République livre X de Platon : résumé, mimèsis et critique de la poésie

République livre X résumé de 595a à 608b : les trois lits, la mimèsis, Homère interrogé, l'âme séduite par la poésie et la vieille querelle avec la philosophie.

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Voici un résumé de la République livre X, limité au passage au programme (595a-608b), celui où Platon instruit le procès de la poésie imitative. Cette fiche complète notre hub de révision sur les œuvres de Platon, Zola et Woolf pour le thème « Les arcanes de la création ».

Tu y trouveras le passage étape par étape avec les références Stephanus (les numéros en marge des éditions de Platon), les notions clés et le lien avec l'Ion.

Ce qu'il faut savoir avant de lire le livre X

Le passage exact au programme

L'arrêté du 22 avril 2026, publié au Bulletin officiel de l'enseignement supérieur et de la recherche n° 21 du 21 mai 2026, inscrit au thème « Les arcanes de la création » l'« Ion » de Platon, traduction de Monique Canto, et « La République », livre X, 595a-608b, traduction de Georges Leroux, aux côtés de « L'Œuvre » de Zola et d'« Un lieu à soi » de Virginia Woolf. Ce thème coexiste avec « Expériences de la nature » : chaque concours précisera lequel il retient pour 2027.

Les citations de cette fiche viennent de la traduction d'Émile Chambry, libre de droits ; en dissertation, vérifie-les toujours dans la traduction de Georges Leroux.

Qui parle, et dans quel contexte

Toute « La République » est racontée par Socrate, d'où les « repris-je » qui ponctuent le texte. Dans le livre X, son interlocuteur est Glaucon, nommé à plusieurs reprises (599e, 600c, 606e), qui se contente le plus souvent d'approuver.

Le livre X revient sur une décision déjà prise : aux livres II et III, Socrate avait écarté une grande partie de la poésie pour des raisons morales et pédagogiques. Il la fonde désormais sur la distinction des parties de l'âme, établie au livre IV, et sur la nature même de l'imitation.

Résumé de la République livre X, de 595a à 608b

595a-595c : le bannissement de la poésie imitative

Socrate affirme que la cité qu'ils ont fondée est la meilleure possible, surtout grâce à leur règlement sur la poésie : ne jamais admettre la part de la poésie qui consiste dans l'imitation. Ces œuvres ruinent l'âme de ceux qui les écoutent, sauf s'ils possèdent un « antidote » : savoir ce qu'elles sont réellement (595b).

Il hésite, car il aime et respecte Homère depuis l'enfance. Il parle malgré tout, car « on doit plus d'égards à la vérité qu'à un homme » (595c, trad. Chambry). Le procès s'ouvre donc sur un conflit entre l'amour de la poésie et l'exigence de vérité.

596a-597e : les trois lits et les trois artisans

Socrate part de sa méthode habituelle : poser une idée unique pour chaque groupe d'objets qui portent le même nom. Il y a beaucoup de lits, mais une seule idée de lit. Le menuisier fabrique ses lits en regardant cette idée, mais aucun artisan ne fabrique l'idée elle-même (596b-c).

Il décrit ensuite un « artisan » capable de tout faire : les objets, les plantes, les vivants, la terre, le ciel, les dieux. Rien de plus facile : il suffit de promener un miroir de tous côtés. On obtient ainsi, répond Glaucon, « des objets apparents, mais sans aucune réalité » (596e, trad. Chambry). Le peintre est de cette espèce : il fait un lit, mais un lit apparent.

Le menuisier, lui, ne fait pas l'essence du lit, mais un lit particulier, qui ressemble au lit réel sans l'être (597a). D'où trois sortes de lits (597b), la première ayant pour auteur le dieu (Chambry écrit « Dieu ») :

Lit

Auteur

Nom retenu dans le dialogue (597d-e)

Rapport à la vérité

Le lit naturel, essence du lit

Le dieu

Créateur (phutourgos)

La vérité même

Le lit fabriqué

Le menuisier

Ouvrier (dèmiourgos)

Une copie de l'idée

Le lit peint

Le peintre

Imitateur

La copie d'une copie

Le dieu n'a fait qu'un seul lit essentiel : s'il en avait fait deux, il en apparaîtrait un troisième dont ces deux-là réaliseraient l'idée (597c). L'imitateur est donc l'auteur d'un produit « éloigné de la nature de trois degrés », et le poète tragique se trouve « de trois rangs après le roi et la vérité » (597e, trad. Chambry).

