Les droits de douane : outil protectionniste, arme géopolitique et enjeu mondial en 2025-2026

Le 2 avril 2025, Donald Trump monte à la tribune de la Maison-Blanche et déclare cette journée « Jour de la Libération ».

Lila Dumonteil Divies

Le 2 avril 2025, Donald Trump monte à la tribune de la Maison-Blanche et déclare cette journée « Jour de la Libération ». Il signe un décret imposant des droits de douane minimum de 10 % sur toutes les importations américaines, avec des taux bien plus élevés ciblant les 57 pays et entités jugés « déloyaux » : 20 % pour l'Union européenne, 24 % pour le Japon, 25 % pour la Corée du Sud, 46 % pour le Vietnam, 54 % pour la Chine. En quelques semaines, les droits de douane moyens pondérés des États-Unis passent de 2,5 % à environ 24 % : le niveau le plus élevé depuis plus d'un siècle, dépassant même le tristement célèbre Smoot-Hawley Tariff Act de 1930, qui avait aggravé la Grande Dépression. Le monde du commerce international entre dans une zone d'instabilité inédite depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pour les élèves de classes préparatoires abordant les thèmes du commerce international, de la mondialisation, du protectionnisme et des relations géopolitiques, les droits de douane de 2025-2026 constituent un cas d'étude d'une richesse exceptionnelle. Cet article propose une analyse complète : des fondements théoriques du droit de douane à la chronologie précise des décisions de Trump, des représailles internationales à l'invalidation partielle par la Cour suprême américaine, en passant par les impacts sectoriels et géographiques d'une politique commerciale sans précédent dans l'histoire contemporaine.

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Qu'est-ce qu'un droit de douane ? Fondements théoriques et historiques

Définition et mécanismes

Un droit de douane est une taxe prélevée par un État sur les marchandises importées ou, plus rarement, exportées. Il s'agit de l'instrument tarifaire le plus ancien et le plus direct de la politique commerciale. Son mécanisme est simple : en renchérissant le prix des produits étrangers à l'entrée sur le marché national, il améliore la compétitivité-prix des producteurs locaux, protège les industries nationales de la concurrence internationale et peut générer des recettes fiscales pour l'État qui les impose. Il existe deux grandes formes de droits de douane : les droits ad valorem, exprimés en pourcentage de la valeur du bien importé (par exemple 25 % sur la valeur d'un véhicule), et les droits spécifiques, fixés par unité de quantité indépendamment du prix (par exemple 5 dollars par kilogramme).

Qui supporte réellement le coût d'un droit de douane ? C'est l'une des questions les plus débattues en économie internationale, et l'une sur laquelle Donald Trump a manifestement pris position de façon incorrecte. En affirmant en 2025 que les droits de douane étaient payés par « les pays étrangers », Trump contredisait le consensus des économistes : dans la très grande majorité des cas, ce sont les importateurs nationaux qui règlent les droits aux douanes, et répercutent cette hausse de coût sur les prix finaux payés par les consommateurs et les entreprises américaines. Une étude du National Bureau of Economic Research a estimé que les droits de douane de 2018-2019 avaient coûté en moyenne 831 dollars par an à chaque ménage américain.

Le débat historique : libre-échange contre protectionnisme

Le droit de douane est au coeur de l'un des débats les plus anciens de l'économie politique. Les économistes classiques, d'Adam Smith à David Ricardo, ont théorisé les avantages du libre-échange : la spécialisation internationale selon les avantages comparatifs permet à chaque pays de produire ce qu'il fait mieux que les autres, augmentant la richesse globale. Ce paradigme a dominé la construction de l'ordre commercial international depuis 1945, à travers le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), puis l'Organisation mondiale du commerce (OMC) fondée en 1995, qui a progressivement réduit les barrières tarifaires mondiales.

