Amancio Ortega : de livreur de chemises à l'homme le plus riche d'Espagne (109,9 Md€ en 2025)
Le 28 mars 1936 naît dans le petit village minier de Busdongo de Arbas, province de León (Espagne), un garçon que rien ne prédestine à devenir l'homme le plus riche d'Espagne.
Lila Dumonteil Divies

Le 28 mars 1936 naît dans le petit village minier de Busdongo de Arbas, province de León (Espagne), un garçon que rien ne prédestine à devenir l'homme le plus riche d'Espagne. Fils d'un cheminot et d'une domestique, Amancio Ortega Gaona quittera l'école à 13 ans pour travailler comme livreur dans une boutique de chemises. Quatre-vingt-neuf ans plus tard, en 2025, sa fortune personnelle s'élève à 109,9 milliards d'euros selon Forbes Espagne, faisant de lui non seulement le premier milliardaire espagnol mais également l'un des 10 hommes les plus riches du monde. Fondateur de Zara (1975) et du groupe textile Inditex (1985), qui possède également Massimo Dutti, Pull&Bear, Bershka, Stradivarius et Zara Home, Ortega a révolutionné l'industrie mondiale de la mode en inventant le concept de fast fashion. Son empire compte aujourd'hui plus de 7 400 magasins dans 96 pays et a réalisé un chiffre d'affaires de 38,6 milliards d'euros en 2024-2025. Mais au-delà des chiffres, l'homme reste un mystère : discret jusqu'à l'invisible, refusant les interviews, déjeunant à la cantine de ses employés, vivant dans la même ville galicienne modeste où il a ouvert son premier magasin il y a 50 ans. Cet article retrace le parcours d'Amancio Ortega, figure emblématique du capitalisme entrepreneurial contemporain.
De la pauvreté aux premiers pas dans le textile (1936-1975)
Une enfance marquée par la pauvreté
Amancio Ortega Gaona naît le 28 mars 1936 à Busdongo de Arbas, petit village de la province de León, dans le nord-ouest de l'Espagne. Il est le cadet d'une fratrie de quatre enfants. Son père, Antonio Ortega Rodríguez, travaille comme cheminot pour la compagnie nationale RENFE, un emploi modeste et précaire. Sa mère, Josefa Gaona Hernández, est domestique dans une riche famille de financiers allemands installés dans la région.
La famille vit dans une extrême pauvreté. Ortega racontera plus tard un souvenir d'enfance traumatisant qui le marquera à vie : à l'âge de dix ans, il accompagne sa mère chez un commerçant pour acheter des denrées à crédit. Le commerçant refuse sèchement, humiliant publiquement la mère d'Amancio qui ne peut payer comptant. Rentrant chez lui, le jeune garçon voit sa mère pleurer de honte. Ce moment constitue selon lui un déclic : Je me suis juré ce jour-là que je ferais tout pour que ma mère ne connaisse plus jamais l'humiliation de la pauvreté.
Apprentissage précoce : livreur et assistant tailleur (1949-1963)
En raison de la pauvreté familiale, Amancio ne peut poursuivre ses études secondaires. À 13 ans, en 1949, il quitte l'école et déménage avec sa famille à La Corogne (A Coruña), ville portuaire de Galice. Il trouve rapidement un emploi comme livreur pour un magasin de chemises local appelé Gala. Ce travail consiste à livrer les chemises confectionnées aux clients aisés de la ville. Bien que modeste, cette fonction permet au jeune Amancio de découvrir deux réalités cruciales : d'abord, les coûts de fabrication et les marges commerciales du secteur textile (il apprend que les chemises qu'il livre coûtent trois fois moins cher à produire que leur prix de vente) ; ensuite, les attentes et les goûts d'une clientèle fortunée.
Quelques années plus tard, Ortega progresse professionnellement : il devient assistant chez un tailleur local, où il apprend la coupe, la couture et l'assemblage des vêtements. Très rapidement, il se fait remarquer par son sérieux, sa capacité de travail et son sens aigu de l'observation. Il note minutieusement comment fonctionne la confection, comment s'organisent les ateliers, comment circulent les commandes. Dès cette époque, une conviction se forme dans son esprit : il est possible de faire des vêtements de qualité acceptable à moindre coût, en rationalisant la production et en réduisant les intermédiaires.
