La métonymie : définition, types et différence avec la synecdoque
La métonymie est une figure de style qui remplace un terme par un autre terme, uni au premier par un rapport logique de contiguïté, comme dans « boire un verre ».
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La métonymie est une figure de style qui remplace un terme par un autre terme, uni au premier par un rapport logique de contiguïté, comme dans « boire un verre ». Le contenant y désigne le contenu, et le lecteur rétablit seul le sens, parce que le lien entre les deux réalités existe dans le monde avant d'exister dans la phrase. Ce voisinage réel sépare la métonymie de la métaphore, qui repose sur l'analogie, et de la synecdoque, qui repose sur un rapport d'inclusion entre la partie et le tout. Les grands types se comptent sur les doigts : contenant pour contenu, auteur pour œuvre, lieu pour institution, matière pour objet.
La métonymie : définition et étymologie
Une définition qui tient en une phrase
La métonymie consiste à désigner une réalité par le nom d'une autre réalité qui lui est liée. Le lien n'est ni décoratif ni arbitraire. Il existe dans le monde, avant d'exister dans la phrase.
Le verre contient réellement la boisson. L'Élysée abrite réellement la présidence de la République. Le mot déplacé s'appuie sur ce voisinage matériel ou logique.
Cette figure appartient à la famille des tropes. Un trope est une figure qui modifie le sens d'un mot. La métonymie, la synecdoque et la métaphore forment le noyau de cette famille.
L'étymologie : un changement de nom
Le mot vient du grec ancien metônumia. Il se décompose en meta, qui marque le déplacement ou le changement, et onoma, qui signifie le nom. La métonymie est donc littéralement un changement de nom.
Cette étymologie est précieuse pour ton commentaire. Elle rappelle que la figure porte sur la dénomination, pas sur l'image. Rien n'est transformé en autre chose. Un nom cède simplement sa place à un nom voisin.
Une figure qui ne se signale pas
La métonymie ne s'annonce jamais. Aucun outil de comparaison ne la précède, contrairement à la comparaison qui emploie « comme » ou « tel ». Le mot substitué occupe la place du mot attendu, avec la même fonction grammaticale.
Beaucoup de métonymies passent ainsi inaperçues, parce qu'elles sont entrées dans l'usage courant.
Le mécanisme : le rapport de contiguïté
Ce que veut dire « contiguïté »
Deux réalités sont contiguës quand elles se touchent, se contiennent, se produisent l'une l'autre ou appartiennent à la même scène. Le rapport peut être spatial, matériel, causal ou conventionnel.
Le fer et l'épée se touchent, puisque l'épée est faite de fer. La ville et ses habitants se touchent, puisque les habitants occupent la ville. L'auteur et son livre se touchent, puisque l'un a produit l'autre.
Ce voisinage est objectif. Il ne dépend pas de ton imagination. C'est la grande différence avec l'analogie, qui suppose un rapprochement subjectif entre deux domaines séparés.
Un lien préexistant, jamais inventé
La métonymie exploite un lien déjà là. Elle ne crée pas de rapprochement nouveau. Elle abrège un rapport que tout le monde connaît.
Cette contrainte explique pourquoi la figure produit peu d'obscurité. Le lecteur restitue le terme absent sans effort. Il dispose du même savoir sur le monde que celui qui écrit.
Le rôle du contexte
Le contexte tranche presque toujours. « Il a bu toute la bouteille » ne concerne pas le verre. Le verbe boire impose la lecture métonymique et interdit le sens littéral.
Cette dépendance au contexte a une conséquence pour ton devoir. Tu ne peux pas décréter qu'un mot est une métonymie hors de sa phrase. Tu identifies la figure à partir de l'énoncé complet.
Les grands types de rapports métonymiques
Le tableau des rapports
Les manuels ne s'accordent pas sur le nombre exact de types. Les rapports suivants figurent dans la plupart des classifications et suffisent largement en devoir.
