Analyse du sujet d'Anglais X/ENS/ESPCI 2026 : la transition énergétique entre promesses et contradictions
L'épreuve d'Anglais du concours X/ENS/ESPCI 2026, passée ce mercredi 15 avril 2026 de 14h à 18h par les candidats des filières MP, MPI, PC et PSI, portait sur la transition énergétique et ses tensions profondes.
Lila Dumonteil Divies

L'épreuve d'Anglais du concours X/ENS/ESPCI 2026, passée ce mercredi 15 avril 2026 de 14h à 18h par les candidats des filières MP, MPI, PC et PSI, portait sur la transition énergétique et ses tensions profondes. En quatre heures, sans dictionnaire ni traducteur, les candidats ont eu à produire deux textes distincts à partir d'un dossier de cinq documents : une synthèse de documents (partie A, 600 à 675 mots) et un texte d'opinion réagissant à un éditorial (partie B, 500 à 600 mots). Le thème choisi cette année est d'une actualité brûlante et d'une richesse analytique remarquable : comment les États-Unis et le monde gèrent-ils la transition vers les énergies renouvelables, entre opportunités économiques, rivalité géopolitique avec la Chine, résistances locales, contradictions environnementales et coûts sociaux ? Voici une analyse détaillée des documents proposés, des enjeux thématiques et des attentes de l'épreuve.
Passe à l’action : clique ici et rejoins ViragePrépa.
La synthèse de documents : un dossier cohérent sur les paradoxes de la transition énergétique
Document 1 : la reconversion des sites fossiles en hubs d'énergie verte (The Economist, août 2025)
Le premier document, tiré de The Economist du 20 août 2025, ouvre le dossier sur une note pragmatique et relativement optimiste. Il décrit une tendance mondiale croissante : la reconversion d'anciennes centrales à combustibles fossiles et de vieux puits de pétrole en sites de production d'énergie renouvelable. L'exemple de la centrale Tamaya dans le désert d'Atacama au Chili, transformée par Engie d'une installation diesel en centrale solaire et de stockage, sert d'illustration concrète. Selon le Carnegie Endowment for International Peace, environ 170 projets de ce type sont en cours ou achevés dans le monde, de la Mongolie intérieure en Chine aux États-Unis.
Le document souligne les avantages pratiques de cette reconversion : les anciens sites sont déjà raccordés au réseau électrique, ce qui permet d'éviter des délais considérables pour les nouveaux projets. Des chercheurs de l'Université de Californie à Berkeley estiment que 1 000 gigawatts de capacité supplémentaire pourraient être ajoutés au réseau américain en exploitant ces sites. À l'échelle mondiale, 3 000 gigawatts de projets d'énergie renouvelable attendent encore une connexion au réseau.
Le texte ne cache pas les limites de cette approche. Certains sites sont trop exigus pour accueillir de grands parcs solaires ou éoliens, environ 35 % des projets recensés déploient des technologies qui produisent encore des émissions carbone, et les obstacles réglementaires restent importants aux États-Unis, notamment après la suppression par Donald Trump des crédits d'impôt fédéraux pour l'énergie renouvelable. Malgré ces obstacles, la trajectoire générale reste positive : la demande pour des projets verts ambitieux continue de croître, le coût de l'énergie renouvelable pourrait chuter de 49 % dans les quinze prochaines années selon BloombergNEF, et certains pays comme l'Indonésie et le Canada facilitent activement ces reconversions.
Pour la synthèse, ce document apporte la dimension technique et économique de la transition : elle est possible, elle progresse, mais elle se heurte à des contraintes réelles de faisabilité, de réglementation et de volonté politique, particulièrement dans le contexte américain post-Trump.
Document 2 : la course entre États-Unis et Chine pour définir l'avenir de l'énergie (The New York Times, juin 2025)
Le deuxième document, publié dans le New York Times du 30 juin 2025 sous la plume de plusieurs correspondants à New York, Brasilia, New Delhi et Pékin, offre la vision géopolitique qui structure le dossier dans son ensemble. Il pose le cadre d'une rivalité globale entre deux puissances aux stratégies énergétiques radicalement opposées : d'un côté la Chine, qui a installé en 2024 plus d'éoliennes et de panneaux solaires que le reste du monde réuni et dont les entreprises construisent des usines de véhicules électriques et de batteries au Brésil, en Thaïlande, au Maroc et en Hongrie ; de l'autre les États-Unis de Trump, qui pressent le Japon et la Corée du Sud d'investir des milliards de dollars dans le transport de gaz naturel vers l'Asie et dont General Motors vient de renoncer à son usine de moteurs électriques pour investir 888 millions de dollars dans des moteurs à essence V8.
Le document souligne que cette opposition n'est pas seulement économique mais géopolitique et climatique. Les deux pays poursuivent leurs stratégies énergétiques en fonction de leurs intérêts nationaux et de leur sécurité énergétique, et non en priorité en réponse à la crise climatique. Washington mise sur sa position de premier producteur mondial de pétrole et premier exportateur de gaz naturel pour asseoir ce qu'il appelle une domination énergétique américaine. Pékin, qui ne dispose pas de ressources fossiles suffisantes pour sa population immense, parie sur un monde alimenté par une électricité bon marché issue du soleil et du vent, et sur sa maîtrise des chaînes de valeur des technologies propres.