598a-598d : l'imitateur imite l'apparence

Le peintre n'imite pas les objets tels qu'ils sont, mais tels qu'ils paraissent : un lit vu de face ou de biais paraît différent sans l'être (598a). La peinture imite l'apparence (phantasma). Si l'art d'imiter peut « tout exécuter », c'est qu'il ne touche qu'une petite partie de chaque chose, et que cette partie n'est qu'un fantôme (eidôlon). Un bon peintre représentera un charpentier sans connaître le métier et trompera les enfants en montrant son tableau de loin (598b-c). Croire avoir rencontré un homme qui connaît tous les métiers, c'est être tombé sur un charlatan (598d).

598d-601b : Homère interrogé

Socrate passe à la tragédie et à Homère, « qui en est le père » (598d). Certains affirment que les bons poètes connaissent tous les arts. Socrate soupçonne qu'ils ont été trompés par des imitateurs dont les œuvres se réussissent sans connaître la vérité. D'ailleurs, celui qui saurait produire l'objet lui-même ne consacrerait pas sa vie aux images : il préférerait laisser de beaux ouvrages (599a-b).

Vient l'interrogatoire. Laissant de côté la médecine et les métiers, Socrate retient les sujets les plus importants dont Homère a parlé : la guerre, le commandement des armées, l'administration des États, l'éducation (599c-d). Quel État lui doit ses lois, comme Lacédémone les doit à Lycurgue, l'Italie et la Sicile à Charondas, Athènes à Solon ? Aucun. Quelle guerre a-t-il conduite ? Aucune. Quelle invention, comme Thalès ou Anacharsis ? Aucune (599d-600a). Quels disciples, comme Pythagore, dont on suit encore le « régime de vie » ? Aucun (600a-b). Si Homère et Hésiode avaient su rendre les hommes meilleurs, leurs contemporains ne les auraient pas laissés aller de ville en ville réciter leurs vers, alors qu'on comble aujourd'hui d'affection des sophistes comme Protagoras et Prodicos (600c-e).

Conclusion : tous les poètes, à commencer par Homère, ne sont que des imitateurs d'images (eidôla), qui n'atteignent pas la vérité (600e). Leur prestige vient de la mesure, du rythme et de l'harmonie ; dépouillés de ces couleurs, leurs poèmes ressemblent à des visages qui n'avaient d'autre beauté que leur jeunesse (601a-b).

601c-602b : l'usager, le fabricant et l'imitateur

Le peintre peint la bride et le mors, le sellier et le forgeron les fabriquent, mais seul l'écuyer, qui s'en sert, sait comment ils doivent être faits (601c). Pour chaque objet, trois arts : celui qui s'en sert, celui qui le fabrique, celui qui l'imite (601d).

Art

Exemple

Ce qu'il possède

L'art qui se sert de l'objet

L'écuyer, le joueur de flûte

La science (epistèmè)

L'art qui le fabrique

Le sellier, le fabricant de flûtes

Une croyance juste, fondée sur les avis de celui qui sait

L'art qui l'imite

Le peintre

Ni science ni opinion juste

L'imitateur imitera donc ce qui paraît beau à la foule et aux ignorants (602b). Deux points sont acquis : l'imitateur n'a qu'une connaissance insignifiante de ce qu'il imite, l'imitation n'étant qu'un jeu (paidia) indigne de gens sérieux ; et les poètes tragiques, en vers ïambiques ou épiques, sont imitateurs au plus haut point.

602c-605c : l'illusion et la partie inférieure de l'âme

Sur quelle partie de l'âme l'imitation agit-elle ? Socrate part des illusions d'optique : une même grandeur ne paraît pas égale de près et de loin, un objet plongé dans l'eau paraît brisé (602c). La peinture ombrée (skiagraphia) et l'art du charlatan exploitent cette faiblesse (602d). Contre elle, nous avons la mesure, le calcul et la pesée, qui relèvent de la raison (602d-e). Or une même faculté ne peut porter en même temps deux jugements contraires : ce qui juge contre la mesure est donc une partie inférieure de l'âme (603a). L'imitation la fréquente, et « médiocre accouplée à médiocre, l'imitation n'engendre que du médiocre » (603b, trad. Chambry).

