Population russe : chiffres et déclin démographique
La population russe compte aujourd’hui environ 146 millions d’habitants, mais ce chiffre officiel masque une réalité bien plus inquiétante pour Moscou
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La population russe compte aujourd’hui environ 146 millions d’habitants, mais ce chiffre officiel masque une réalité bien plus inquiétante pour Moscou : la Russie est engagée dans un déclin démographique profond et durable. Plus grand État du monde par sa superficie, le pays voit chaque année sa population diminuer sous l’effet d’un solde naturel négatif, d’une fécondité très basse et d’un vieillissement accéléré. Comprendre la démographie russe, c’est saisir à la fois une donnée de puissance et une fragilité structurelle qui pèse sur l’avenir du pays.
Combien d’habitants la Russie compte-t-elle exactement ? Pourquoi sa population recule-t-elle ? Comment se répartissent les Russes sur un territoire immense ? Et que disent les projections pour les décennies à venir ? Autant de questions qui font de la population de la Russie un sujet incontournable pour qui prépare les concours en géographie, en géopolitique ou en sciences économiques et sociales.
Combien d’habitants compte la population russe ?
Selon les chiffres officiels de Rosstat, l’institut statistique russe, la population russe s’élevait à environ 146 millions d’habitants au 1ᵉʳ janvier 2025. Ce total situe la Russie au neuvième rang mondial, loin derrière l’Inde ou la Chine, mais devant la plupart des pays européens.
Ce chiffre doit toutefois être manié avec prudence. Il inclut en effet les territoires ukrainiens annexés par la Russie depuis 2014 (Crimée) et 2022, ce qui gonfle artificiellement le total et fait l’objet de vives contestations sur le plan du droit international. Sans ces territoires, plusieurs estimations situent la population de la Russie plutôt autour de 143 à 144 millions d’habitants. Il est donc plus honnête de retenir une fourchette prudente de 143 à 146 millions d’habitants plutôt qu’un chiffre unique.
Au-delà de la question du décompte, un fait n’est pas contesté : la tendance de fond est celle du recul. La Russie a atteint son pic de population au début des années 1990, avec près de 148,5 millions d’habitants ; depuis, hormis quelques années de stabilisation liées à l’immigration et à l’annexion de la Crimée, la démographie russe s’inscrit dans une trajectoire de déclin.
Cette histoire démographique explique aussi pourquoi la population russe reste difficile à comparer d’une année sur l’autre : les changements de périmètre territorial, les révisions de recensement et les écarts entre estimations russes et internationales brouillent la lecture. Le dernier recensement, mené en 2021, avait recensé un peu plus de 147 millions d’habitants ; les mises à jour annuelles publiées depuis confirment une érosion lente mais continue. Pour un candidat aux concours, l’important est donc de savoir citer un ordre de grandeur fiable — environ 146 millions d’habitants — tout en signalant l’incertitude qui l’entoure.
À retenir La population russe (≈ 143-146 millions d’habitants) fait l’objet de débats de décompte, notamment à cause des territoires annexés. L’essentiel n’est pas le chiffre exact, mais la dynamique : un déclin démographique installé. |
Un déclin démographique installé
Le cœur du sujet, c’est le déclin. La population de la Russie diminue parce que le pays connaît, année après année, un solde naturel négatif : le nombre de décès dépasse largement le nombre de naissances. En 2024, la Russie a enregistré environ 1,22 million de naissances, le total le plus faible depuis la fin des années 1990, pour un déficit naturel supérieur à 590 000 personnes sur l’année.
Une fécondité très inférieure au seuil de renouvellement
L’indicateur clé est l’indice synthétique de fécondité (ISF), c’est-à-dire le nombre moyen d’enfants par femme. En Russie, il tourne autour de 1,4 enfant par femme en 2024 (les estimations récentes le situent entre 1,37 et 1,41), très en dessous du seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme. Concrètement, chaque génération ne se remplace pas : à long terme, sans immigration, la population est mécaniquement condamnée à décroître.