Mais le protectionnisme a toujours eu ses défenseurs. L'économiste allemand Friedrich List, au XIXe siècle, a développé la théorie de l'industrie naissante : un pays en développement peut légitimement protéger ses industries émergentes le temps qu'elles atteignent une compétitivité internationale suffisante. Les critiques contemporains du libre-échange soulignent les effets sur l'emploi industriel dans les pays développés : la désindustrialisation des régions manufacturières américaines, souvent attribuée à la concurrence chinoise après l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001, a nourri un ressentiment populaire qui a alimenté les victoires électorales de Trump en 2016 et 2024. C'est ce contexte politique et économique qui rend la politique commerciale de la seconde administration Trump compréhensible, sinon économiquement défendable.

La stratégie Trump : une offensive protectionniste sans précédent depuis 1930

Les premières salves : janvier-mars 2025

Dès son discours d'investiture du 20 janvier 2025, Donald Trump publie un mémorandum intitulé « America First Trade Policy », ordonnant à l'ensemble des agences fédérales d'identifier les pratiques commerciales déloyales de tous les partenaires des États-Unis. Le 1er février, il signe trois executive orders imposant 25 % de droits de douane supplémentaires sur les importations du Mexique et du Canada, invoquant le trafic de drogue et l'immigration illégale, et 10 % supplémentaires sur les produits chinois. Le 10 février, il impose 25 % sur toutes les importations d'acier et d'aluminium, sans exception de pays. Le 3 mars, une nouvelle hausse de 10 % s'ajoute pour les produits chinois, portant le total à 20 % d'additionnels sur la Chine.

Ces premières mesures déclenchent immédiatement des réactions en chaîne. Le Canada annonce des droits de représailles de 25 % sur les produits américains. La Chine impose des tarifs de 15 % sur le charbon et le gaz naturel liquéfié américains, de 10 % sur le pétrole, les machines agricoles et les gros véhicules américains. Le Mexique et l'Union européenne annoncent des contre-mesures ciblées. Mais les droits sur le Canada et le Mexique sont partiellement suspendus le 7 mars, pour les produits conformes à l'accord ACEUM (équivalent de l'ALENA renégocié sous Trump 1), dans le cadre d'un accord de renforcement des contrôles frontaliers.

Le « Jour de la Libération » : 2 avril 2025, l'escalade maximale

Le 2 avril 2025 représente le point culminant de l'offensive tarifaire. Trump signe un décret imposant un plancher de 10 % de droits de douane sur toutes les importations américaines, avec des taux majorés pour 57 pays et entités. La logique affichée est celle de la « réciprocité » : Trump affirme vouloir répliquer aux barrières tarifaires et non tarifaires que ces pays appliquent aux exportations américaines, selon une formule de calcul critiquée par tous les économistes comme une simplification grossière basée non sur les tarifs réels appliqués mais sur les déficits commerciaux bilatéraux. La réaction des marchés financiers est immédiate et brutale : les indices boursiers mondiaux plongent dans ce que les médias décriront comme le « krach boursier d'avril 2025 », effaçant plusieurs milliers de milliards de dollars de capitalisation en quelques séances.

Face à cette pression, Trump concède partiellement dès le 9 avril : il suspend pour 90 jours les droits majorés pour la plupart des pays, maintenant uniquement le plancher de 10 %. Mais il choisit d'intensifier la pression sur la Chine, portant les droits de base sur les importations chinoises à 54 %, puis au fil des semaines à 125 %, en réponse aux représailles chinoises. Au pic de la confrontation, les États-Unis appliquent des droits de 145 % sur les importations chinoises, et la Chine des droits de 125 % sur les importations américaines : un quasi-embargo réciproque qui rend les échanges bilatéraux quasi impossibles.

Les mesures sectorielles et la fin du de minimis

En parallèle des droits généraux, Trump impose des mesures sectorielles ciblées. Les importations d'acier et d'aluminium sont frappées de 25 % supplémentaires depuis le 10 février 2025, étendus à tous les pays sans exception. Les véhicules automobiles importés sont taxés à 25 % depuis le 3 mai. Le secteur du bois d'oeuvre est soumis à des droits spécifiques à partir d'octobre 2025. Les semi-conducteurs avancés font l'objet d'une proclamation additionnelle de 25 % le 14 janvier 2026 en vertu de la section 232, ciblant les puces hautes performances utilisées dans l'intelligence artificielle. Enfin, le régime de minimis, qui exemptait de droits de douane les colis d'une valeur inférieure à 800 dollars, est supprimé à partir du 29 août 2025 pour tous les partenaires, y compris l'Union européenne : chaque colis est désormais taxé dès le premier dollar, un coup direct porté aux géants du commerce électronique comme Shein ou Temu, qui avaient largement utilisé ce régime pour inonder le marché américain de produits chinois à bas prix.