La poésie, elle, représente les hommes agissant, heureux ou malheureux (603c). Prends un homme modéré qui perd un fils : il n'est pas insensible, mais il modère son chagrin, surtout devant les autres (603e-604a). La raison et la loi lui commandent de résister, la souffrance le pousse à se lamenter : deux poussées contraires, donc deux parties de l'âme (604a-b). Celle qui ressasse le malheur est déraisonnable et lâche (604d).

Pour plaire à la foule, le poète imite ce caractère passionné et changeant, plutôt que le caractère sage et égal, difficile à imiter et à comprendre au théâtre (604e-605a). Il ressemble donc doublement au peintre : ses œuvres valent peu au regard de la vérité, et il s'adresse à la partie de l'âme qui vaut peu. Première raison de l'exclure : il installe dans chaque âme un mauvais gouvernement (605b-c).

605c-607a : la plus grave accusation

Le pire est que la poésie corrompt même les honnêtes gens (605c). Devant un héros d'Homère qui se lamente, les meilleurs d'entre nous prennent plaisir à le suivre et admirent le poète (605c-d), alors que, dans leur propre deuil, ils mettent leur fierté à rester calmes : on applaudit un homme auquel on rougirait de ressembler (605d-e).

La partie de l'âme « qui a soif de larmes » (606a, trad. Chambry) est justement celle que les poètes satisfont, tandis que la meilleure relâche sa surveillance sous prétexte qu'il s'agit des malheurs d'autrui. Or les sentiments d'autrui passent en nous : une sensibilité nourrie des maux des autres se maîtrise mal dans les nôtres (606b). Il en va de même du rire (606c) et de toutes les passions, que la poésie arrose au lieu de les dessécher (606d).

D'où la règle : on accordera aux admirateurs d'Homère, qui en font l'éducateur de la Grèce (606e), qu'il est le plus grand des poètes, mais on n'admettra dans la cité que les hymnes aux dieux et les éloges des gens de bien (607a). Sinon, le plaisir et la douleur régneraient à la place de la loi.

607b-608b : la vieille querelle et le plaidoyer permis

Pour ne pas paraître dur, Socrate rappelle que la brouille entre la philosophie et la poésie est ancienne et cite des traits de poètes contre les philosophes (607b-c). Puis il ouvre une porte : si la poésie qui vise le plaisir prouve qu'elle a sa place dans une cité bien gouvernée, on la reprendra volontiers, car on en sent le charme, surtout chez Homère (607c-d). Elle pourra se défendre en vers, et ses amis non poètes plaider pour elle en prose, à condition de montrer qu'elle est utile et pas seulement agréable (607d-e).

Faute de preuve, il faudra s'en détacher comme un amant qui renonce à contrecœur à une passion funeste, en se répétant ces raisons pour résister à ses enchantements (607e-608a). Le passage se clôt sur l'enjeu : un grand combat, celui où l'on devient bon ou méchant, que ni la gloire, ni la richesse, ni la poésie ne doivent faire oublier (608b). La suite du livre X (récompenses de la vertu, immortalité de l'âme, mythe d'Er) est hors programme.

Les notions clés du livre X

Mimèsis, eidôlon, phantasma

La mimèsis est l'imitation : produire l'apparence d'une chose sans savoir ce qu'elle est. Platon ne bannit pas toute la poésie, mais la poésie imitative ; les hymnes et les éloges restent admis. L'eidôlon est l'image sans consistance, le fantôme (598b, 599a, 600e) ; le phantasma, la chose telle qu'elle paraît sous un certain angle (598b). L'imitateur ne produit pas un faux objet, mais une apparence d'objet.

Les trois degrés d'éloignement de la vérité

On compte en incluant le point de départ : l'idée (premier degré), l'objet fabriqué (deuxième), l'image (troisième). Socrate le confirme quand il demande à Homère s'il s'élève jusqu'au « second degré », celui de l'artisan, ici le législateur capable de produire de bonnes institutions (599d).

Science, opinion juste et ignorance

L'usager sait, le fabricant a une croyance juste (Chambry : une « foi » juste), l'imitateur n'a ni science ni opinion juste (601c-602b).

République livre X et Ion : deux procès du poète

Les deux textes de Platon au programme se répondent. Pour le premier, appuie-toi sur notre résumé de l'Ion de Platon.

