Les connecteurs logiques en français
La dissertation de culture générale, d'ESH ou de HGG ne s'évalue pas uniquement sur la richesse des références mobilisées. Elle s'évalue aussi, et parfois d'abord, sur la qualité de l'articulation logique du propos
Lila Dumonteil Divies

La dissertation de culture générale, d'ESH ou de HGG ne s'évalue pas uniquement sur la richesse des références mobilisées. Elle s'évalue aussi, et parfois d'abord, sur la qualité de l'articulation logique du propos. Un correcteur qui lit un enchaînement du type "Il y a ceci. Il y a aussi cela. Maintenant parlons d'autre chose." perçoit immédiatement l'absence de raisonnement structuré, quand bien même les idées seraient exactes. À l'inverse, une copie qui sait montrer comment chaque argument s'enchaîne au suivant, pourquoi telle nuance s'impose, et comment la conclusion découle des prémisses, produit une impression de maîtrise intellectuelle qui fait toute la différence au concours.
Les connecteurs logiques sont les charnières de ce raisonnement. Ce ne sont pas de simples mots de liaison : ce sont des marqueurs de la relation entre les idées. Chacun d'eux signale au lecteur ce que vous faites : vous ajoutez, vous opposez, vous concédez, vous en déduisez une conséquence, vous illustrez, vous concluez. Utiliser le bon connecteur au bon endroit, c'est structurer votre pensée autant que votre phrase.
Ce guide recense les connecteurs logiques essentiels pour la dissertation de prépa, classés par fonction, avec des exemples d'usage concrets et une section sur les erreurs à éviter.
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Pourquoi les connecteurs logiques sont-ils décisifs en prépa ?
La dissertation n'est pas une liste d'idées : c'est une démonstration
L'erreur la plus répandue dans les copies de prépa est de confondre la dissertation avec une accumulation de connaissances bien organisées. On présente un argument en partie I, un autre en partie II, un troisième en partie III, et l'on espère que le correcteur verra la cohérence d'ensemble. Mais une dissertation est une démonstration, c'est-à-dire un raisonnement où chaque étape produit la suivante, où les nuances et les objections sont intégrées et surmontées, où la conclusion découle nécessairement des développements qui la précèdent.
Les connecteurs logiques sont ce qui transforme une accumulation en démonstration. Ils rendent visible le travail intellectuel qui se passe entre les arguments. Sans eux, le lecteur doit deviner la relation entre les idées. Avec eux, le raisonnement se donne à lire comme une construction dont chaque pièce a sa place et son rôle.
Trois niveaux d'utilisation dans une dissertation
Les connecteurs opèrent à trois niveaux distincts, et il est important de les maîtriser tous les trois.
Le premier niveau est celui de la phrase. À l'intérieur d'une phrase, un connecteur comme "bien que", "dès lors" ou "en raison de" articule deux propositions et indique leur relation logique. Ce niveau est le plus visible et le plus facile à travailler.
Le deuxième niveau est celui du paragraphe. La phrase d'ouverture d'un paragraphe doit signaler sa relation avec le paragraphe précédent : est-ce une addition, une opposition, une illustration, une conséquence ? Un connecteur bien choisi en début de paragraphe guide le lecteur et montre que votre développement est organisé de façon progressive et non aléatoire.
Le troisième niveau est celui de la partie. La transition entre deux grandes parties est l'un des exercices les plus exigeants de la dissertation de prépa. Il ne s'agit pas de récapituler ce qui vient d'être dit et d'annoncer ce qui va suivre : il s'agit de montrer en quoi la limite de la partie précédente impose d'aller vers la partie suivante. Cette articulation logique est ce qui donne à la dissertation sa dynamique démonstrative.
Les connecteurs logiques essentiels : tableau de référence
Le tableau suivant recense les connecteurs les plus utiles en dissertation de prépa, classés par fonction logique. Pour chaque catégorie, des exemples d'usage concret sont fournis. Mémorisez au moins trois connecteurs par catégorie pour varier votre style et éviter les répétitions mécaniques.
