Les guerres du Golfe : de 1991 à 2026, une région au cœur des tensions mondiales

Le golfe Persique est, depuis plusieurs décennies, l'un des terrains géopolitiques les plus instables et les plus déterminants de l'économie mondiale.

Lila Dumonteil Divies

Le golfe Persique est, depuis plusieurs décennies, l'un des terrains géopolitiques les plus instables et les plus déterminants de l'économie mondiale. Il concentre à lui seul entre 20 et 25 % des réserves mondiales d'hydrocarbures prouvées, et le détroit d'Ormuz, cette bande de mer d'à peine 54 kilomètres qui relie le golfe Persique au golfe d'Oman, conditionne le passage d'environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié transitant sur la planète chaque jour. Comprendre les guerres du Golfe, c'est donc comprendre pourquoi cette région est structurellement au cœur des rivalités de puissance mondiales.

La guerre du Golfe de 1991 — l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein et la réponse de la coalition internationale menée par les États-Unis — est un moment charnière de l'histoire contemporaine. Elle inaugure le monde post-Guerre froide, consacre l'hégémonie américaine et fixe les grands schémas de conflictualité qui structurent encore le Moyen-Orient aujourd'hui. Elle annonce aussi la logique d'engagement militaire américain dans la région qui débouchera, en 2003, sur la deuxième guerre d'Irak, et dont les prolongements se font encore sentir dans les événements de 2025-2026 qui voient les États-Unis et Israël frapper directement l'Iran.

Cet article te donne les clés pour analyser les guerres du Golfe sous l'angle attendu en ESH et en HGG : les causes structurelles du conflit, sa dimension géopolitique, ses conséquences économiques et son actualité en 2025-2026, qui constitue un cas d'étude incontournable sur les interdépendances énergétiques mondiales.

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Repères chronologiques : de 1990 à 2026

Voici les jalons essentiels pour situer les conflits du Golfe dans la longue durée, des prémices de la guerre de 1991 jusqu'aux événements de mars 2026.

Date

Événement

Signification géopolitique

1980-1988

Guerre Iran-Irak

L'Irak s'endette massivement auprès du Koweït (15 Mds $)

2 août 1990

Invasion du Koweït par l'Irak

Saddam Hussein tente de s'emparer des réserves pétrolières koweïtiennes

6 août 1990

Embargo ONU sur l'Irak

Résolution 661 du Conseil de sécurité — unanimité exceptionnelle post-Guerre froide

29 nov. 1990

Résolution 678 du Conseil de sécurité

Autorisation du recours à la force — première depuis la guerre de Corée (1950)

17 jan. 1991

Opération Tempête du Désert

Coalition de 34 nations sous commandement américain — début des frappes aériennes

24 fév. 1991

Offensive terrestre de la coalition

100 heures de combat suffisent à chasser l'armée irakienne du Koweït

28 fév. 1991

Cessez-le-feu — fin de la guerre

Saddam Hussein reste au pouvoir. Les États-Unis s'installent durablement dans le Golfe

2003

Deuxième guerre d'Irak

Invasion unilatérale américaine sans mandat ONU — chute de Saddam Hussein

28 fév. 2026

Frappes américano-israéliennes sur l'Iran

Troisième guerre du Golfe — détroit d'Ormuz fermé, prix du Brent à +30 %

La première guerre du Golfe (1991) : causes, déroulement, enjeux

Les racines du conflit : pétrole, dettes et ambitions régionales

Pour comprendre la guerre du Golfe de 1991, il faut remonter à la guerre Iran-Irak (1980-1988), l'un des conflits les plus meurtriers du XXe siècle, avec plus de 300 000 morts côté irakien. L'Irak est sorti de ce conflit épuisé et lourdement endetté, notamment auprès du Koweït et de l'Arabie Saoudite qui avaient financé sa guerre. Or, à partir de 1989, le Koweït augmente unilatéralement sa production pétrolière, dépassant les quotas fixés par l'OPEP, ce qui fait chuter les cours du pétrole et prive l'Irak des recettes dont il a besoin pour se redresser. L'émir du Koweït, Jaber al-Sabah, refuse par ailleurs d'annuler une dette de 15 milliards de dollars contractée par Bagdad pendant le conflit irano-irakien.