Cette fécondité basse n’est pas propre à la Russie : elle se retrouve dans la plupart des pays européens et industrialisés. Ce qui distingue la démographie russe, c’est la conjonction de cette faible natalité avec une mortalité élevée et une histoire démographique heurtée. La Russie a en effet accumulé, au XXᵉ siècle, des chocs d’une ampleur exceptionnelle — guerres, famines, effondrement de l’URSS — qui ont creusé des « trous » dans sa pyramide des âges. Ces creux se transmettent de génération en génération : quand une génération peu nombreuse arrive à l’âge d’avoir des enfants, elle produit à son tour peu de naissances, prolongeant le déclin.
Une natalité au plus bas et une mortalité élevée
La chute de la natalité s’accélère. Au premier trimestre 2025, la Russie n’a enregistré qu’environ 288 000 naissances, un niveau décrit comme le plus bas depuis près de deux siècles. Cette faiblesse s’explique en partie par un effet mécanique : les femmes en âge d’avoir des enfants aujourd’hui appartiennent aux générations creuses nées dans le chaos des années 1990.
À l’autre bout de la pyramide, la mortalité reste élevée pour un pays développé, en particulier chez les hommes. L’espérance de vie masculine demeure nettement inférieure à celle des femmes, un écart parmi les plus marqués au monde, lié notamment à l’alcoolisme, au tabagisme, aux accidents et à un système de santé inégal. Ce phénomène de surmortalité masculine pèse durablement sur la démographie russe.
Cette surmortalité masculine a des conséquences visibles jusque dans la structure de la population : la Russie compte sensiblement plus de femmes que d’hommes, un déséquilibre qui s’accentue avec l’âge. Il pèse aussi indirectement sur la natalité, en réduisant le nombre de couples susceptibles d’avoir des enfants. Le vieillissement, enfin, se traduit par une part des 65 ans et plus qui dépasse désormais 18 % de la population, alourdissant le poids des retraites et de la dépense de santé sur une population active de plus en plus étroite.
La population russe en chiffres
Indicateur | Valeur (données récentes) | Repère |
Population totale | ≈ 143-146 millions | 9ᵉ rang mondial |
Indice de fécondité (ISF) | ≈ 1,4 enfant/femme (2024) | Seuil de renouvellement : 2,1 |
Naissances (2024) | ≈ 1,22 million | Plus bas depuis la fin des années 1990 |
Solde naturel (2024) | ≈ – 590 000 | Décès > naissances |
Part des 65 ans et + | > 18 % | Population vieillissante |
Pic historique | ≈ 148,5 millions (début 1990s) | Déclin depuis |
Ordres de grandeur de la démographie russe (sources : Rosstat, ONU). Chiffres à retenir comme repères, non comme valeurs figées.
Les causes du déclin de la population de la Russie
Le recul de la population russe n’a pas une cause unique : il résulte de la combinaison de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement.
Une natalité durablement basse, entretenue par la petite taille des générations en âge d’avoir des enfants et par des difficultés économiques et sociales qui découragent les projets familiaux.
Une forte mortalité, notamment masculine, liée à l’alcool, au tabac, aux accidents et aux faiblesses du système de santé, qui abaisse l’espérance de vie.
Une émigration importante : des centaines de milliers de Russes, souvent jeunes et diplômés, ont quitté le pays, un exode aggravé depuis 2022 (« fuite des cerveaux »).
Un vieillissement accéléré, avec une part croissante de personnes âgées et une population active qui se contracte.
À ces dynamiques de fond s’ajoutent des chocs conjoncturels majeurs, au premier rang desquels la guerre en Ukraine, qui pèse à la fois sur la mortalité et sur les départs à l’étranger.