Type de métonymie | Rapport en jeu | Exemple |
|---|---|---|
Le contenant pour le contenu | ce qui contient / ce qui est contenu | « boire un verre » |
La matière pour l'objet | matière / objet fabriqué | « croiser le fer » |
Le lieu pour l'institution | siège / organisme qui l'occupe | « l'Élysée a annoncé » |
Le lieu pour ses habitants | territoire / population | « Paris a faim » |
Le lieu pour l'événement | théâtre / fait qui s'y déroule | « Waterloo » pour la bataille |
L'auteur pour l'œuvre | producteur / production | « lire un Zola » |
L'instrument pour l'agent | outil / personne qui s'en sert | « une fine plume » |
L'organe pour la faculté | siège supposé / faculté | « avoir du cœur » |
La cause pour l'effet | origine / résultat | « vivre de son travail » |
L'effet pour la cause | résultat / origine | « boire la mort » pour le poison |
Le symbole pour la chose | signe / réalité désignée | « la Couronne » pour la monarchie |
Contenant, matière, lieu : les rapports les plus fréquents
Le contenant pour le contenu est le type le plus enseigné. « Boire un verre », « manger une assiette », « vider la salle » relèvent du même schéma. L'enveloppe désigne ce qu'elle enferme.
La matière pour l'objet fonctionne de la même manière. Le fer désigne l'arme, le bronze désigne la cloche, le cuivre désigne l'instrument. La substance prend la place de la chose fabriquée.
Le lieu couvre trois emplois distincts. Il désigne l'institution qui y siège, la population qui l'habite, ou l'événement qui s'y est produit. Ces trois usages restent des métonymies de lieu.
Auteur, instrument, symbole
L'auteur pour l'œuvre relève d'un rapport de production. « J'ai acheté un Balzac » désigne un livre, pas une personne. Le rapport vaut aussi pour la peinture et la musique.
L'instrument pour l'agent inverse la perspective. L'outil désigne celui qui le manie. Une « fine plume » désigne un écrivain habile, une « bonne fourchette » un gros mangeur.
Le symbole pour la chose repose sur une convention culturelle. La couronne vaut pour la royauté, la balance pour la justice, le drapeau pour la nation. Le signe remplace ce qu'il représente.
Cause, effet et organe
Le rapport de causalité donne deux figures symétriques. La cause peut désigner l'effet, comme dans « vivre de son travail », où le travail désigne le revenu qu'il procure.
L'effet peut inversement désigner la cause. Les traités classiques citent « boire la mort » pour « boire le poison ». Le résultat prend la place de ce qui le produit.
L'organe pour la faculté est un cas voisin. Le cœur désigne le courage ou l'affection, la langue désigne la parole, la tête désigne l'intelligence.
Métonymie ou synecdoque : la distinction la plus délicate
La règle : contiguïté contre inclusion
La règle la plus opérante tient en une opposition. La métonymie repose sur un rapport de contiguïté entre deux réalités distinctes. La synecdoque repose sur un rapport d'inclusion entre un ensemble et l'un de ses éléments.
Le verre et le vin sont deux objets séparés qui se touchent. Tu es donc devant une métonymie. La voile et le navire ne sont pas séparés, car la voile appartient au navire. Tu es devant une synecdoque.
La question à poser est simple. Demande-toi si l'un des deux termes fait partie de l'autre. Une réponse positive oriente vers la synecdoque.
Les deux sens de la synecdoque
La synecdoque se décline en deux mouvements. Le mouvement particularisant nomme le tout par la partie, comme « les voiles » pour les navires. Le mouvement généralisant nomme la partie par le tout.
Le rapport d'inclusion ne se limite pas à la partie et au tout. Il couvre aussi le genre et l'espèce, comme « un mortel » pour un homme. Il couvre encore le singulier et le pluriel.
Le nom vient du grec sunekdokhê, souvent traduit par « compréhension simultanée ». L'étymologie renvoie à l'idée de saisir plusieurs choses ensemble.
Un débat théorique que les traités n'ont pas clos
Deux positions coexistent depuis longtemps, et elles restent défendues aujourd'hui.
