Le modèle OG-DG : lire l'économie par l'offre et la demande globales
Pourquoi une relance budgétaire fait-elle parfois grimper les prix plutôt que la production ? Pourquoi une économie peut-elle connaître, en même temps, chômage et inflation ?
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Pourquoi une relance budgétaire fait-elle parfois grimper les prix plutôt que la production ? Pourquoi une économie peut-elle connaître, en même temps, chômage et inflation ? Pour répondre à ces questions, la macroéconomie dispose d'un instrument central : le modèle offre globale – demande globale, ou modèle OG-DG. En transposant à l'échelle de toute une économie la logique de l'offre et de la demande, il permet de représenter d'un même coup le niveau de la production et celui des prix, et de comprendre comment ils réagissent aux chocs et aux politiques économiques.
Ce modèle est un pilier du programme d'économie. Il articule une demande globale, qui agrège toutes les dépenses de l'économie, et une offre globale, qui décrit la réaction des producteurs. De leur rencontre naît un équilibre macroéconomique. Maîtriser cet outil, c'est disposer d'une grille de lecture puissante pour analyser la relance, la politique monétaire, l'inflation et cette configuration redoutée qu'est la stagflation. Encore faut-il en manier les concepts avec rigueur, car l'exactitude économique y est décisive.
La demande globale : toutes les dépenses de l'économie
La demande globale (DG) représente la quantité totale de biens et de services que les différents agents d'une économie souhaitent acquérir, à chaque niveau général des prix. Elle agrège l'ensemble des dépenses. On la décompose classiquement en quatre composantes, qui correspondent aux grands postes de la demande adressée à l'économie.
La consommation des ménages (C) : de loin la composante la plus importante, elle dépend notamment du revenu disponible et de la confiance des ménages.
L'investissement des entreprises (I) : achats de biens de production, très sensibles aux taux d'intérêt et aux anticipations de débouchés.
Les dépenses publiques (G) : la consommation et l'investissement des administrations, levier direct de la politique budgétaire.
Le solde extérieur (exportations moins importations, X − M) : la demande nette adressée par le reste du monde.
On résume cette décomposition par une identité comptable de la demande : DG = C + I + G + (X − M). Représentée dans un plan où l'axe horizontal mesure la production (ou le revenu) et l'axe vertical le niveau général des prix, la courbe de demande globale est décroissante : lorsque le niveau des prix baisse, la demande de biens et services augmente, et inversement. Plusieurs mécanismes expliquent cette pente, notamment l'effet d'encaisses réelles (un pouvoir d'achat accru quand les prix baissent) et l'effet sur la compétitivité extérieure.
À retenir DG = C + I + G + (X − M). La demande globale agrège la consommation des ménages, l'investissement des entreprises, les dépenses publiques et le solde du commerce extérieur. Sa courbe est décroissante par rapport au niveau des prix. Toute variation d'une de ces composantes déplace l'ensemble de la courbe de demande globale. |
L'offre globale : du court terme au long terme
L'offre globale (OG) représente la quantité totale de biens et de services que les producteurs d'une économie sont prêts à offrir, à chaque niveau général des prix. Sa forme dépend crucialement de l'horizon temporel considéré : la distinction entre le court terme et le long terme est l'un des points les plus importants — et les plus subtils — du modèle.
L'offre globale de court terme
À court terme, une partie des prix et surtout des salaires est rigide : ils ne s'ajustent pas immédiatement. Dans ces conditions, une hausse du niveau général des prix, alors que les salaires nominaux tardent à suivre, rend la production plus rentable et incite les entreprises à produire davantage. La courbe d'offre globale de court terme est donc croissante : production et prix varient dans le même sens. C'est ce qui permet aux variations de la demande d'avoir, à court terme, un effet réel sur l'activité et l'emploi.
L'offre globale de long terme
À long terme, tous les prix et les salaires ont le temps de s'ajuster. La production ne dépend alors plus du niveau des prix, mais uniquement des capacités réelles de l'économie : la quantité et la qualité du travail, le stock de capital, l'état de la technologie. On parle de production potentielle ou de plein emploi. La courbe d'offre globale de long terme est verticale, calée sur ce niveau potentiel : à long terme, une hausse de la demande ne fait plus augmenter la production, mais seulement les prix. Ce résultat est au cœur des débats sur l'efficacité des politiques de relance.