Les représailles mondiales : quand chaque acteur joue sa partition

La Chine : du bras de fer à la réorientation stratégique

La Chine a répondu à l'offensive américaine avec une stratégie en deux temps : la riposte immédiate, et la réorientation profonde de son commerce extérieur. Dans un premier temps, Pékin a répliqué tarif pour tarif : droits de 10 à 15 % sur les exportations agricoles américaines, taxes sur le charbon et le gaz naturel liquéfié, puis escalade symétrique jusqu'à 125 % de droits sur les importations américaines. La Chine a également mobilisé son arme la plus redoutable sur le long terme : le contrôle des terres rares. Elle contrôle 70 % de l'extraction et 90 % de la transformation mondiales de ces métaux essentiels à toutes les industries de haute technologie. En juin 2025, puis en octobre, Pékin a renforcé ses contrôles à l'exportation de terres rares, imposant des licences obligatoires même pour les produits fabriqués à partir de terres rares chinoises hors de son territoire. En réponse, Trump a annoncé le 11 octobre 2025 des droits supplémentaires de 100 % sur les importations chinoises, menaçant de les porter à 200 %.

Mais la véritable réponse chinoise a été structurelle : une réorientation massive de ses exportations vers d'autres marchés. Malgré une chute de près de 30 % de ses exportations vers les États-Unis, la Chine a enregistré sur les huit premiers mois de 2025 une hausse de 3,5 % de son commerce extérieur global et un excédent commercial de plus de 1 000 milliards de dollars, un record historique. L'Amérique du Sud, le Moyen-Orient, l'Afrique et les pays des Nouvelles Routes de la soie ont absorbé une partie croissante des exportations chinoises. Le Brésil est devenu le principal fournisseur de soja chinois, se substituant aux États-Unis dont les exportations agricoles vers la Chine ont été divisées par plus de deux. Le 30 octobre 2025, une trêve est conclue lors d'un sommet Trump-Xi en Corée du Sud : réduction des droits américains en échange de la reprise des achats de soja et de la coopération contre le trafic de fentanyl. Le 5 novembre, Pékin suspend une partie de ses droits de représailles agricoles, mais maintient 10 % en compensation du « Jour de la Libération ».

L'Union européenne : entre riposte, négociation et accord de Turnberry

L'Union européenne a géré l'offensive Trump avec une stratégie en trois phases : la préparation de contre-mesures, la négociation et la suspension de ses représailles. Dès mars 2025, la Commission européenne avait préparé une liste de produits américains susceptibles de faire l'objet de droits de représailles ciblés, visant des États américains politiquement sensibles pour le Parti républicain. Mais face aux signaux d'ouverture américains, l'UE a choisi la voie de la négociation. Le 27 juillet 2025, quelques jours avant la date butoir du 1er août à laquelle Trump menaçait de porter les droits sur les produits européens à 30 %, l'UE et les États-Unis concluent l'accord de Turnberry : un droit de douane unifié de 15 % sur la plupart des exportations européennes vers les États-Unis, incluant l'automobile, les semi-conducteurs, le bois et les produits pharmaceutiques. L'accord prévoit également des droits zéro pour zéro sur certains produits stratégiques, et un droit plancher de 15 % intégrant le taux de la nation la plus favorisée. La Commission suspend alors ses contre-mesures pour six mois à partir du 6 août 2025.

Mais l'accord de Turnberry connaît des turbulences. En janvier 2026, Trump menace huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande) de droits supplémentaires de 10 % à partir du 1er février, portés à 25 % le 1er juin, en représailles à leur opposition à ses velléités d'annexion du Groenland. Il revient finalement sur ces menaces. En février 2026, la décision de la Cour suprême américaine invalide les droits IEEPA, remettant en cause le fondement juridique de l'accord de Turnberry. Le Parlement européen suspend sa ratification. La Commission prolonge la suspension de ses contre-mesures jusqu'au 6 août 2026.