D'un côté, une tradition fait de la synecdoque une espèce de métonymie. Dumarsais, dans Des tropes (1730), écrit que « la synecdoque est donc une espèce de métonymie ». Roman Jakobson, dans son étude de 1956 sur le langage et l'aphasie, range également la synecdoque du côté du pôle métonymique, celui de la contiguïté.
De l'autre côté, une tradition sépare les deux figures. Pierre Fontanier, dans Les Figures du discours (Manuel classique pour l'étude des tropes, 1821, et Traité général des figures du discours autres que les tropes, 1827), distingue trois classes de tropes. Il pose les tropes par correspondance, qui sont les métonymies, les tropes par connexion, qui sont les synecdoques, et les tropes par ressemblance, qui sont les métaphores.
Le Groupe µ, dans Rhétorique générale (1970), donne encore un autre statut à la synecdoque. Ces chercheurs analysent la métaphore comme le produit de deux synecdoques. Le débat porte donc sur la hiérarchie des figures, pas sur la description des exemples.
Comment répondre en devoir sans te tromper
Les deux positions étant recevables, la prudence consiste à nommer le rapport avant de nommer la figure. Écris que le terme employé entretient un rapport d'inclusion avec le terme attendu. Puis propose l'étiquette.
Une formule sûre existe. Tu peux parler de « synecdoque, souvent rangée parmi les métonymies ». Elle est exacte dans les deux systèmes.
Vérifie enfin l'usage retenu par ton professeur ou par ton manuel. Les attendus varient selon les classes et selon les concours.
Métonymie ou métaphore : contiguïté contre analogie
L'analogie suppose deux univers séparés
La métaphore rapproche deux réalités qui ne se touchent pas. Elle passe d'un domaine à un autre en s'appuyant sur une ressemblance perçue.
Dans « Booz endormi », publié dans La Légende des siècles en 1859, Victor Hugo écrit : « Cette faucille d'or dans le champ des étoiles ». La lune n'a aucun contact avec une faucille. Le rapprochement vient d'une ressemblance de forme.
La métonymie, elle, reste dans un seul univers de référence. Le verre et le vin appartiennent à la même scène. Aucun saut d'un domaine à l'autre n'a lieu.
Le test à appliquer
Un critère simple permet de trancher rapidement. Essaie de reformuler avec « comme » ou avec « pareil à ».
Si la reformulation produit un énoncé sensé, tu es devant une métaphore. La lune est comme une faucille d'or, et la phrase tient debout. Si la reformulation devient absurde, tu es devant une métonymie. Le vin n'est pas comme un verre.
Le tableau des trois figures
Critère | Métonymie | Synecdoque | Métaphore |
|---|---|---|---|
Rapport logique | contiguïté | inclusion | analogie |
Question à poser | les deux réalités se touchent-elles ? | l'une fait-elle partie de l'autre ? | les deux se ressemblent-elles ? |
Univers de référence | un seul | un seul | deux domaines distincts |
Test du « comme » | impossible | impossible | possible |
Exemple | « boire un verre » | « les voiles au loin » | « cette faucille d'or » |
Statut chez Fontanier | trope par correspondance | trope par connexion | trope par ressemblance |
Les métonymies lexicalisées du langage courant
Des figures devenues des mots ordinaires
Beaucoup de métonymies ne se perçoivent plus comme des figures. Elles sont entrées dans le lexique et fonctionnent comme des mots ordinaires.
« Un bordeaux » désigne un vin, pas une ville. « Un camembert » désigne un fromage, pas un village normand. « Un cachemire » désigne un tissu, pas une région.
Ces emplois montrent que la métonymie n'est pas un ornement rare. Elle constitue l'un des mécanismes par lesquels une langue fabrique du vocabulaire nouveau à partir de mots existants.
Les noms de lieux passés dans l'usage politique
Les sièges d'institutions fournissent un stock important de métonymies. Bercy désigne un ministère, la Maison-Blanche désigne une présidence, Bruxelles désigne des institutions européennes.
Ce type de métonymie relève du rapport de lieu à institution. Il se distingue du rapport de lieu à habitants, comme dans « le village entier est sorti ».