Horizon | Forme de la courbe d'offre globale | Idée clé |
Court terme | Croissante | Prix et salaires en partie rigides : la demande influe sur la production |
Long terme | Verticale | Production calée sur le potentiel : la demande n'agit plus que sur les prix |
L'offre globale selon l'horizon temporel.
L'équilibre macroéconomique
L'équilibre macroéconomique se situe à l'intersection de la courbe de demande globale et de la courbe d'offre globale. Il détermine simultanément deux grandeurs fondamentales : le niveau de la production (donc de l'activité et de l'emploi) et le niveau général des prix. C'est la grande force du modèle OG-DG : représenter en un seul graphique la quantité produite et son prix, là où le raisonnement microéconomique se limite à un marché.
Cet équilibre n'est pas nécessairement un équilibre de plein emploi. À court terme, l'économie peut se stabiliser à un niveau de production inférieur à son potentiel : on parle alors d'écart de production négatif, associé à du chômage. Elle peut aussi, à l'inverse, être en surchauffe, au-delà de son potentiel, avec des tensions inflationnistes. C'est précisément parce que l'équilibre de court terme peut s'écarter du plein emploi que se pose la question de l'intervention publique.
Le modèle distingue deux grands types de perturbations. Un choc de demande déplace la courbe de demande globale : une vague de pessimisme, une contraction du crédit ou une baisse des dépenses publiques la décale vers la gauche et déprime l'activité. Un choc d'offre déplace la courbe d'offre : un renchérissement du pétrole ou des matières premières la décale vers le haut, augmentant les prix tout en réduisant la production. Cette typologie est essentielle pour diagnostiquer une situation économique.
Attention à la nuance Équilibre n'est pas plein emploi. L'intersection OG-DG donne un équilibre, mais rien ne garantit qu'il corresponde au plein emploi. Une économie peut durablement produire en deçà de son potentiel (sous-emploi) ou au-delà (surchauffe inflationniste). Distinguer l'équilibre effectif du niveau potentiel est indispensable pour raisonner juste. |
Les effets des politiques économiques
Le modèle OG-DG sert avant tout à analyser l'action publique. Les politiques dites conjoncturelles cherchent à agir sur la demande globale pour rapprocher la production de son potentiel. On distingue deux grands leviers : la politique budgétaire et la politique monétaire.
La relance budgétaire
Une politique de relance budgétaire consiste à stimuler la demande globale par une hausse des dépenses publiques (G) ou une baisse des impôts, qui soutient la consommation et l'investissement privés. La courbe de demande globale se déplace vers la droite. À court terme, avec une offre croissante, cette relance augmente à la fois la production et les prix : l'activité repart, le chômage recule. Le mécanisme est amplifié par l'effet multiplicateur, selon lequel une dépense initiale engendre des revenus qui se traduisent à leur tour en nouvelles dépenses.
L'efficacité de cette relance est toutefois débattue. À long terme, si l'économie est déjà proche de son potentiel, la hausse de la demande se traduit surtout par de l'inflation, non par un supplément durable de production. Par ailleurs, le financement du déficit peut provoquer une hausse des taux d'intérêt qui décourage l'investissement privé : c'est l'effet d'éviction. La portée d'une relance dépend donc de la position de l'économie dans le cycle.
La politique monétaire
La politique monétaire, conduite par la banque centrale, agit sur la demande globale à travers les taux d'intérêt et les conditions de crédit. Une politique monétaire expansionniste — baisse des taux directeurs — abaisse le coût du crédit, stimule l'investissement et la consommation, et déplace la demande globale vers la droite. Une politique restrictive — hausse des taux — freine la demande pour contenir l'inflation. C'est aujourd'hui le principal instrument de régulation conjoncturelle dans de nombreuses économies.
Politique | Instrument | Effet visé sur la DG |
Relance budgétaire | Hausse de G ou baisse des impôts | Déplacement vers la droite (soutien de l'activité) |
Rigueur budgétaire | Baisse de G ou hausse des impôts | Déplacement vers la gauche (freinage, désinflation) |
Monétaire expansionniste | Baisse des taux d'intérêt | Déplacement vers la droite (crédit, investissement) |
Monétaire restrictive | Hausse des taux d'intérêt | Déplacement vers la gauche (lutte contre l'inflation) |
Les politiques conjoncturelles dans le modèle OG-DG.