L’effet de la guerre en Ukraine sur la démographie russe
Déclenchée en février 2022, la guerre en Ukraine agit comme un accélérateur du déclin. Elle pèse sur la population russe de deux manières principales. D’une part, les pertes humaines au combat, difficiles à chiffrer précisément et entourées d’un grand secret, touchent surtout des hommes jeunes, c’est-à-dire la partie de la population la plus utile au renouvellement démographique et au marché du travail.
D’autre part, la mobilisation annoncée à l’automne 2022 a provoqué une vague de départs : plusieurs centaines de milliers de Russes, souvent qualifiés et en âge de travailler, ont fui à l’étranger pour échapper à la conscription ou par rejet du conflit. Cet exil accentue la fuite des cerveaux et prive le pays d’une main-d’œuvre précieuse. Les projections officielles n’intègrent qu’imparfaitement ces effets, si bien que la réalité pourrait se révéler plus défavorable encore que les prévisions.
La répartition de la population sur le territoire russe
La population russe se caractérise par une répartition extrêmement inégale sur un territoire de plus de 17 millions de km². L’immense majorité des habitants de la Russie vit dans la partie occidentale du pays, la « Russie européenne », à l’ouest de l’Oural, où se concentrent les grandes villes, les industries et les terres les plus favorables.
À l’inverse, la Sibérie et l’Extrême-Orient russe, qui couvrent des espaces gigantesques, restent très faiblement peuplés. De vastes régions y affichent des densités inférieures à un habitant par km², en raison d’un climat rigoureux et d’un enclavement marqué. Cette opposition entre un « cœur » densément peuplé à l’ouest et des marges quasi vides à l’est constitue une donnée géographique fondamentale de la Russie.
La population russe est par ailleurs fortement urbanisée : environ trois habitants sur quatre vivent en ville. Cette concentration urbaine accentue encore les contrastes entre des métropoles dynamiques et des campagnes en déprise.
Les grandes villes de Russie
Deux métropoles dominent nettement l’armature urbaine russe. Moscou, la capitale, rassemble environ 12 à 13 millions d’habitants dans la ville-centre (et bien davantage avec son agglomération), ce qui en fait l’une des plus grandes villes d’Europe. Saint-Pétersbourg, l’ancienne capitale impériale, compte environ 5 millions d’habitants et joue un rôle culturel et portuaire majeur.
Derrière ce duo, plusieurs villes millionnaires structurent le territoire, comme Novossibirsk, Iekaterinbourg, Nijni Novgorod ou Kazan. Beaucoup se situent le long du Transsibérien, épine dorsale qui relie la Russie européenne à l’Extrême-Orient et jalonne le peuplement de la Sibérie méridionale.
Ce contraste entre l’ouest peuplé et l’est presque vide n’est pas seulement hérité de la géographie physique : il résulte aussi de choix politiques et économiques. À l’époque soviétique, l’État avait tenté de peupler la Sibérie et l’Extrême-Orient en y implantant des villes industrielles et minières, souvent au prix d’un aménagement volontariste et coûteux. Depuis 1991, beaucoup de ces territoires perdent des habitants, aspirés par les grandes métropoles de l’ouest et du sud. La population russe se recompose ainsi au profit de quelques pôles urbains, tandis que des pans entiers du pays se dépeuplent.
Les projections d’avenir de la population russe
Toutes les projections convergent vers un même constat : la population de la Russie devrait continuer de diminuer dans les prochaines décennies. Selon les scénarios de Rosstat, elle pourrait tomber autour de 130 à 139 millions d’habitants à l’horizon 2046, l’hypothèse la plus pessimiste envisageant une perte de plus de 15 millions de personnes en une vingtaine d’années.
De son côté, l’ONU projette une population russe de l’ordre de 135 à 136 millions d’habitants vers 2050, avec des scénarios de long terme encore plus sombres pour la fin du siècle. Ces chiffres restent des projections, sensibles aux hypothèses retenues sur la fécondité, la mortalité et surtout les migrations ; ils doivent donc être cités avec prudence. Mais le sens de la tendance, lui, ne fait guère de doute.