1963 : Confecciones GOA, premier atelier familial
En 1963, à 27 ans, Amancio Ortega franchit le pas de l'entrepreneuriat. Avec ses frères et sœurs, et surtout avec sa compagne (bientôt épouse) Rosalía Mera — une ouvrière textile rencontrée quelques années auparavant —, il fonde Confecciones GOA (GOA est l'acronyme inversé de ses initiales : Gaona Ortega Amancio). L'atelier familial, installé dans le salon de leur modeste appartement de La Corogne, emploie initialement uniquement les membres de la famille. Rosalía Mera et les sœurs d'Amancio cousent à la main les premiers peignoirs et chemises de nuit pour femmes.
Le modèle économique de GOA est simple mais innovant pour l'époque : copier les modèles à succès vendus dans les magasins haut de gamme, les produire rapidement avec des tissus moins coûteux mais corrects, et les vendre à des prix nettement inférieurs. Ortega comprend qu'il existe un marché massif de consommatrices qui veulent être à la mode sans payer les prix pratiqués par les boutiques de luxe. GOA connaît un succès rapide. Ortega réinvestit systématiquement tous les bénéfices pour acheter des machines à coudre, embaucher des ouvrières locales (qu'il organise en coopératives de couture), et agrandir la production. En quelques années, GOA devient un atelier de taille moyenne employant plusieurs dizaines de personnes et fournissant des vêtements à divers détaillants espagnols.
La révolution Zara (1975-2001) : naissance d'un empire
1975 : ouverture du premier Zara à La Corogne
Pendant plus d'une décennie, Ortega se contente de produire pour d'autres. Mais en 1975, à 39 ans, il franchit une étape décisive : il décide de passer de la production à la vente directe, ouvrant ainsi son propre magasin. Le 15 mai 1975, le premier Zara ouvre ses portes à La Corogne, sur la calle Juan Flórez. Le nom devait initialement être Zorba (en référence au film Zorba le Grec), mais un bar situé à proximité portait déjà ce nom. Ortega opte donc pour Zara, plus court et facile à prononcer dans toutes les langues.
Le concept du magasin rompt avec les pratiques de l'époque. Contrairement aux détaillants traditionnels qui commandent leurs collections des mois à l'avance auprès de fabricants, Zara contrôle toute la chaîne : conception, production, distribution, vente. Ortega installe des stylistes maison qui observent les défilés de mode parisiens et milanais, repèrent les tendances, et les reproduisent rapidement. Les vêtements sont fabriqués en Espagne et en Europe proche (Portugal, Maroc), ce qui permet une réactivité maximale. Résultat : Zara peut proposer une nouvelle collection en magasin deux à trois semaines seulement après qu'une tendance ait été repérée — contre six mois pour les concurrents traditionnels. Ce délai ultra-court deviendra la signature de Zara et le cœur du concept de fast fashion.
Expansion en Espagne et création d'Inditex (1975-1985)
Le premier Zara connaît un succès immédiat. Les clients apprécient de pouvoir acheter des vêtements au look parisien à des prix abordables, et surtout de trouver chaque semaine de nouvelles pièces en magasin. Ortega réinvestit immédiatement les profits pour ouvrir de nouveaux magasins. Dans les années 1980, Zara se déploie dans toute l'Espagne : Vigo, Saint-Jacques-de-Compostelle, Madrid, Barcelone, Valence, Séville. Chaque ouverture est un succès. En 1985, Ortega crée la société holding Industria de Diseño Textil S.A., plus connue sous son acronyme Inditex, pour chapeauter l'ensemble de ses activités. Inditex regroupe alors uniquement Zara, mais Ortega a déjà l'ambition d'un groupe multi-marques.
Internationalisation et diversification (1988-2000)
Entre 1988 et 1990, Ortega lance l'expansion internationale de Zara. Les premiers magasins hors d'Espagne ouvrent à Porto (Portugal, 1988), puis à New York (États-Unis, 1989) et Paris (France, 1990). Le pari est audacieux : Ortega mise sur l'idée que le concept fast fashion fonctionne universellement, indépendamment des frontières culturelles. Les résultats lui donnent raison. Les Zara de New York et Paris attirent une clientèle massive, prouvant que le modèle est exportable.