Inflation, désinflation et anticipations
Le modèle éclaire les mécanismes de l'inflation. Une inflation dite « par la demande » apparaît lorsque la demande globale croît plus vite que les capacités de production : l'excès de dépenses tire les prix vers le haut. Une inflation « par les coûts » résulte au contraire d'un choc d'offre défavorable, comme une flambée du prix de l'énergie, qui déplace la courbe d'offre vers le haut.
Les anticipations jouent un rôle décisif. Si les agents anticipent une hausse des prix, ils l'intègrent dans leurs négociations salariales et leurs décisions de prix, ce qui peut enclencher une spirale prix-salaires et rendre l'inflation persistante. C'est pourquoi les banques centrales attachent tant d'importance à leur crédibilité : ancrer les anticipations d'inflation à un niveau bas facilite la stabilité des prix. À l'inverse, une désinflation — le ralentissement de la hausse des prix — passe souvent par un freinage de la demande, au prix d'un ralentissement temporaire de l'activité.
La stagflation : un cas limite instructif
La stagflation désigne la coexistence, a priori paradoxale, d'une stagnation de l'activité (faible croissance, chômage élevé) et d'une inflation forte. Ce cas a marqué l'histoire économique des années 1970, lorsque les chocs pétroliers ont bouleversé les économies développées. Il a durablement remis en cause l'idée d'un arbitrage stable entre inflation et chômage.
Le modèle OG-DG en donne une lecture claire : la stagflation résulte d'un choc d'offre négatif. Un renchérissement brutal des coûts de production déplace la courbe d'offre globale vers le haut. À demande inchangée, le nouvel équilibre combine des prix plus élevés et une production plus faible : inflation et récession surviennent ensemble. Cette configuration est un casse-tête pour la politique économique, car relancer la demande aggraverait l'inflation, tandis que la combattre par une restriction accentuerait la baisse de l'activité. Le choc d'offre place les décideurs devant un dilemme, là où un simple choc de demande se corrige plus aisément.
Le réflexe gagnant Distinguer choc de demande et choc d'offre. Face à une situation économique, le premier réflexe est d'identifier la nature du choc. Un choc de demande fait varier prix et production dans le même sens (tous deux montent ou tous deux baissent). Un choc d'offre les fait varier en sens opposé : c'est le cas de la stagflation, où les prix montent tandis que la production recule. Ce diagnostic conditionne toute la réponse de politique économique. |
Un exemple : analyser une relance étape par étape
Rien ne vaut un raisonnement guidé pour fixer la mécanique du modèle. Supposons une économie en sous-emploi, dont l'équilibre de court terme se situe en deçà de la production potentielle : il existe des capacités inutilisées et du chômage. Les pouvoirs publics décident une relance budgétaire, par exemple un vaste programme d'investissement public. Comment le modèle OG-DG décrit-il l'enchaînement ?
La hausse des dépenses publiques (G) accroît directement la demande globale : la courbe de demande se déplace vers la droite.
L'effet multiplicateur amplifie le mouvement : les revenus distribués sont en partie dépensés, ce qui soutient à son tour la consommation et l'investissement.
À court terme, l'offre étant croissante, le nouvel équilibre combine une production plus élevée et un niveau de prix un peu supérieur : l'activité repart et le chômage recule.
Si l'économie s'approche alors de son potentiel, toute demande supplémentaire se heurte à la contrainte des capacités : la hausse porte de plus en plus sur les prix et de moins en moins sur la production.
À long terme, l'offre étant verticale, l'excès de demande se traduit essentiellement par de l'inflation, tandis que la production revient vers son niveau potentiel.
Ce déroulé illustre le message central du modèle : une même politique de relance est efficace lorsque l'économie dispose de marges (sous-emploi), mais devient surtout inflationniste lorsque ces marges sont épuisées. Il montre aussi pourquoi le diagnostic préalable — où se situe l'économie par rapport à son potentiel ? — commande le jugement porté sur l'action publique. C'est cette capacité à ordonner un raisonnement en étapes claires qui fait la valeur pédagogique du modèle OG-DG.