Ce que cela révèle du fonctionnement de la langue
La lexicalisation d'une figure a une conséquence pour l'analyse. Une métonymie usée produit peu d'effet stylistique, puisque le lecteur ne la perçoit plus comme un écart.
Tu peux tout de même la signaler, à condition d'en tirer une observation utile. Montre par exemple qu'un texte réactive une métonymie éteinte par le contexte qui l'entoure.
La métonymie en littérature : exemples datés et attribués
Le théâtre classique
Dans Le Cid, tragi-comédie créée en 1637, Corneille fait dire à Don Diègue à la cinquième scène du premier acte : « Rodrigue, as-tu du cœur ? ». Le cœur désigne le courage. Le rapport unit l'organe à la faculté qu'on lui attribue.
Dans Horace, créée en 1640, Corneille écrit à la troisième scène du deuxième acte : « Albe vous a nommé, je ne vous connais plus ». La cité désigne ceux qui décident en son nom.
La poésie du dix-neuvième siècle
Dans « L'Expiation », poème des Châtiments publiés en 1853, Victor Hugo ouvre la deuxième partie par ce vers : « Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! ». Le nom du lieu désigne la bataille qui s'y est déroulée.
Dans « Demain, dès l'aube », poème des Contemplations publiées en 1856, Hugo écrit : « Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur ». La voile désigne le navire.
Ce second exemple relève du rapport d'inclusion. Il illustre donc la synecdoque, que certains traités rangent parmi les métonymies.
La poésie du vingtième siècle
Dans « Courage », poème du recueil Au rendez-vous allemand publié en 1944, Paul Éluard écrit : « Paris a froid Paris a faim ». Le nom de la ville désigne ses habitants.
Cet exemple montre aussi la portée politique possible de la figure. En nommant la ville plutôt que les Parisiens, le poème donne au froid et à la faim une dimension collective.
Commenter une métonymie dans un devoir
Nommer, identifier le rapport, interpréter
Un commentaire de figure se construit en trois temps. Tu cites l'expression, tu nommes la figure, puis tu précises le rapport exact en jeu.
Le troisième temps est celui qui rapporte des points. Il consiste à dire ce que la substitution produit dans ce texte précis.
Les effets à connaître
La métonymie condense. Elle remplace une expression longue par un mot unique, ce qui accélère la phrase.
Elle concrétise aussi. Un objet matériel remplace souvent une notion abstraite, et l'image gagne en netteté sensorielle.
Elle oriente enfin le regard. En nommant le verre plutôt que le vin, le texte met en avant le geste plutôt que la boisson. C'est ce déplacement d'attention que ton commentaire doit décrire.
Les erreurs qui coûtent des points
La première erreur consiste à confondre métonymie et métaphore. Elle vient presque toujours d'une lecture trop rapide du rapport.
La deuxième consiste à trancher le débat sur la synecdoque sans le signaler. Une formulation nuancée protège ta copie.
La troisième consiste à repérer une métonymie lexicalisée et à lui prêter un effet stylistique fort. Une figure éteinte demande un traitement prudent.
Le détail des attendus figure dans les programmes officiels publiés par le ministère de l'Éducation nationale.
Conclusion
La métonymie se maîtrise plus vite que sa réputation ne le laisse croire. Retiens le mécanisme unique qui la gouverne : un terme cède sa place à un terme voisin, et ce voisinage existe dans le monde avant d'exister dans la phrase. Les types de rapports ne sont qu'une manière commode de classer ce voisinage. La figure abrège un lien que ton lecteur connaît déjà, sans jamais inventer de ressemblance.
Retiens ensuite les trois questions qui suffisent à classer n'importe quel exemple. Les deux réalités se touchent-elles, l'une fait-elle partie de l'autre, ou se ressemblent-elles seulement ? La première réponse donne la métonymie, la deuxième la synecdoque, la troisième la métaphore. Sur le statut de la synecdoque, expose les deux traditions au lieu d'en imposer une, et travaille tes exemples avec leur date et leur auteur.
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