L'article soulève un point crucial pour la synthèse : les technologies chinoises bon marché, panneaux solaires, batteries et véhicules électriques, ont rendu la transition vers des énergies plus propres possible pour de nombreuses grandes économies, y compris des rivaux régionaux de Pékin comme l'Inde et le Brésil. Cette accessibilité financière est présentée comme essentielle pour réduire les émissions mondiales. La compétition entre les deux puissances pour vendre leurs technologies au monde entier a donc des conséquences directes sur la santé de la planète.
Document 3 : le lithium du Nevada entre nécessité climatique et destruction environnementale (The New York Times, janvier 2025)
Le troisième document, publié dans le New York Times du 24 janvier 2025 par Meg Bernhard, apporte la dimension la plus nuancée et la plus inconfortable du dossier. Il raconte l'histoire de Patrick Donnelly, un militant environnemental qui surveille de près l'industrie minière du lithium aux États-Unis, et de sa partenaire Naomi Fraga, scientifique spécialiste des écosystèmes du Nevada. Tous deux comprennent la nécessité de l'énergie renouvelable mais s'alarment des destructions que son déploiement massif pourrait provoquer.
Le lithium est l'ingrédient clé des batteries qui stockent l'énergie renouvelable et alimentent les véhicules électriques. Sa production aux États-Unis est présentée par les partisans de la transition comme indispensable. Or, comme le montre l'échange de Donnelly avec la société Rover Critical Minerals, les projets miniers peuvent se retrouver à la lisière de refuges naturels précieux comme l'Ash Meadows National Wildlife Refuge, une zone humide d'une grande biodiversité. L'extraction minière peut polluer les eaux souterraines, émettre du dioxyde de carbone, créer des déchets toxiques et détruire des habitats.
Ce document introduit dans le dossier la contradiction fondamentale de la transition verte : pour sauver la planète du réchauffement climatique, il faut déployer des infrastructures qui peuvent elles-mêmes menacer certains écosystèmes. Donnelly et Fraga ne s'opposent pas à la transition énergétique, mais ils appellent à une planification fédérale rigoureuse qui identifie les zones sensibles et priorise les projets les plus respectueux de l'environnement. En l'absence d'un tel cadre, la ruée vers les minerais verts risque de provoquer des dommages environnementaux durables. La question finale de l'article pose le dilemme en termes clairs : dans notre hâte à exploiter l'énergie verte, quelles conséquences risquons-nous d'inviter ?
Document 4 : les Américains partagés sur l'impact local des énergies renouvelables (Pew Research Center, juin 2024)
Le quatrième document est un infographique du Pew Research Center basé sur une enquête auprès d'adultes américains conduite en mai 2024. Il présente les opinions des répondants sur les effets qu'aurait la construction d'un parc solaire ou éolien à proximité de leur communauté, en distinguant les effets négatifs perçus et les effets positifs perçus.
Les résultats révèlent un tableau nuancé et cohérent avec les tensions décrites dans les autres documents. Sur les effets négatifs, les opinions sont très partagées : 45 % des répondants pensent qu'un parc solaire rendrait le paysage peu attrayant (contre 42 % qui pensent le contraire), et 40 % estiment qu'il occuperait trop d'espace (contre 43 %). Les chiffres sont quasi identiques pour les parcs éoliens. Sur les effets positifs, une légère majorité s'attend à des bénéfices : 44 % pensent qu'un parc solaire ferait baisser le prix de l'électricité et 39 % anticipent davantage de recettes fiscales pour la communauté. Là encore, les chiffres pour l'éolien sont très proches.
Ce document apporte la dimension sociale et locale que les trois articles précédents n'abordaient que de façon indirecte. Il montre que la transition énergétique ne se heurte pas seulement à des obstacles techniques, réglementaires ou géopolitiques : elle doit aussi composer avec des résistances culturelles et des perceptions très hétérogènes au sein de la population américaine. L'opinion publique n'est pas monolithiquement favorable au déploiement d'infrastructures renouvelables, même quand cela représente un bénéfice économique potentiel. Pour la synthèse, ce document illustre concrètement les raisons pour lesquelles la transition avance plus lentement que les seules contraintes techniques ne l'imposeraient.
La synthèse attendue : articulation thématique et pièges à éviter
Pour construire une bonne synthèse à partir de ces quatre documents, les candidats devaient identifier les grandes lignes de tension qui traversent le dossier et les articuler de façon cohérente et progressive. Le fil conducteur du dossier est la contradiction entre la nécessité impérieuse de la transition énergétique face au changement climatique et les multiples obstacles, contradictions et coûts qu'elle génère à différentes échelles : économique et géopolitique (document 2), technique et réglementaire (document 1), environnementale (document 3) et sociale (document 4).