Aux racines du modèle : un héritage keynésien et classique
Le modèle OG-DG n'est pas neutre : il met en scène un débat théorique fondamental entre deux grandes traditions. La forme croissante de l'offre de court terme et l'idée que la demande gouverne l'activité doivent beaucoup à l'héritage keynésien, pour lequel les rigidités de prix et de salaires expliquent que l'économie puisse rester durablement en deçà du plein emploi et justifient l'intervention publique. C'est la lecture de court terme, celle où la relance a du sens.
La verticale de long terme, quant à elle, renvoie à la tradition classique et à ses héritiers : une fois les prix et salaires ajustés, la production revient à son niveau potentiel, déterminé par les seuls facteurs réels, et la monnaie n'affecte plus que le niveau des prix — c'est le principe de neutralité de la monnaie à long terme. Le modèle OG-DG a précisément pour vertu de concilier ces deux visions en les rapportant à des horizons temporels distincts : Keynes à court terme, les classiques à long terme.
Ce compromis explique pourquoi les économistes s'opposent moins sur le schéma lui-même que sur la vitesse d'ajustement des prix et des salaires. Plus on juge cet ajustement rapide, plus on se rapproche de la verticale et plus on doute de l'efficacité des relances ; plus on le juge lent, plus la marge d'action des politiques de demande est large. Le débat sur l'intervention publique se ramène ainsi, pour une bonne part, à une question de délai.
À retenir Court terme keynésien, long terme classique. Le modèle OG-DG articule deux traditions : à court terme, les rigidités donnent à la demande un rôle moteur (héritage keynésien) ; à long terme, la production rejoint son potentiel et la monnaie est neutre (héritage classique). Le désaccord porte moins sur le schéma que sur la vitesse d'ajustement des prix et des salaires. |
Portée et limites du modèle
Le modèle OG-DG offre une remarquable capacité de synthèse : il représente d'un seul tenant la production et les prix, articule le court et le long terme, et fournit un cadre commun pour discuter des politiques budgétaire et monétaire. C'est un langage partagé de la macroéconomie, précieux pour organiser un raisonnement.
Il n'en comporte pas moins des limites. C'est une représentation simplifiée qui agrège des réalités hétérogènes en deux courbes ; il repose sur des hypothèses discutées, notamment sur la rigidité des prix et le comportement des anticipations, qui séparent d'ailleurs les grands courants de pensée. Il rend mal compte de certains phénomènes comme les déséquilibres financiers ou les dynamiques de long terme de la croissance. Utile comme grille de lecture, il doit donc être mobilisé avec le recul critique qui convient à tout modèle.
Comment mobiliser le modèle OG-DG en dissertation
Cet outil est attendu dès qu'un sujet porte sur la conjoncture, l'inflation, le chômage ou les politiques économiques. Quelques réflexes en assurent un usage rigoureux.
Poser proprement la demande globale : DG = C + I + G + (X − M), et rappeler que sa courbe est décroissante.
Toujours préciser l'horizon : offre croissante à court terme, verticale à long terme sur la production potentielle.
Situer l'équilibre par rapport au plein emploi (sous-emploi, plein emploi ou surchauffe) avant d'analyser une politique.
Distinguer choc de demande et choc d'offre pour diagnostiquer inflation, récession ou stagflation.
Nuancer l'efficacité des politiques (multiplicateur, effet d'éviction, rôle des anticipations) plutôt que de conclure de façon tranchée.
Conclusion
Le modèle offre globale – demande globale est un instrument d'analyse d'une grande fécondité. En transposant la logique de l'offre et de la demande à l'échelle d'une économie entière, il permet de déterminer d'un même mouvement la production et les prix, de distinguer le court terme du long terme et de comprendre pourquoi une même politique peut soutenir l'activité ou n'engendrer que de l'inflation selon le contexte.
Sa véritable force apparaît dans l'analyse des chocs et des politiques : il éclaire la relance budgétaire, la politique monétaire, les mécanismes de l'inflation et l'énigme de la stagflation. À condition d'en connaître les limites et de manier ses concepts avec rigueur, il constitue une grille de lecture incontournable pour qui veut penser la conjoncture. Bien maîtrisé, il transforme une intuition confuse en un raisonnement macroéconomique clair et argumenté.