Chiffres clés à mémoriser ≈ 146 millions d’habitants aujourd’hui (chiffre officiel) ; ISF ≈ 1,4 ; solde naturel négatif ; projection Rosstat ≈ 130-139 millions en 2046 ; ONU ≈ 135-136 millions en 2050. Retiens la dynamique de déclin plus que les valeurs exactes. |
Les enjeux du déclin de la population russe
Le recul de la population russe n’est pas seulement une statistique : il touche directement à la puissance et à l’avenir du pays. Plusieurs enjeux majeurs en découlent.
Un enjeu de main-d’œuvre : la contraction de la population active menace la croissance et complique le fonctionnement de l’économie, obligeant à recourir à l’immigration, notamment en provenance d’Asie centrale.
Un enjeu de puissance : dans la pensée géopolitique russe, le nombre d’habitants est traditionnellement associé à la force d’un État. Le déclin démographique fragilise donc l’ambition de grande puissance affichée par Moscou.
Un enjeu territorial : le sous-peuplement de la Sibérie et de l’Extrême-Orient, à proximité d’une Chine très peuplée, nourrit des inquiétudes anciennes sur la maîtrise de ces espaces stratégiques.
Un enjeu de politiques publiques : les autorités multiplient les mesures natalistes (aides financières, « capital maternité », promotion de la famille) dont l’efficacité reste limitée face à la profondeur de la crise.
Le déclin démographique russe illustre ainsi une tension centrale : celle d’un État qui revendique un statut de grande puissance tout en étant miné, sur le long terme, par la fragilité de son socle humain.
Les politiques natalistes menées depuis le milieu des années 2000, dont le célèbre « capital maternité » versé aux familles à la naissance d’un enfant, ont pu produire des effets ponctuels sur la courbe des naissances, mais elles n’ont pas inversé la tendance de fond. L’expérience russe rejoint ainsi un constat plus général : les incitations financières peuvent modifier le calendrier des naissances (avancer ou retarder un projet d’enfant) sans nécessairement augmenter le nombre total d’enfants par femme. Face à cette limite, le recours à l’immigration devient un levier de plus en plus décisif pour soutenir la population active, mais il soulève à son tour des débats politiques et identitaires sensibles en Russie.
Population russe : l’angle concours
Pour les concours, la démographie russe est un excellent exemple, mobilisable dans plusieurs disciplines. En géographie et en HGGSP, elle illustre parfaitement le thème des dynamiques de population et celui de la puissance et de ses limites : la Russie est un cas d’école d’un géant territorial confronté à une fragilité démographique.
En géographie : répartition inégale du peuplement, opposition centre-périphérie, urbanisation, densités très contrastées.
En HGGSP (thème de la puissance) : la démographie comme composante et comme limite de la puissance russe.
En ESH : lien entre population, population active, croissance et politiques publiques (natalité, immigration).
Le bon réflexe consiste à mobiliser quelques chiffres solides (≈ 146 millions d’habitants, ISF ≈ 1,4, projections en baisse) tout en insistant sur l’analyse : le déclin de la population russe n’est pas un simple fait démographique, c’est un révélateur des forces et des faiblesses de la Russie contemporaine.
Conclusion
La population russe, d’environ 146 millions d’habitants, illustre un paradoxe saisissant : celui d’un immense pays, revendiquant le rang de grande puissance, mais rongé par un déclin démographique profond. Fécondité très basse, solde naturel négatif, vieillissement, émigration et effets de la guerre en Ukraine dessinent une trajectoire de recul que les projections, de Rosstat comme de l’ONU, confirment pour les décennies à venir.
Étudier la population de la Russie, c’est donc bien plus que retenir un chiffre : c’est comprendre comment la démographie, à la fois donnée de puissance et facteur de fragilité, façonne l’avenir d’un État. Un sujet dense et nuancé, idéal pour les concours, à condition d’en maîtriser les chiffres clés comme les grands enjeux.