Parallèlement, Ortega diversifie le portefeuille d'Inditex en créant ou en acquérant d'autres marques ciblant des segments différents. En 1991, il lance Pull&Bear, ciblant un public jeune et urbain avec des prix encore plus bas que Zara. En 1998, il crée Bershka, axé sur les jeunes femmes. Il acquiert également Massimo Dutti (1995, mode haut de gamme pour hommes et femmes), Stradivarius (1999, mode féminine jeune), et plus tard Oysho (2001, lingerie et vêtements de nuit), Zara Home (2003, décoration), et Uterqüe (2008, accessoires de luxe, fermée en 2021). Cette stratégie multi-marques permet à Inditex de couvrir pratiquement tous les segments du marché de la mode.
2001 : introduction en bourse et consécration
Le 23 mai 2001, Inditex entre en bourse à la Bourse de Madrid avec une valorisation initiale de 9 milliards d'euros — l'une des introductions en bourse (IPO) les plus réussies de l'année en Europe. Amancio Ortega vend environ 26% de sa participation mais conserve 59,3% des actions, maintenant ainsi le contrôle total du groupe. L'opération fait immédiatement d'Ortega l'homme le plus riche d'Espagne, avec une fortune estimée à plus de 4,6 milliards d'euros.
Le jour de l'introduction en bourse, alors que sa fortune personnelle vient d'augmenter de 6 milliards de dollars en quelques heures, Ortega se rend comme d'habitude au siège d'Inditex à Arteixo (près de La Corogne), travaille une journée normale, et déjeune à la cantine des employés. Cette anecdote, largement rapportée par la presse internationale, contribue à forger le mythe Ortega : celui d'un milliardaire discret, travailleur, resté fidèle à ses racines modestes.
L'empire Inditex aujourd'hui (2025-2026) : chiffres et domination mondiale
Les chiffres vertigineux d'Inditex en 2025
En 2025, Inditex est devenu le plus grand groupe de distribution textile au monde. Les chiffres donnent le vertige. Le groupe possède 8 marques principales (Zara, Zara Home, Massimo Dutti, Pull&Bear, Bershka, Stradivarius, Oysho, Lefties) et exploite plus de 7 400 magasins physiques dans 96 pays à travers les cinq continents. Pour l'exercice fiscal clos au 31 janvier 2025, Inditex a réalisé un chiffre d'affaires de 38,6 milliards d'euros (41,6 milliards de dollars), en croissance continue malgré les crises économiques successives.
Zara, la marque historique et phare du groupe, représente à elle seule environ 70% du chiffre d'affaires total d'Inditex, avec plus de 2 000 magasins répartis dans 96 pays. En 2024, Zara (incluant Zara Home) a réalisé des ventes nettes de 27,7 milliards d'euros (45,1 milliards de dollars canadiens), consolidant sa position de plus grande chaîne de mode au monde, loin devant H&M ou Uniqlo.
Fortune personnelle d'Amancio Ortega : 109,9 milliards d'euros (2025)
Selon le classement Forbes España publié en novembre 2025, Amancio Ortega conserve la première place des plus grandes fortunes espagnoles avec une fortune estimée à 109,9 milliards d'euros. D'autres sources, comme Bloomberg et Forbes international, estiment sa fortune autour de 120 milliards de dollars (environ 110 milliards d'euros) en août 2025, ce qui le place au 9ème rang mondial des personnes les plus riches et au 2ème rang européen derrière Bernard Arnault (LVMH).
Cette fortune provient principalement de sa participation de 59,3% dans Inditex, détenue via deux holdings espagnoles basées à Arteixo : Pontegadea Inversiones et Partler. Depuis l'introduction en bourse d'Inditex en 2001, Ortega a reçu plus de 9 milliards d'euros de dividendes, qu'il a systématiquement réinvestis dans l'immobilier commercial de prestige (voir section suivante).
La famille Ortega dans son ensemble — incluant Amancio, sa fille aînée Sandra Ortega Mera (10 milliards d'euros de fortune personnelle, héritière de sa mère Rosalía Mera décédée en 2013), et sa fille cadette Marta Ortega Pérez — est considérée comme la 5ème famille la plus riche du monde avec une fortune combinée estimée à 120 milliards de dollars.