Fonction | Connecteurs | Exemple d'usage |
1. INTRODUIRE OU ANNONCER | ||
Intro générale | Tout d'abord, En premier lieu, Pour commencer, D'emblée, D'entrée de jeu | D'emblée, il convient de rappeler que... |
Annoncer un plan | Dans un premier temps... puis dans un second temps, Premièrement... deuxièmement, Il s'agira d'abord de... avant d'examiner | Il s'agira d'abord d'analyser X, avant d'examiner Y. |
Poser une hypothèse | En supposant que, À supposer que, Dans l'hypothèse où, Si l'on admet que | En supposant que la croissance se maintienne... |
2. AJOUTER, RENCHÉRIR, ILLUSTRER | ||
Addition simple | De plus, En outre, Par ailleurs, Qui plus est, Ajoutons que, Notons également | Par ailleurs, cette tendance s'observe en... |
Renchérissement | Qui plus est, Mieux encore, Davantage encore, À plus forte raison, A fortiori | À plus forte raison, si l'on considère que... |
Illustration | Ainsi, C'est ainsi que, Par exemple, À titre d'exemple, On peut illustrer cela par, Tel est le cas de | Ainsi, en 2024, l'Irlande a illustré ce paradoxe... |
Précision | Plus précisément, En particulier, Notamment, Autrement dit, C'est-à-dire, Soit, En d'autres termes | Plus précisément, il faut distinguer deux cas... |
Confirmation | En effet, Effectivement, C'est pourquoi, Car, Puisque, Attendu que | En effet, les données de l'OCDE confirment... |
3. OPPOSER, NUANCER, CONCÉDER | ||
Opposition franche | Cependant, Néanmoins, Toutefois, Or, En revanche, À l'inverse, Pourtant, Mais, Au contraire | Cependant, cette analyse mérite d'être nuancée... |
Concession | Certes, Il est vrai que, Sans doute, Il faut reconnaître que, On ne peut nier que, Soit | Certes, la croissance a été forte, mais... |
Restriction | Si... du moins, Sauf que, À condition que, Pour autant, Encore faut-il, Sous réserve que | Pour autant, cela ne signifie pas que... |
Contraste | D'un côté... de l'autre, D'une part... d'autre part, Tandis que, Alors que, Quand bien même | D'un côté, les avantages sont réels ; de l'autre... |
Réfutation | Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Loin d'être, Il serait erroné de penser que, En réalité | Contrairement à ce que l'on suppose souvent... |
4. EXPRIMER LA CAUSE ET LA CONSÉQUENCE | ||
Cause | En raison de, Du fait de, Grâce à, À cause de, Compte tenu de, Vu que, Étant donné que, En vertu de | En raison de la hausse des taux d'intérêt... |
Conséquence | Ainsi, Dès lors, Par conséquent, C'est pourquoi, Il s'ensuit que, D'où, Ce qui explique, De ce fait | Il s'ensuit que les inégalités se creusent... |
But | Afin de, Dans le but de, En vue de, Pour que, À cet effet, À cette fin | Afin de remédier à ce déséquilibre... |
Condition | À condition que, Pourvu que, Si et seulement si, Dans la mesure où, Pour peu que | À condition que la demande reste soutenue... |
5. CLASSER, ORDONNER, ARTICULER | ||
Ordre temporel | D'abord, Ensuite, Puis, Après, Enfin, En dernier lieu, Finalement, Ultérieurement | Ensuite, la crise financière de 2008 a montré... |
Ordre logique | Dans un premier temps, Premièrement / Deuxièmement, En premier lieu / En second lieu | Dans un premier temps, nous verrons que... |
Transition | C'est dans ce contexte que, Fort de ces constats, Partant de là, Ce constat invite à, Il reste à examiner | Fort de ces constats, nous pouvons dès lors... |
Récapitulation | En résumé, Pour résumer, En bref, En définitive, Bref, En un mot | En résumé, trois facteurs expliquent ce phénomène. |
6. CONCLURE ET OUVRIR | ||
Conclusion | En conclusion, Pour conclure, En définitive, Au terme de cette analyse, Ainsi, Il ressort que, Au final | En définitive, ces trois dimensions confirment que... |
Synthèse partielle | Il apparaît donc que, Force est de constater que, On voit bien que, Il ressort de cela, Il en résulte que | Il apparaît donc que la situation est ambivalente... |
Ouverture | Cela invite à s'interroger sur, Ce questionnement débouche sur, Il resterait à examiner, En perspective | Cela invite à s'interroger sur le rôle de l'État... |
Nuance finale | Sans doute faut-il, Il serait inexact de, Encore convient-il de, Il importe toutefois de | Il importe toutefois de ne pas réduire X à... |
Aller plus loin : maîtriser les connecteurs de la nuance
Le couple concession-réfutation : la marque d'une pensée dialectique
La structure "Certes... mais..." est l'une des plus puissantes de la dissertation française, et l'une des plus mal utilisées. Sa force vient de ce qu'elle intègre une objection avant de la surmonter : au lieu d'ignorer les arguments contraires, vous les reconnaissez et montrez en quoi ils ne suffisent pas à invalider votre thèse. C'est la marque d'une pensée dialectique, qui est précisément ce que les correcteurs des concours de prépa cherchent.