Saddam Hussein se retrouve ainsi face à un dilemme stratégique. Il ne peut pas démobiliser son armée pléthorique sans risquer de voir ses vétérans se retourner contre lui, faute d'emplois. Il ne peut pas non plus relancer son économie sans un prix du pétrole plus élevé. Il choisit alors une solution radicale : envahir le Koweït. Les motifs sont à la fois économiques : s'emparer des réserves pétrolières koweïtiennes et effacer les dettes irakiennes, territoriaux , le Koweït, ancienne province ottomane, est présenté comme une entité artificielle créée par les Britanniques et stratégiques : l'Irak n'a que 19 kilomètres de côtes sur le golfe Persique, et la possession du Koweït lui permettrait de multiplier son accès à la mer par vingt, facilitant l'exportation de son pétrole.

Un élément crucial explique aussi la décision de Saddam Hussein d'agir : il croit que les États-Unis ne s'opposeront pas à son initiative. Le 25 juillet 1990, à Bagdad, l'ambassadrice américaine April Glaspie lui déclare que Washington ne prendra pas position sur un différend opposant des pays arabes. Le dictateur irakien l'interprète comme un feu vert implicite. Il ordonne l'invasion le 2 août 1990. La résistance koweïtienne est anéantie en quelques heures.

La coalition internationale : un moment d'ordre mondial post-Guerre froide

La réaction internationale est d'une rapidité et d'une ampleur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Dès le 2 août 1990, le Conseil de sécurité de l'ONU condamne l'invasion à 14 voix. Le 6 août, il impose un embargo total sur l'Irak. Le 29 novembre 1990, la résolution 678 autorise le recours à la force si l'Irak ne s'est pas retiré du Koweït avant le 15 janvier 1991,  c'est la première fois depuis la guerre de Corée en 1950 que le Conseil de sécurité autorise une telle intervention. Ce vote est rendu possible par la fin de la Guerre froide : l'URSS, qui aurait utilisé son droit de veto quelques années plus tôt pour protéger son allié irakien, vote toutes les résolutions contre Saddam Hussein.

La coalition qui se constitue est historique. Elle regroupe 34 nations, parmi lesquelles des pays arabes comme l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Syrie, ce qui la différencie fondamentalement des conflits ultérieurs. Les États-Unis fournissent l'essentiel de la puissance de feu : plus des deux tiers des avions de combat, plus de la moitié des chars, et le commandement général de l'opération confié au général Norman Schwarzkopf. Le financement de la guerre, d'un coût total d'environ 60 milliards de dollars, est quant à lui assuré principalement par les pétromonarchies du Golfe — le Koweït et l'Arabie saoudite à hauteur de 32 milliards — ainsi que par l'Allemagne et le Japon, qui refusent d'intervenir militairement pour des raisons historiques mais acceptent de payer.

L'opération Tempête du Désert : une guerre technologique

Le 17 janvier 1991, après expiration de l'ultimatum onusien et après cinq mois de déploiement militaire massif en Arabie saoudite sous le nom de code « Opération Bouclier du Désert », les frappes aériennes commencent. Pendant 40 jours, plus de 2 000 avions alliés pilonnent systématiquement les infrastructures militaires et industrielles irakiennes. L'Irak reçoit autant de bombes durant ces quarante jours que l'Allemagne n'en avait reçu pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Saddam Hussein riposte en lançant des missiles SCUD contre l'Arabie saoudite et surtout contre Israël, espérant entraîner l'État hébreu dans le conflit et offrir ainsi aux nations arabes membres de la coalition un prétexte pour la quitter. Les États-Unis et Israël ne tombent pas dans le piège.

L'offensive terrestre, déclenchée le 24 février 1991, dure moins de 100 heures. Grâce à une supériorité technologique écrasante, notamment l'utilisation du GPS pour la première fois dans un conflit majeur, permettant une localisation précise des blindés irakiens, les forces de la coalition neutralisent rapidement les divisions irakiennes. Le 26 février, l'armée irakienne entame sa retraite du Koweït en incendiant 700 puits de pétrole, provoquant une catastrophe environnementale majeure. Le 28 février, la coalition décrète un cessez-le-feu. Koweït City est libéré. La guerre dure officiellement 42 jours.