Canada, Mexique, Japon, Inde et pays émergents : un monde en ordre dispersé

Le Canada a été l'un des partenaires les plus durement touchés et les plus déterminés dans sa riposte. Face aux droits de 25 % imposés par Trump sur les produits non conformes à l'ACEUM, Ottawa a immédiatement répondu par des droits de représailles symétriques de 25 % sur les produits américains. Le gouvernement fédéral canadien a mis en place des dispositifs d'urgence pour soutenir les entreprises et les salariés affectés, incluant un programme élargi de travail partagé. Les négociations pour l'examen de l'ACEUM prévu pour le 1er juillet 2026 sont devenues un enjeu diplomatique majeur. En janvier 2026, Trump menaçait même de droits à 100 % si le Canada concluait un accord commercial préférentiel avec la Chine. Le Mexique a pour sa part largement bénéficié de la logique de « friend-shoring » : son statut de partenaire ACEUM en fait une porte d'entrée privilégiée pour les entreprises souhaitant accéder au marché américain en contournant les droits sur la Chine.

Le Japon et la Corée du Sud, frappés de droits de 24 % et 25 % respectivement, ont engagé des négociations bilatérales avec Washington. L'Inde, ciblée à 26 %, a bénéficié d'une exemption partielle en février 2026 : les droits IEEPA de 25 % liés au pétrole russe qu'elle achetait et réexportait partiellement ont été levés le 7 février 2026. Pour les pays d'Amérique latine, Trump a conclu en novembre 2025 des accords avec l'Argentine, le Guatemala, l'Équateur et le Salvador, supprimant les hausses tarifaires sur les bananes et d'autres produits agricoles en échange d'une plus grande ouverture de ces marchés aux exportations américaines. Le Vietnam, frappé à 46 %, a cherché à négocier et à démontrer sa capacité à limiter le transit des produits chinois via son territoire pour éviter les droits américains sur la Chine.

Les impacts économiques : entre inflation américaine, recomposition des chaînes de valeur et résilience mondiale

L'impact sur l'économie américaine : le paradoxe du protectionnisme

L'impact des droits de douane sur l'économie américaine a été plus contrasté que les partisans et les adversaires de Trump ne l'avaient prévu. L'inflation américaine, redoutée comme la conséquence directe de la hausse des prix des importations, est restée relativement contenue en 2025. Plusieurs facteurs l'expliquent : les entreprises américaines ont constitué des stocks préventifs avant l'entrée en vigueur des droits ; certains importateurs ont absorbé une partie du coût sur leurs marges ; et les entreprises ont engagé une diversification accélérée de leurs fournisseurs vers des pays moins taxés. Mais à moyen terme, les effets sur les prix ont commencé à se faire sentir dans les secteurs les plus exposés : l'automobile, l'électronique, l'ameublement, les matériaux de construction. Des entreprises licenciaient ou ne remplaçaient pas les départs, des ménages guettaient les promotions pour préserver leur pouvoir d'achat.

L'objectif de réindustrialisation, central dans la rhétorique trumpienne, a lui aussi montré ses limites. Les chercheurs David Autor, Anne Beck, David Dorn et Gordon Hanson avaient analysé les droits de douane du premier mandat Trump (2018-2019) : leurs conclusions étaient sans appel pour les promoteurs du protectionnisme. Les droits de douane n'avaient pas créé d'emplois industriels nets, avaient exposé les agriculteurs américains aux représailles chinoises sur le soja et le maïs, et avaient provoqué une hausse des prix pour les consommateurs. Malgré ces précédents documentés, l'administration Trump 2 a maintenu le cap. En parallèle, le déficit commercial américain, que Trump prétendait réduire, a atteint un record historique début 2025, les importateurs ayant anticipé les droits en faisant massivement entrer des marchandises avant leur entrée en vigueur.