Un premier axe de synthèse possible consiste à montrer que la transition énergétique est à la fois urgente et techniquement réalisable, les documents 1 et 2 fournissant des exemples concrets de progrès réels dans le monde. Un deuxième axe permet d'introduire la complexité en soulignant que cette transition génère ses propres contradictions : elle oppose deux grandes puissances mondiales (document 2), se heurte à des résistances locales (document 4) et peut elle-même menacer des écosystèmes précieux (document 3). Un troisième axe peut conclure sur la question centrale que soulève le dossier dans son ensemble : peut-on mener une transition vraiment verte si elle n'est pas planifiée et gouvernée avec soin ?
Les pièges classiques à éviter dans cette épreuve sont nombreux. La paraphrase document par document, sans véritable effort de mise en relation, est la faute la plus rédhibitoire. La synthèse ne doit pas non plus introduire de commentaires personnels ni de connaissances extérieures au dossier. La longueur imposée entre 600 et 675 mots est stricte : un texte trop court ou trop long est pénalisé. Le titre, obligatoire, doit refléter la thématique centrale du dossier sans se limiter à une description neutre. Enfin, la langue doit être rigoureuse, précise et idiomatique, ce qui exige une maîtrise du vocabulaire thématique de l'énergie et de l'environnement.
Le texte d'opinion : réagir à l'éditorial de Joel Kotkin sur le coût de la politique énergétique californienne
L'éditorial proposé : une critique libérale de la politique verte de la Californie
Le document 5, qui sert de base au texte d'opinion, est un éditorial de Joel Kotkin publié dans le Los Angeles Times du 7 mai 2025. Kotkin, présenté comme chercheur en urbanisme à Chapman University et à l'Université du Texas à Austin, développe une critique sévère de la politique énergétique de la Californie, qu'il accuse de rendre l'énergie structurellement inabordable pour les ménages et d'aggraver les inégalités dans l'État.
Les arguments de Kotkin s'articulent autour de plusieurs constats chiffrés : l'essence coûte en Californie en moyenne 4,78 dollars le gallon contre 3,16 dollars au niveau national, et l'électricité y atteint 30,22 cents par kilowatt-heure, le prix le plus élevé du continent américain. Kotkin attribue ces prix élevés non pas à la cupidité des grandes compagnies pétrolières comme le suggère le gouverneur Newsom, mais à la politique climatique de l'État elle-même, avec ses taxes sur l'essence, ses désincitatifs pour les raffineries et ses obligations d'achat d'énergie renouvelable intermittente et coûteuse. Il s'appuie sur l'analyse de Robert Bryce pour affirmer que partout où les gouvernements ont cherché à accélérer la transition vers les renouvelables, les prix de l'énergie ont explosé.
L'éditorial soulève aussi la question de l'équité sociale : les coûts élevés de l'énergie aggravent la pauvreté énergétique en Californie et creusent davantage le fossé entre riches et pauvres dans un État déjà très inégalitaire. Kotkin conclut sur un avertissement : sans changement de cap, la Californie se dirige vers un avenir néo-féodal où quelques riches peuvent se payer les énergies vertes chères pendant que les autres peinent à payer leurs factures. Il note cependant, sur une note plus modérée, que le gouverneur Newsom a récemment réintroduit une dose de réalisme énergétique en maintenant en service le stockage de gaz naturel d'Aliso Canyon et en accordant un sursis à la centrale nucléaire controversée de Diablo Canyon.
Ce qu'un bon texte d'opinion doit contenir
Le texte d'opinion ne doit pas être une synthèse de l'éditorial. Il s'agit d'y réagir, c'est-à-dire de prendre position par rapport aux arguments de Kotkin, en les discutant, en les nuançant, en les réfutant partiellement ou en les prolongeant, tout en développant une argumentation personnelle cohérente et appuyée sur des exemples précis.
Un candidat qui fait simplement valider les arguments de Kotkin sans les discuter produit un texte plat. À l'inverse, un candidat qui rejette en bloc l'éditorial sans en reconnaître les points forts manque de rigueur intellectuelle. La posture la plus valorisée par les correcteurs est celle qui reconnaît la réalité des coûts élevés de l'énergie en Californie tout en mettant en perspective ce que l'éditorial passe sous silence : les bénéfices à long terme de la transition, le coût bien plus élevé de l'inaction climatique, les exemples de pays qui ont réussi à combiner énergie renouvelable et prix modérés grâce à de meilleures politiques de marché, ou encore le fait que les prix élevés de l'énergie californienne s'expliquent aussi par d'autres facteurs que les seules politiques climatiques.
Sur la forme, le texte d'opinion doit être clairement structuré, avec une prise de position explicite dès le début, des arguments développés et illustrés, et une conclusion qui répond à la problématique posée par l'éditorial. La longueur entre 500 et 600 mots est ici aussi un impératif strict. La langue doit être fluide, idiomatique et précise, avec une utilisation correcte des marqueurs d'opinion et d'argumentation en anglais.