Question

Ion

République X, 595a-608b

D'où vient le poème ?

De l'inspiration divine : le poète est possédé

De l'imitation d'apparences ; l'inspiration n'est pas invoquée

Le poète sait-il ?

Non : ni le poète ni le rhapsode ne parlent par art

Non, il n'a ni science ni opinion juste

Le test d'Homère

Ion dit avoir appris l'art du général dans Homère

Quelle guerre Homère a-t-il conduite ? Aucune

Le vrai juge

L'homme du métier : cocher, médecin, pêcheur, devin

L'usager : l'écuyer, le joueur de flûte

L'émotion du public

La chaîne des anneaux aimantés, jusqu'au spectateur

Les sentiments d'autrui passent dans nos cœurs

Homère

« Le meilleur et le plus divin » des poètes

Le plus grand des poètes, mais exclu de la cité

Dans les deux textes, le poète ne sait pas ce qu'il fait, mais l'explication change. Dans l'Ion, le poème vient d'un dieu qui parle par la bouche du poète : la création est un don, sacré mais étranger à tout savoir. Dans le livre X, elle devient une technique d'illusion, jugée depuis la vérité et depuis l'âme du spectateur. Deux détails se répondent aussi : l'errance (Ion récite à travers la Grèce au lieu de commander, Homère allait de ville en ville) et la foule (Ion guette sa recette, l'imitateur imite ce qui plaît au public).

Ce que la République livre X apporte au thème « Les arcanes de la création »

La création jugée depuis la vérité. Le dieu crée l'idée, l'artisan fabrique la chose, l'imitateur produit l'image. Le mot « création » prend ici un sens fort, réservé à ce qui produit du réel : celui qui fait tout, comme l'homme au miroir, ne fait rien.

Un secret qui est un savoir absent. Le mystère n'est plus le dieu qui inspire, mais l'écart entre ce que l'œuvre paraît savoir et ce que l'auteur sait. Le prestige de la poésie repose sur une illusion de compétence.

L'effet de l'œuvre sur celui qui la reçoit. La création agit sur l'âme du public. Cet axe te permet de confronter Platon à Zola, où l'œuvre dévore son créateur, ou à Woolf, attentive aux conditions matérielles de l'écriture.

Une condamnation ouverte. Le texte finit sur un défi : prouver que la poésie est utile. Aristote, dans la « Poétique », proposera une autre analyse des émotions tragiques. Cette fin t'évite de réduire Platon à un simple ennemi des poètes.

FAQ sur la République livre X de Platon

Seulement 595a-608b, dans la traduction de Georges Leroux, selon l'arrêté du 22 avril 2026. La suite, jusqu'au mythe d'Er, est hors programme.

Non. Il bannit la poésie imitative, en particulier la tragédie et Homère. Il garde les hymnes aux dieux et les éloges des gens de bien (607a), et accepterait de réadmettre la poésie si elle prouvait son utilité (607c-e).

On compte l'idée faite par le dieu, l'objet fabriqué par l'artisan, puis l'image produite par le peintre ou le poète (597e, 602c). L'imitation est au troisième rang à partir de la vérité.

Elle corrompt même les meilleurs (605c) : en nous faisant aimer les lamentations d'un héros, elle nourrit la partie de l'âme que nous tâchons de maîtriser dans notre propre vie.

Les deux refusent au poète un savoir réel et mettent Homère à l'épreuve sur la guerre. L'Ion explique la poésie par l'inspiration divine, le livre X par l'imitation d'apparences.

Celle du programme, de Georges Leroux. La traduction Chambry, libre de droits, aide à réviser, mais vérifie toujours la formulation dans ton édition.

Conclusion

Le passage 595a-608b de la République livre X tient en deux procès. Un procès métaphysique d'abord : avec les trois lits, Socrate montre que l'imitateur produit des fantômes, au troisième rang à partir de la vérité, sans science ni opinion juste, et qu'Homère n'a jamais légiféré, commandé ni éduqué. Un procès psychologique ensuite : l'imitation flatte la partie déraisonnable de l'âme et corrompt même les meilleurs, d'où l'exclusion de la poésie imitative, tant qu'elle n'a pas prouvé son utilité. Avec ces étapes, leurs références et la confrontation avec l'Ion, tu as de quoi nourrir tout sujet sur le savoir et le pouvoir du créateur.

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