La recomposition des chaînes de valeur mondiales

L'effet le plus durable des droits de douane de 2025 sera probablement la recomposition des chaînes de valeur mondiales. Comme lors du premier mandat Trump, les entreprises cherchent à contourner les droits en s'appuyant sur des pays tiers. L'Inde, le Vietnam, la Malaisie, l'Indonésie et le Mexique ont joué ce rôle de « pays connecteurs » lors de la guerre commerciale de 2018-2019 : les exportations chinoises vers ces pays avaient bondi, avant d'être réexportées vers les États-Unis sous des étiquettes différentes. En 2025, ce phénomène s'est reproduit à une échelle encore plus grande, conduisant l'administration Trump à imposer des droits spécifiques sur plusieurs de ces pays et à multiplier les contrôles d'origine. En réponse, certaines entreprises, notamment dans l'électronique, ont réellement relocalisé une partie de leur production aux États-Unis ou dans des pays partenaires. Apple a annoncé des investissements massifs aux États-Unis. Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) a accéléré la construction de ses usines en Arizona. Mais ces relocalisations prennent des années, et leur ampleur reste modeste par rapport aux volumes de commerce affectés.

Pour les économies émergentes, les droits de douane américains ont produit des effets ambivalents. D'un côté, les pays du « friend-shoring » américain (Mexique, Inde, certains pays d'Asie du Sud-Est) ont bénéficié de détournements de commerce à leur avantage. De l'autre, les pays les plus vulnérables, notamment en Afrique subsaharienne et en Amérique centrale, ont subi les effets indirects du ralentissement du commerce mondial, de la hausse du dollar liée à la réduction des importations américaines, et des perturbations des chaînes logistiques mondiales.

La Cour suprême américaine invalide les droits de douane Trump : 20 février 2026

Une décision historique, rendue à 6 voix contre 3

Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis rend l'une des décisions commerciales les plus importantes de son histoire. Par six voix contre trois, elle invalide les droits de douane imposés par Trump en vertu de l'International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), loi fédérale de 1977 qui autorisait le président à agir dans le domaine économique sans approbation préalable du Congrès dès lors qu'une « urgence économique nationale » était déclarée. La Cour juge que le président ne pouvait pas légitimement invoquer une urgence économique pour justifier l'imposition de droits de douane généralisés sur l'ensemble des importations mondiales. C'est l'un des rares cas où la Cour suprême, majoritairement conservatrice et nommée par Trump pour trois de ses membres, s'oppose frontalement à sa politique.

Les droits déclarés inconstitutionnels comprennent les droits réciproques du « Jour de la Libération » du 2 avril 2025 et les droits associés imposés sur la base de l'IEEPA. Ils cessent d'être perçus par les douanes américaines à partir du 24 février 2026 à minuit. En revanche, les droits pris en vertu d'autres lois restent en vigueur : les droits de la section 232 sur l'acier, l'aluminium, les automobiles et les semi-conducteurs avancés, et les droits de la section 301 sur les produits chinois, sont maintenus. Pour l'Union européenne, cette décision se traduit techniquement par l'annulation des droits de 15 % basés sur l'IEEPA qui lui étaient appliqués depuis l'accord de Turnberry.

La riposte de Trump : un droit mondial de 10 % via la section 122

La réaction de Donald Trump est immédiate et sans équivoque. Il qualifie la Cour suprême de « hors la loi » et accuse ses magistrats d'avoir cédé à des « influences étrangères ». Il signe dans la foulée un executive order imposant un droit de douane mondial de 10 % sur toutes les importations américaines, en s'appuyant cette fois sur la section 122 du Trade Act de 1974. Ce texte autorise le président à imposer temporairement des droits pouvant atteindre 15 % pendant 150 jours, sans approbation du Congrès, sauf si celui-ci vote une prolongation. Le nouveau droit entre en vigueur le 24 février 2026, le même jour où les droits IEEPA cessent d'être perçus. Le 21 février, Trump annonce son intention de le porter à 15 %, mais le texte réglementaire n'a pas encore été modifié en ce sens à la date de rédaction de cet article. Ces nouveaux droits sont provisoires, prévus jusqu'au 24 juillet 2026, en attendant de nouvelles mesures permanentes. Ils ne s'appliquent pas à certaines catégories de biens listées en annexe de la proclamation. Ils s'ajoutent aux droits de la nation la plus favorisée déjà en vigueur avant janvier 2025.