L'empire immobilier de Pontegadea : 17,2 milliards de dollars d'actifs (2020-2025)
Depuis qu'Ortega s'est retiré de la direction opérationnelle d'Inditex en 2011, il a massivement investi dans l'immobilier commercial de prestige à travers le monde via sa société patrimoniale Pontegadea. Cette stratégie vise à diversifier sa fortune au-delà du textile et à protéger ses dividendes Inditex de l'impôt espagnol sur la fortune. En 2020, Bloomberg évaluait le portefeuille immobilier d'Ortega à 15,2 milliards d'euros (17,2 milliards de dollars) — le plus important portefeuille immobilier détenu par un milliardaire européen.
Pontegadea possède des immeubles emblématiques dans les plus grandes capitales mondiales. En Espagne : Torre Picasso (le plus haut gratte-ciel de Madrid, 157 mètres), Edificio Castellana 81 (Madrid). À Londres : immeuble de bureaux à Mayfair. À New York : E.V. Haughwout Building (immeuble historique à Manhattan). À Miami : un bloc entier de propriétés de premier ordre à Miami Beach. En novembre 2025, Pontegadea a acquis The Post, complexe de bureaux et commerces au centre-ville de Vancouver (Canada), pour 1,1 milliard de dollars — la transaction immobilière commerciale la plus chère au Canada en 2025.
Pontegadea loue également d'immenses entrepôts logistiques à des géants technologiques (Amazon, Facebook) en Angleterre, Irlande, Seattle, et aux Pays-Bas. Ironie de l'histoire, certains immeubles d'Ortega sont loués à ses propres concurrents directs : H&M et Gap. Cette diversification immobilière assure à Ortega un flux de revenus locatifs massifs et stables, indépendants des aléas du secteur textile.
Le modèle Zara : secrets du succès de la fast fashion
Le concept de fast fashion : de la tendance au magasin en deux semaines
Le succès d'Inditex repose sur un modèle économique révolutionnaire qu'Amancio Ortega a perfectionné au fil des décennies : la fast fashion (mode rapide). Ce concept repose sur trois piliers : vitesse, intégration verticale, et rotation permanente des collections.
Contrairement aux détaillants traditionnels qui planifient leurs collections six à douze mois à l'avance, Zara réagit quasi instantanément aux tendances. Des trend spotters (repéreurs de tendances) assistent aux défilés de mode à Paris, Milan, New York et Londres, photographient les pièces qui cartonnent, et transmettent immédiatement les informations aux designers maison. Ces derniers créent des versions simplifiées et moins chères des modèles repérés. Les prototypes sont ensuite produits en petites séries (quelques milliers d'exemplaires) dans les usines espagnoles, portugaises et marocaines d'Inditex, livrés aux magasins du monde entier en 48 à 72 heures par avion, et mis en vente. Le délai total entre la détection d'une tendance et l'arrivée du vêtement inspiré en magasin : deux à trois semaines. Pour les concurrents qui délocalisent en Asie, ce délai est de six à neuf mois.
Intégration verticale et contrôle total de la chaîne
Le deuxième secret de Zara réside dans son intégration verticale exceptionnelle. Contrairement à la plupart des marques de mode qui externalisent la production en Chine ou au Bangladesh pour réduire les coûts, Inditex contrôle directement toute la chaîne de valeur : conception (stylistes internes), achat de tissus (centralisé), coupe et assemblage (usines propres ou sous-traitants locaux très proches géographiquement, essentiellement en Espagne, Portugal, Maroc et Turquie), logistique (deux gigantesques centres de distribution à Arteixo et Saragosse en Espagne), et distribution (magasins en propre).
Cette intégration permet une réactivité unique. Si un modèle se vend mal, la production s'arrête immédiatement et le vêtement disparaît des rayons dès la semaine suivante. Si au contraire un article rencontre un succès inattendu, la production peut être augmentée en quelques jours. Zara ne fait jamais de soldes massives de fin de saison car les invendus sont minimaux — contrairement aux détaillants traditionnels qui soldent jusqu'à 40% de leurs stocks.