Un bilan humain, économique et géopolitique lourd

Le bilan humain est très asymétrique : la coalition perd environ 240 soldats au combat, contre entre 85 000 et 110 000 militaires irakiens tués selon les estimations, auxquels s'ajoutent entre 35 000 et 45 000 victimes civiles. Ce déséquilibre choquant illustre l'écart technologique et militaire entre les deux camps. Sur le plan économique, la destruction des puits de pétrole koweïtiens par les Irakiens provoque une marée noire et une pollution atmosphérique sans précédent, avec des colonnes de fumée visibles depuis des milliers de kilomètres.

Sur le plan géopolitique, le résultat de la guerre est paradoxal. La décision de ne pas poursuivre la coalition jusqu'à Bagdad et de laisser Saddam Hussein au pouvoir, prise délibérément par Bush père, qui craint l'implosion de l'Irak et une montée en puissance de l'Iran, signifie que les causes structurelles du conflit ne sont pas résolues. Les États-Unis s'installent en revanche durablement dans le Golfe, avec des bases militaires permanentes en Arabie saoudite, au Koweït et ensuite au Qatar, au Bahreïn et aux Émirats arabes unis. C'est cette présence militaire américaine permanente qui deviendra l'une des principales sources de légitimation du discours jihadiste d'Al-Qaïda dans les années 1990.

De 1991 à 2026 : trente-cinq ans de conflictualité persistante dans le Golfe

La deuxième guerre d'Irak (2003) : la rupture du multilatéralisme

La deuxième guerre d'Irak, déclenchée en mars 2003 par les États-Unis et le Royaume-Uni sans mandat explicite du Conseil de sécurité de l'ONU, constitue une rupture majeure par rapport à 1991. Là où la première guerre du Golfe avait constitué un moment d'affirmation du multilatéralisme onusien et de la légitimité internationale, la guerre de 2003 illustre au contraire le basculement vers une logique unilatérale. La France, par la voix de Dominique de Villepin à l'ONU le 14 février 2003, incarne le refus d'une intervention qui se passe de l'aval du Conseil de sécurité. Les armes de destruction massive invoquées comme justification par Washington se révèleront introuvables après la chute de Saddam Hussein.

La chute du régime baathiste en 2003 et l'occupation américaine de l'Irak ouvrent une période de chaos qui crée les conditions de l'émergence de l'État islamique (Daech). Le retrait des troupes américaines en 2011 laisse un vide sécuritaire que Daech exploite à partir de 2013-2015, tentant de s'emparer de Bagdad et de larges zones sunnites. Ces événements illustrent une constante des guerres du Golfe : la résolution militaire des conflits ne suffit pas à stabiliser une région dont les tensions sont d'abord politiques, confessionnelles et économiques.

La montée en puissance de l'Iran : la grande variable structurelle

Depuis 1979 et la Révolution islamique, l'Iran est le grand acteur de déstabilisation ou de structuration, selon le point de vue, de la géopolitique du Golfe. La chute de Saddam Hussein en 2003 a paradoxalement renforcé l'influence régionale de Téhéran en éliminant son principal rival sunnite et en permettant à l'Iran de renforcer son influence en Irak, au Liban via le Hezbollah, au Yémen via les Houthis, et en Syrie via le régime Assad. Cette architecture d'influence, que l'on appelle l'Axe de la Résistance, constituait le principal levier de puissance de l'Iran face à la supériorité militaire américaine et israélienne.

Parallèlement, le programme nucléaire iranien est devenu l'un des dossiers les plus sensibles de la diplomatie mondiale depuis les années 2000. Les négociations qui ont conduit à l'accord de Vienne (JCPOA) en 2015 ont été suivies du retrait américain en 2018 sous Trump, puis de tentatives de renégociation sous Biden. C'est ce dossier nucléaire, combiné à la destruction progressive de l'Axe de la Résistance au cours de l'année 2024-2025, affaiblissement du Hezbollah, chute du régime Assad en Syrie, neutralisation des Houthis, qui a conduit à l'escalade majeure de 2025-2026.

Le conflit de 2025-2026 : une troisième guerre du Golfe ?

Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran (28 février 2026)

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lancent des frappes aériennes coordonnées contre l'Iran sous les noms de code « Opération Fureur épique » (américaine) et « Opération Lion rugissant » (israélienne). Cet événement s'inscrit dans la continuité d'une « guerre des Douze jours » menée en juin 2025, premier engagement militaire direct entre les trois parties, qui avait déjà permis de tester les défenses iraniennes. Les frappes de février 2026 sont d'une intensité inédite : en cinq jours, Israël a largué plus de 5 000 bombes sur des cibles militaires et civiles iraniennes, parvenant à réduire de 86 % les capacités de tir de missiles balistiques iraniens et de 73 % les lancements de drones selon les estimations militaires disponibles.

La première salve frappe un élément symbolique central : le Guide suprême Ali Khamenei est tué lors des premières heures de l'offensive, un événement qui suscite à la fois des célébrations parmi une partie de la population iranienne — des milliers d'Iraniens avaient déjà manifesté contre l'effondrement des services publics et la corruption du régime — et des réactions de deuil et de mobilisation chez les fidèles de la République islamique.

La riposte iranienne et l'embrasement régional

La contre-attaque iranienne est massive et régionale, frappant simultanément plusieurs centaines de cibles dans l'ensemble du Moyen-Orient. Les bases militaires américaines au Qatar (base d'Al Udeid), au Koweït (base d'Ali Al Salem), aux Émirats arabes unis (base d'Al Dhafra) et à Bahreïn (quartier général de la Cinquième flotte américaine) sont directement visées. Des missiles et des drones frappent des cibles en Irak, en Arabie saoudite, et au Qatar. Quasiment tous les pays de la région sont touchés, à l'exception du Yémen où les Houthis respectent leur accord de paix du 6 mai 2025 avec les États-Unis, et de la Turquie, qui annonce l'interception d'un missile qui la visait.

Cette stratégie de frapper le plus grand nombre de pays possibles répond à une logique claire de la part de Téhéran : maximiser les pertes américaines pour attiser l'opposition politique à la guerre aux États-Unis, et créer suffisamment de chaos économique dans les États du Golfe, dont la prospérité dépend directement de la stabilité régionale, pour les pousser à plaider auprès de Washington pour un cessez-le-feu rapide. Le centre commercial Dubai Mall, l'un des lieux les plus fréquentés au monde, se vide à la suite des attaques répétées contre les Émirats. Bahreïn et le Qatar voient des installations énergétiques frappées.

La crise du détroit d'Ormuz et ses conséquences économiques mondiales

L'enjeu économique central du conflit de 2026 est le détroit d'Ormuz. Ce passage de 54 kilomètres entre l'Iran et Oman est le goulot d'étranglement le plus stratégique de l'économie mondiale : en temps normal, 20 % de la production mondiale de pétrole et une part considérable du gaz naturel liquéfié mondial y transitent chaque jour. L'Iran, en le menaçant ou en le bloquant partiellement, dispose d'une arme économique redoutable qui est le pendant de son infériorité militaire face aux États-Unis et à Israël.

L'Agence internationale de l'énergie estime qu'au début du conflit, au moins 10 millions de barils de pétrole par jour ont été retranchés de la production des pays du Golfe, soit près de 10 % de la production mondiale. Cette contraction résulte à la fois des attaques iraniennes contre des raffineries (notamment la plus importante raffinerie du Koweït, Mina Al-Ahmadi), et des décisions volontaires des raffineries de réduire leur production faute de pouvoir exporter leurs produits avec le détroit partiellement bloqué. Le prix du baril de Brent a bondi de plus de 30 % en quelques jours, atteignant entre 108 et 120 dollars le baril, des niveaux qui rappellent les pics de 2008.

Face à cette crise, six grandes puissances occidentales : dont la France, le Royaume-Uni, l'Italie et les Pays-Bas, se sont déclarées prêtes à contribuer à sécuriser la navigation dans le détroit d'Ormuz. La France engage un renforcement significatif de son dispositif naval, mobilisant 19 de ses 23 principaux navires de surface, incluant le porte-avions Charles de Gaulle. Environ 20 000 marins et quelque 3 200 navires commerciaux se retrouvent bloqués à l'ouest du détroit selon l'Organisation maritime internationale.

