autrui, et fournit un exemple littéraire des thèses philosophiques de ces années.
Le Sang des autres, en 1945, porte sur la responsabilité de l'action et ses conséquences pour les autres. Tous les hommes sont mortels, en 1946, imagine un homme immortel et montre que l'action perd son sens sans finitude.
Les Mandarins (1954) et le prix Goncourt
Les Mandarins paraît en 1954 et obtient le prix Goncourt la même année. Le roman suit des intellectuels français de l'après-guerre, pris entre l'exigence littéraire et les choix politiques du moment.
Son intérêt pour toi est double, puisqu'il documente les dilemmes de l'engagement intellectuel tout en contredisant l'idée que Beauvoir n'aurait écrit que des essais.
Les Mémoires, de 1958 à 1972
Le cycle autobiographique compte quatre volumes principaux. Mémoires d'une jeune fille rangée paraît en 1958, La Force de l'âge en 1960, La Force des choses en 1963, Tout compte fait en 1972.
S'y ajoutent deux récits plus brefs. Une mort très douce, en 1964, décrit la mort de sa mère et la réduction d'une personne à un corps soigné. La Cérémonie des adieux, en 1981, porte sur les dernières années de Sartre.
Cette entreprise a une portée théorique, car Beauvoir y applique à sa propre vie la méthode du second tome de 1949. Décrire une situation de l'intérieur fait alors du récit de soi un instrument d'analyse.
Engagement politique et postérité
La guerre d'Algérie
Beauvoir cofonde en 1945 une revue intellectuelle avec Sartre et Maurice Merleau-Ponty, qui devient le lieu de ses interventions. Elle signe en 1960 le manifeste dit des 121, texte qui soutient le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie.
Elle s'engage ensuite dans l'affaire Djamila Boupacha, jeune militante algérienne torturée, et publie en 1962 avec l'avocate Gisèle Halimi un ouvrage consacré à ce dossier. Cet épisode montre une pratique de l'engagement par le cas concret.
Les années 1970
En 1971, Beauvoir figure parmi les signataires du manifeste des 343, texte par lequel des femmes déclarent avoir eu recours à l'avortement, alors interdit. Elle participe ensuite à la fondation d'une association de défense des droits des femmes en 1974.
En 1977, elle cofonde une revue de théorie féministe. Son essai de 1970, La Vieillesse, prolonge par ailleurs la méthode de 1949 sur un autre objet, en décrivant la vieillesse comme une condition socialement produite.
Les lectures ultérieures de sa distinction
La formule de 1949 a été reprise et discutée bien après elle. Monique Wittig, dans un texte de 1980, radicalise la thèse en soutenant que la catégorie même de femme est une construction politique. Judith Butler, dans Trouble dans le genre (1990), relit la formule pour proposer une théorie de la performativité du genre.
D'autres autrices ont contesté ces prolongements. Élisabeth Badinter et Sylviane Agacinski ont défendu des positions différentes sur la place de la différence des sexes. Antoinette Fouque a critiqué l'orientation générale du Deuxième Sexe.
Ces lectures ne s'accordent pas entre elles. Certaines voient dans Beauvoir l'origine d'une distinction entre sexe et genre, quand d'autres estiment qu'elle maintient un rapport au corps plus étroit que ses héritières. Ton travail en dissertation consiste à exposer ces positions et à les attribuer, pas à désigner la bonne.
Conclusion
Beauvoir se cite bien quand elle se cite avec précision. Rattache chaque thèse à son ouvrage et à son année. La morale de la liberté renvoie à l'essai de 1947, la femme comme Autre au premier tome de 1949, la formule sur le devenir au seuil du second tome.
Garde aussi la mémoire des désaccords. La question de son autonomie philosophique divise ses commentateurs, de Margaret Simons à Michèle Le Dœuff, et la réception de 1949 a mobilisé des critiques catholiques comme marxistes. Les lectures ultérieures, de Monique Wittig à Judith Butler, prolongent sa distinction dans des directions que d'autres autrices contestent. Un correcteur valorise l'exposé attribué, pas l'arbitrage.
Travaille ensuite ces références jusqu'à pouvoir les placer de mémoire, sans revenir à tes notes. Une fiche bien tenue transforme une autrice réputée difficile en ressource mobilisable dès les quarante premières minutes de brouillon.
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