Prix Nobel d’économie 2025 : Philippe Aghion et la théorie de la croissance par l’innovation

Le 13 octobre 2025, le Français Philippe Aghion, l’Israélo-américain Joel Mokyr et le Canadien Peter Howitt ont été récompensés par le prix Nobel d’économie pour leurs travaux sur la croissance économique tirée par l’innovation.

Eline Le Berre

Le 13 octobre 2025, le Français Philippe Aghion, l’Israélo-américain Joel Mokyr et le Canadien Peter Howitt ont été récompensés par le prix Nobel d’économie pour leurs travaux sur la croissance économique tirée par l’innovation. Cette distinction souligne l’importance cruciale de l’innovation scientifique et technologique dans la dynamique économique contemporaine. Le comité Nobel a notamment salué la théorie de la “destruction créatrice” développée par Aghion et Howitt, ainsi que les analyses historiques de Mokyr sur les conditions de la croissance durable.

Ces travaux s’inscrivent dans la lignée de Joseph Schumpeter (1942), qui avait déjà introduit le concept de destruction créatrice pour expliquer le rôle de l’innovation dans la transformation des économies capitalistes. L’actualité du prix Nobel permet de réfléchir à la manière dont les sociétés peuvent stimuler la croissance tout en restant compétitives sur la scène mondiale.

I) L’innovation comme moteur de la croissance économique

A. La croissance endogène et l’innovation

Philippe Aghion, avec Howitt, s’inscrit dans la tradition des théories de la croissance endogène (Romer, 1990 ; Lucas, 1988), qui considèrent que la croissance économique ne dépend pas seulement du capital ou du travail, mais aussi des connaissances et des innovations. Selon Aghion, l’innovation stimule l’investissement, la productivité et la création de nouveaux marchés. L’exemple du numérique, avec l’essor de l’intelligence artificielle et des technologies blockchain, illustre cette dynamique : de nouvelles industries émergent tandis que d’anciennes disparaissent.

B. Les conditions d’une croissance soutenue selon Joel Mokyr

Joel Mokyr a étudié les facteurs historiques de la croissance durable. Pour lui, la prospérité économique repose sur une société ouverte aux idées nouvelles, des institutions favorables à la recherche et un capital humain qualifié.

Ces conditions rappellent d’ailleurs celles analysées par Douglass North (1990), qui montre l’importance des institutions dans le développement économique. L’exemple de la Révolution industrielle illustre bien comment l’ouverture aux innovations a permis un essor économique sans précédent.

II) La destruction créatrice : une dynamique économique et sociale

A. De Schumpeter à Aghion et Howitt

Joseph Schumpeter (1942) avait théorisé la destruction créatrice comme le moteur du capitalisme : l’arrivée d’un produit ou d’une technologie supérieure entraîne la disparition des entreprises moins innovantes. Aghion et Howitt ont développé ce concept pour expliquer la croissance économique contemporaine, en montrant que ce processus est central dans la dynamique du progrès technique. Par exemple, les smartphones ont transformé les industries des téléphones fixes et des appareils photo, stimulant à la fois l’innovation et la concurrence.

B. Impacts économiques et sociaux

La destruction créatrice favorise la croissance, mais elle implique aussi des ajustements économiques et sociaux. Certaines entreprises disparaissent, et de nombreux emplois traditionnels sont remplacés par de nouvelles formes de travail nécessitant de nouvelles compétences. Brynjolfsson et McAfee (2014) montrent dans The Second Machine Age que l’automatisation et les technologies numériques accélèrent cette transformation : les machines et les logiciels remplacent certaines tâches humaines tout en créant de nouvelles opportunités économiques. Cette dynamique illustre que l’innovation ne profite pas automatiquement à tous et qu’elle nécessite des politiques publiques et des programmes de formation adaptés pour permettre aux travailleurs de s’adapter aux changements technologiques.


Partie III – L’innovation au cœur de la compétition mondiale

A. Une course technologique mondiale

Philippe Aghion a souligné que l’Europe ne doit pas laisser les États-Unis et la Chine monopoliser l’innovation. Dans un contexte où la croissance et la compétitivité dépendent de la capacité à créer et adopter rapidement de nouvelles technologies, la maîtrise de secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou les biotechnologies devient un enjeu économique et géopolitique.

Le rapport Draghi (2024) avait déjà souligné l’année précédente, que l’Europe devait renforcer ses capacités d’innovation pour rester compétitive face aux grandes puissances et éviter une dépendance technologique.

B. Politiques pour soutenir l’innovation en Europe

Pour rester compétitive, l’Europe doit investir dans la recherche et le développement, soutenir les startups et faciliter la diffusion des innovations, conformément aux travaux de Romer (1990) sur l’importance du capital technologique. Elle doit aussi anticiper les transformations du marché du travail en formant ses citoyens aux nouvelles compétences, comme le recommandent Brynjolfsson et McAfee (2014).

Le rapport Draghi insiste sur la nécessité d’une stratégie coordonnée à l’échelle européenne, combinant financement, innovation et formation, pour transformer l’innovation en moteur de croissance durable et de souveraineté technologique.

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