Cette séquence illustre une tension constitutionnelle fondamentale dans le droit américain : le partage des pouvoirs en matière commerciale entre le président et le Congrès. La Constitution américaine confère au Congrès le pouvoir d'établir les droits de douane. Mais depuis des décennies, le Congrès a délégué une partie de ces pouvoirs au président via diverses lois. La décision de la Cour suprême sur l'IEEPA rouvre ce débat constitutionnel, en posant des limites à l'utilisation des pouvoirs d'urgence présidentiels à des fins commerciales générales. Certains experts juridiques s'attendent à ce que Trump cherche une loi habilitante du Congrès pour pérenniser ses droits de douane, bien que la composition du Congrès rende ce chantier complexe.

Les enseignements pour la mondialisation : quel ordre commercial après 2025 ?

La fragmentation du système commercial multilatéral

La politique commerciale de Trump 2 a accéléré une tendance déjà visible depuis la crise financière de 2008 : le repli du multilatéralisme au profit du bilatéralisme et du régionalisme. L'OMC, qui avait présidé à la réduction des barrières tarifaires mondiales depuis 1995, se trouve marginalisée dans un monde où le principal acteur du commerce international contourne systématiquement ses règles. Ses mécanismes de règlement des différends, déjà affaiblis par le blocage américain de la nomination de nouveaux membres à son organe d'appel sous Trump 1 et Biden, sont désormais dépassés par la vitesse et l'ampleur des décisions unilatérales américaines. La plupart des partenaires des États-Unis ont préféré les négociations bilatérales aux procédures multilatérales, jugées trop lentes pour répondre à l'urgence.

Cette bilatéralisation des relations commerciales s'accompagne d'une recomposition géopolitique des échanges. On assiste à l'émergence de deux blocs commerciaux en formation : d'un côté, les partenaires du « friend-shoring » américain, qui acceptent de s'aligner sur les priorités stratégiques de Washington (limitation du commerce avec la Chine, coopération en matière de sécurité) en échange d'un accès préférentiel au marché américain ; de l'autre, un ensemble de pays, menés par la Chine et les BRICS, qui cherchent à développer des circuits commerciaux alternatifs réduisant leur dépendance au dollar et aux marchés occidentaux. Cette bifurcation des échanges mondiaux constitue l'une des transformations structurelles les plus importantes de l'économie internationale du XXIe siècle.

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Pour un candidat en classe préparatoire, le dossier des droits de douane de 2025-2026 est d'une richesse analytique exceptionnelle. Il permet de mobiliser simultanément les outils de l'économie internationale (théorie des avantages comparatifs, effets des barrières tarifaires, incidence économique des droits de douane, chaînes de valeur mondiales), du droit international (OMC, règlement des différends, traités commerciaux, constitutionnalité des mesures), et de la géopolitique (rivalité sino-américaine, fragilisation du multilatéralisme, recomposition des blocs commerciaux, arme des terres rares). Il illustre également des mécanismes économiques concrets : comment un droit de douane se propage dans une chaîne de valeur, comment les entreprises s'adaptent, quelles sont les limites du protectionnisme à l'âge de la mondialisation.

Mais au-delà des outils techniques, ce dossier pose une question fondamentale pour la réflexion en sciences sociales : peut-on encore piloter l'économie mondiale par des instruments nationaux dans un monde où les chaînes de production, les flux financiers et les réseaux logistiques sont profondément intégrés ? La réponse que Trump apporte est clairement affirmative ; la réponse que les faits semblent lui donner est nettement plus nuancée. C'est cette tension, entre la souveraineté économique nationale et les interdépendances mondiales, qui est au coeur des grands débats de la science économique et politique contemporaine. C'est aussi cette tension que Virage Prépa aide ses élèves à maîtriser, pour en faire un outil d'analyse rigoureux mobilisable dans n'importe quelle composition.

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