La structure complète est la suivante : d'abord la thèse (votre affirmation), puis la concession ("Certes, il est vrai que, on ne peut nier que, sans doute..."), puis la réfutation ou le dépassement ("Cependant, néanmoins, mais, pourtant, or..."), et enfin la synthèse qui montre ce que la prise en compte de l'objection ajoute à votre analyse.
L'erreur la plus fréquente est d'utiliser "certes" sans faire suivre de vraie réfutation, ou de terminer sur la concession comme si c'était la conclusion. La concession n'est pas une capitulation : c'est un tremplin vers une position plus nuancée et plus solide.
La distinction entre "or", "mais" et "cependant"
Ces trois connecteurs d'opposition ne sont pas interchangeables, et les confondre est une faute de méthode.
Or est un connecteur logique au sens strict : il introduit un fait ou une donnée qui contredit ce qui vient d'être affirmé, permettant ainsi de tirer une conclusion inattendue. Sa structure implicite est syllogistique : "X est vrai. Or Y est également vrai. Donc Z, qui contredit la première impression." Il est particulièrement adapté aux transitions à l'intérieur d'un paragraphe pour marquer un tournant dans le raisonnement.
Mais est plus général et peut introduire aussi bien une opposition, une restriction, une correction ou une concession. Il est moins formellement logique que "or" et plus rhétorique. À utiliser pour les oppositions directes et les corrections simples.
Cependant, néanmoins, toutefois marquent une opposition qui maintient quelque chose de la proposition précédente tout en l'infléchissant. Ils sont plus nuancés que "mais" et conviennent mieux aux transitions de paragraphes ou aux mises en garde dans un développement long.
Les connecteurs de conséquence : distinguer "donc", "ainsi", "dès lors" et "par conséquent"
Ces quatre connecteurs signalent tous une conséquence, mais avec des registres et des niveaux de rigueur logique différents.
Donc est le marqueur de conséquence le plus fort logiquement : il signale une déduction quasi nécessaire. Il convient aux raisonnements serrés, aux inférences directes. Utilisé trop souvent, il donne une impression de fausse rigueur.
Ainsi a une double valeur : il peut introduire une conséquence ("on voit donc que") ou une illustration ("c'est le cas de"). C'est l'un des connecteurs les plus polyvalents mais aussi les plus risqués à mal utiliser.
Dès lors introduit une conséquence qui découle d'une situation ou d'un état de fait décrit juste avant. Il a une dimension temporelle légère ("à partir de ce moment") qui le rend particulièrement adapté aux analyses historiques ou aux arguments de processus.
Par conséquent est le plus formel des quatre. Il convient aux conclusions de démonstrations, aux bilans de parties. Son registre plus soutenu lui donne une autorité rhétorique supplémentaire dans un contexte académique.
Les erreurs les plus fréquentes : ce qu'il faut éviter
Le tableau suivant recense les erreurs les plus courantes dans l'usage des connecteurs logiques en dissertation de prépa, avec les alternatives recommandées.