Rotation permanente et rareté artificielle
Le troisième pilier est la rotation permanente des collections. Contrairement aux marques classiques qui renouvellent leurs collections deux fois par an (printemps-été / automne-hiver), Zara propose de nouveaux articles deux fois par semaine dans ses magasins. Un client qui visite Zara un lundi puis revient le jeudi trouvera des vêtements différents. Cette rotation ultra-rapide crée chez les consommateurs un sentiment d'urgence et de rareté : Si je n'achète pas maintenant, je ne retrouverai plus jamais ce modèle. Cette stratégie pousse les clients à visiter fréquemment les magasins et à acheter impulsivement, sans attendre les soldes.
Résultat : Zara dépense très peu en publicité (environ 0,3% de son chiffre d'affaires, contre 3 à 5% pour ses concurrents) car le bouche-à-oreille et les visites fréquentes suffisent à générer le trafic. Les magasins Zara, situés dans les artères commerciales les plus prestigieuses des grandes villes mondiales, fonctionnent eux-mêmes comme des publicités géantes.
L'homme Amancio Ortega : discrétion, philanthropie et succession
Un milliardaire invisible
Amancio Ortega est réputé pour être l'un des milliardaires les plus discrets et les plus secrets du monde. Il refuse systématiquement les interviews, ne participe à aucun événement mondain, et n'a été photographié que quelques rares fois en public. Il n'a jamais donné de conférence de presse. Aucune biographie autorisée n'existe. Cette discrétion extrême contraste avec l'exposition médiatique recherchée par la plupart des ultra-riches.
Ortega vit toujours à La Corogne, la ville où il a débuté, dans une maison certes luxueuse mais sans ostentation excessive. Il se rend quotidiennement au siège d'Inditex à Arteixo (bien qu'officiellement retraité depuis 2011), déjeune régulièrement à la cantine du personnel, porte des vêtements simples (pas nécessairement Zara d'ailleurs), et évite toute forme de luxe ostentatoire. Une anecdote rapporte qu'en 2001, le jour où l'introduction en bourse d'Inditex a fait exploser sa fortune de 6 milliards de dollars, il a travaillé normalement et déjeuné à la cafétéria comme tous les jours.
Cette discrétion a néanmoins ses limites. Ortega possède deux yachts de luxe (Drizzle et Valoria B) et un jet privé Gulfstream G650, signe qu'il profite quand même de sa fortune colossale, mais loin des caméras.
Vie privée : deux mariages, trois enfants
Amancio Ortega a été marié deux fois. Sa première épouse, Rosalía Mera (1944-2013), fut sa compagne dès les débuts. Ensemble, ils ont fondé GOA et Zara. Rosalía cousait à la main les premiers vêtements dans leur appartement. Ils se sont séparés vers 1985 au moment de la création d'Inditex, puis ont divorcé officiellement. Rosalía Mera est restée la deuxième actionnaire d'Inditex avec 7% des parts jusqu'à sa mort brutale en août 2013 d'une hémorragie cérébrale, faisant d'elle à l'époque la femme self-made la plus riche du monde. Ils ont eu deux enfants : Sandra Ortega Mera (1968), aujourd'hui femme la plus riche d'Espagne avec 10 milliards d'euros de fortune (héritée de sa mère), et Marcos Ortega Mera.
En 2001, Ortega épouse Flora Pérez Marcote, une ancienne employée de Zara rencontrée dans les années 1990. Ensemble, ils ont une fille, Marta Ortega Pérez (née en 1984), qui joue aujourd'hui un rôle central dans le groupe.
La succession : Marta Ortega Pérez à la barre
Le 19 juillet 2011, à 75 ans, Amancio Ortega quitte officiellement ses fonctions de président d'Inditex pour céder la place à Pablo Isla, entré dans le groupe en 2005. Ortega conserve toutefois 59,3% des parts et reste actionnaire majoritaire. Pablo Isla dirigera le groupe jusqu'en 2022. En avril 2022, la fille cadette d'Ortega, Marta Ortega Pérez, alors âgée de 38 ans, est nommée présidente non exécutive d'Inditex, tandis qu'Óscar García Maceiras devient CEO.