Les recompositions géopolitiques en cours : Chine, États du Golfe, Iran

La guerre de 2026 révèle aussi des repositionnements géopolitiques majeurs que les candidats en ESH et HGG doivent avoir en tête. La Chine, qui dépend du Golfe pour plus de la moitié de ses importations de pétrole, se retrouve dans une position particulièrement délicate. Pékin n'a pu ni protéger l'Iran — son partenaire dans l'accord de coopération 25 ans signé en 2021 — ni empêcher la perturbation de ses approvisionnements énergétiques. Elle a dû se contenter d'organiser l'évacuation de plus de 3 000 de ses ressortissants présents en Iran, tout en observant très attentivement les techniques militaires américaines grâce à un navire de surveillance déployé dans le Golfe.

Les États du Golfe eux-mêmes, pris en étau entre leur alliance sécuritaire avec les États-Unis et leurs intérêts économiques et leur proximité géographique avec l'Iran, refusent d'être entraînés dans un conflit qu'ils n'ont pas choisi. Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, qui avaient opéré un rapprochement diplomatique avec l'Iran depuis 2019 et avaient participé à la médiation sino-saoudienne de 2023, se retrouvent directement visés par les frappes iraniennes malgré leur neutralité affichée. Ces pays cherchent des routes alternatives au détroit d'Ormuz pour exporter leur pétrole, notamment via des oléoducs terrestres contournant le Golfe.

Les enjeux analytiques pour l'ESH et l'HGG

Le pétrole comme déterminant des conflits : une constante sur trente-cinq ans

La lecture économique des guerres du Golfe est indispensable. Depuis 1991, chaque conflit dans la région a des racines pétrolières explicites ou implicites : Saddam Hussein envahit le Koweït pour ses réserves d'hydrocarbures et pour effacer ses dettes ; les États-Unis interviennent pour sécuriser l'approvisionnement d'une économie mondiale encore très dépendante du pétrole du Golfe ; et en 2026, le détroit d'Ormuz devient l'arme absolue de l'Iran, capable de faire grimper les prix de l'énergie mondiale de 30 % en quelques jours. En ESH, cette dimension doit être articulée avec la théorie des ressources naturelles comme facteur de conflictualité (la « malédiction des ressources », resource curse théorisée notamment par Richard Auty en 1993) et avec les interdépendances économiques mondiales.

Les effets de la hausse du prix du pétrole sur l'économie mondiale sont un classique de l'analyse macroéconomique attendu en ESH. À court terme, le choc pétrolier de 2026 produit une inflation importée dans les économies occidentales, une dégradation des termes de l'échange pour les pays importateurs nets d'énergie, et une hausse des coûts de transport qui se répercute sur l'ensemble des chaînes de valeur mondiales. À moyen terme, ces chocs accélèrent paradoxalement la transition énergétique en rendant les énergies renouvelables relativement plus compétitives, ce qui est un effet structurant sur les trajectoires économiques mondiales.

L'évolution du multilatéralisme et du droit international

En HGG, l'arc des guerres du Golfe de 1991 à 2026 constitue un cas d'étude exceptionnel sur l'évolution du système international. La guerre de 1991 marque l'apogée de ce que George Bush père appelait le « nouvel ordre mondial » : une coalition légitime, un mandat onusien, une superpuissance organisatrice et une fin de conflit rapide. La guerre de 2003 marque la rupture de ce modèle et l'entrée dans une ère de contestation du multilatéralisme par les grandes puissances elles-mêmes. Le conflit de 2026, avec ses frappes coordonnées américano-israéliennes sans résolution préalable du Conseil de sécurité, s'inscrit dans cette tendance à l'unilatéralisme, tout en révélant les limites de la puissance américaine dans un monde désormais multipolaire où la Chine surveille et attend.

La question du détroit d'Ormuz met aussi en lumière les tensions entre liberté de navigation comme principe fondamental du droit international, consacrée par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS, 1982), et les stratégies de déni d'accès (A2/AD) que l'Iran, mais aussi la Chine en mer de Chine méridionale, déploient pour contrebalancer la supériorité navale américaine. C'est un angle d'analyse particulièrement pertinent pour les khôlles d'HGG portant sur les espaces maritimes et la géopolitique des flux.

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