Erreur fréquente | Pourquoi c'est un problème | Alternative |
"de plus" en début de tout paragraphe | Répétition mécanique qui anémie le raisonnement | Varier : or, qui plus est, ajoutons que... |
"mais" sans concession préalable | Rupture brutale sans nuance | Certes [X], mais [Y] |
"donc" hors contexte logique | Fausse conséquence | Réserver "donc" aux vraies inférences logiques |
"effectivement" pour dire "oui" | Anglicisme (effectively = en fait) | En réalité, En fait, Il est vrai que |
"car" en début de phrase | Maladresse syntaxique | Placer la cause après la proposition principale |
"suite à" | Expression commerciale incorrecte | À la suite de, En raison de, Après |
"au niveau de" | Vague et paresseux | Préciser : dans le domaine de, en ce qui concerne |
"par contre" | Déconseillé à l'écrit formel | En revanche, À l'inverse, Cependant |
Accumulation de connecteurs | "De plus, en outre, également, par ailleurs" | Choisir le plus précis, supprimer les autres |
Construire des transitions de parties : l'exercice décisif
La structure d'une bonne transition
La transition entre deux grandes parties d'une dissertation de prépa est l'un des moments les plus différenciants d'une copie. Une transition réussie fait trois choses. D'abord, elle tire le bilan de la partie qui vient de s'achever en une ou deux phrases synthétiques, sans se contenter de récapituler les arguments un par un. Ensuite, elle identifie la limite de cette partie, c'est-à-dire ce qu'elle n'a pas pu ou su résoudre, ce qui reste en suspens. Enfin, elle montre la nécessité de la partie suivante en montrant en quoi elle répond précisément à cette limite.
Cette troisième étape est la plus difficile et la plus importante. Elle transforme la transition en moment de démonstration : vous ne dites pas simplement "nous allons maintenant aborder un autre aspect", vous dites "cette limite impose d'examiner..." ou "ce constat invite à interroger...". Le verbe que vous choisissez porte la logique de la transition.
Connecteurs pour les transitions de parties
Pour le bilan de partie, les connecteurs les plus efficaces sont : Force est donc de constater que, Il apparaît ainsi que, Il ressort de cette première analyse que, Ces développements montrent que, Au terme de cette première partie, suivi d'une synthèse en une phrase.
Pour l'identification de la limite : Cette analyse, si convaincante soit-elle, ne dit rien de..., Reste cependant à examiner..., Cette perspective ne rend pas compte de..., Il serait toutefois réducteur de s'en tenir là, car..., Ce constat soulève une question que nous n'avons pas encore traitée :
Pour l'annonce de la partie suivante : C'est pourquoi il convient à présent d'examiner..., Ce questionnement débouche sur..., Il s'agira donc maintenant de..., Fort de ces constats, nous pouvons nous demander si..., C'est dans cette perspective qu'il faut situer...
Les connecteurs qui font la différence : vocabulaire avancé
Maîtriser les connecteurs courants est nécessaire. Savoir utiliser les connecteurs plus rares ou plus formels est ce qui distingue une bonne copie d'une excellente copie. Voici une sélection de connecteurs avancés avec leur nuance précise.
À cet égard : introduit une précision ou un développement qui se rapporte directement à ce qui vient d'être dit. Plus précis que "à ce sujet".
Partant de là : marque une progression logique à partir d'un constat établi. Plus élégant que "donc" ou "ainsi" pour les transitions.
En l'espèce : calqué sur le vocabulaire juridique, il désigne le cas particulier que l'on est en train d'examiner. Très efficace pour ancrer une illustration dans un propos général.
À plus forte raison / A fortiori : indique que si quelque chose est vrai dans un cas moins favorable, il l'est nécessairement dans un cas plus favorable. Argument de renforcement.
Toutes choses égales par ailleurs (ou ceteris paribus) : précise qu'on raisonne en maintenant constants tous les autres facteurs. Indispensable en ESH pour les raisonnements économiques.
En dépit de / Nonobstant : marque une opposition malgré un obstacle ou une objection. Plus formel que "malgré".
Quand bien même : introduit une concession hypothétique forte ("même si cela était vrai, cela ne changerait pas..."). Très puissant pour les réfutations.
Il n'empêche que : concède partiellement un argument adverse tout en maintenant la thèse. Plus oral que "néanmoins" mais très efficace pour les copies qui cherchent un registre vif.
Il s'ensuit que : marque une conséquence logique formelle. Plus rigoureux que "donc" dans les démonstrations à plusieurs étapes.
En vertu de : indique la règle, le principe ou le critère en application duquel quelque chose est vrai. Très adapté aux raisonnements juridiques, philosophiques ou institutionnels.