Marta Ortega a commencé sa carrière chez Inditex comme vendeuse dans un magasin Zara à Londres, gravissant tous les échelons. Elle a ensuite occupé divers postes dans la conception et le marketing, notamment pour Zara Kids et Zara Woman. Sa nomination à la présidence marque le début d'une dynastie familiale à la tête d'Inditex. Bien que certains observateurs aient craint un népotisme, Marta s'est rapidement imposée par sa maîtrise du métier et sa vision stratégique axée sur la digitalisation et la durabilité.
Philanthropie : Fondation Amancio Ortega
Depuis les années 2000, Amancio Ortega s'est progressivement engagé dans la philanthropie. En 2001, il crée la Fondation Amancio Ortega, gérée initialement par son ex-épouse Rosalía Mera et leur fille Sandra. Après la mort de Rosalía en 2013, Sandra a repris la direction de la fondation via sa propre organisation, la Fundación Paideia, axée sur l'intégration sociale et professionnelle des personnes handicapées.
La Fondation Amancio Ortega intervient principalement dans trois domaines : éducation (bourses pour étudiants défavorisés, rénovation d'écoles), santé (financement d'équipements médicaux de pointe pour hôpitaux publics espagnols, notamment appareils de radiothérapie et de diagnostic du cancer), et action sociale (soutien aux personnes en difficulté). En juillet 2017, l'Association des Fondations Espagnoles a décerné à Ortega le premier prix de l'Initiative philanthropique. En novembre 2021, Ortega a annoncé son entrée dans les énergies renouvelables avec l'acquisition de 49% des parts d'une ferme éolienne, valorisée à 500 millions d'euros.
Critiques et controverses : les zones d'ombre de l'empire
Conditions de travail et accusations de sweatshops
Le modèle Inditex n'est pas exempt de critiques sérieuses. Comme la plupart des géants de la fast fashion, le groupe a été régulièrement accusé d'exploiter des travailleurs dans des conditions proches de l'esclavage moderne. Bien qu'Inditex produise deux tiers de ses vêtements en Espagne et en Europe proche (ce qui est inhabituel dans le secteur), le tiers restant provient d'usines en Asie (Chine, Bangladesh, Inde, Vietnam) où les salaires sont extrêmement bas et les conditions de travail souvent déplorables.
Des ONG comme Clean Clothes Campaign ont documenté des cas de travailleurs payés moins de 2 dollars par jour, travaillant 12 à 14 heures quotidiennes dans des usines surpeuplées et dangereuses. En 2013, l'effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, qui a tué plus de 1 100 ouvrières du textile (dont certaines travaillaient pour des sous-traitants d'Inditex), a mis en lumière les dangers mortels de la fast fashion. En réponse, Inditex a adopté un code de conduite pour les fournisseurs, augmenté les inspections, et collaboré avec des organisations syndicales et des ONG. Cependant, les critiques estiment que ces mesures sont insuffisantes et que le modèle économique même de la fast fashion, fondé sur des prix bas et une production massive, rend impossible un traitement véritablement éthique des travailleurs.
Impact environnemental catastrophique
La fast fashion est également accusée de contribuer massivement à la catastrophe écologique mondiale. Produire des vêtements à un rythme effréné, encourager les consommateurs à acheter impulsivement et à jeter rapidement, génère des quantités colossales de déchets textiles. Selon Greenpeace, l'industrie de la mode est responsable de 10% des émissions mondiales de CO2 et de 20% de la pollution des eaux usées (teintures, produits chimiques). La fast fashion encourage une culture du jetable : un vêtement Zara est porté en moyenne 7 fois avant d'être jeté, contre 50 fois pour un vêtement des années 1980.
Inditex s'est engagé publiquement à améliorer sa durabilité. En 2019, le groupe a annoncé des objectifs ambitieux : 100% de coton, lin et polyester d'origine durable ou recyclé d'ici 2025, neutralité carbone d'ici 2040, et zéro déchet envoyé en décharge. Le groupe a investi massivement dans l'e-commerce et la technologie pour réduire le gaspillage. Cependant, les critiques soulignent que ces engagements, bien que louables, sont incompatibles avec le modèle même de la fast fashion, qui repose sur la surconsommation et le renouvellement permanent.






