La guerre des Six Jours (5-10 juin 1967) : Israël quadruple son territoire et redessine le Moyen-Orient

Le 5 juin 1967, à 7h45 du matin, l'aviation israélienne lance une attaque surprise massive contre les aérodromes égyptiens.

Lila Dumonteil Divies

Le 5 juin 1967, à 7h45 du matin, l'aviation israélienne lance une attaque surprise massive contre les aérodromes égyptiens. En trois heures, 300 des 340 avions de combat égyptiens sont détruits au sol. La plus grande partie de l'armée de l'air arabe est anéantie avant même de décoller. Six jours plus tard, le 10 juin, lorsque le cessez-le-feu entre en vigueur, Israël contrôle la péninsule du Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan. Son territoire effectif a quadruplé, passant de 21 000 km² à 102 000 km². Un million d'Arabes palestiniens se retrouvent sous administration israélienne. Des centaines de milliers de réfugiés fuient vers la Jordanie, le Liban et la Syrie. La guerre des Six Jours constitue un tournant majeur du XXe siècle au Moyen-Orient. Elle redessine durablement la carte de la région, transforme Israël d'État assiégé en puissance régionale dominante, humilie le monde arabe et le panarabisme nassérien, internationalise définitivement la question palestinienne, et crée les territoires occupés qui empoisonnent encore aujourd'hui toute perspective de paix. Cinquante-huit ans après, les conséquences de ces six jours se font toujours sentir. Cet article propose une analyse complète de cette guerre éclair dont les répercussions façonnent encore la géopolitique mondiale.

Les origines du conflit (1949-1967)

1949-1956 : lignes d'armistice et tensions permanentes

Les accords d'armistice de 1949, signés à Rhodes après la première guerre israélo-arabe de 1948-1949, ont établi non pas des frontières reconnues mais de simples lignes d'armistice — tracées à l'emplacement exact où les forces militaires se sont arrêtées de combattre. Ces lignes demeuraient fragiles et contestées. L'Égypte contrôlait la bande de Gaza et le détroit de Tiran, verrou stratégique donnant accès depuis la mer Rouge au port israélien d'Eilat. La Jordanie occupait la Cisjordanie (incluant Jérusalem-Est et la Vieille Ville avec ses lieux saints juifs, chrétiens et musulmans). La Syrie dominait les hauteurs du Golan, d'où son artillerie pouvait bombarder les kibboutzim israéliens de Galilée et menacer le lac de Tibériade (Kinneret), principale source d'eau douce d'Israël.

Aucun des États arabes ne reconnaissait l'existence d'Israël. Aucun traité de paix n'avait été signé. Officiellement, l'état de guerre persistait. Entre 1949 et 1967, des milliers d'incidents frontaliers émaillent la région : infiltrations de fedayin palestiniens depuis Gaza et la Jordanie pour commettre des attentats en Israël, raids de représailles israéliens destructeurs contre villages jordaniens et égyptiens, affrontements à coups d'artillerie le long des frontières. Chaque incident creuse un peu plus le fossé de haine et de méfiance.

En 1956, la crise de Suez marque une première escalade majeure. Le président égyptien Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez et bloque le détroit de Tiran aux navires israéliens. En réaction, Israël lance une offensive coordonnée avec la France et le Royaume-Uni, envahit le Sinaï et Gaza, et atteint le canal de Suez. Mais sous la pression conjuguée des États-Unis et de l'URSS, Israël doit se retirer. Des Casques bleus de l'ONU (FUNU) sont déployés dans le Sinaï pour servir de tampon. Le détroit de Tiran est rouvert, garantissant théoriquement la libre circulation des navires israéliens. Cette garantie internationale sera remise en cause onze ans plus tard, déclenchant la guerre de 1967.

1963-1967 : la guerre de l'eau et la montée des tensions

Entre 1963 et 1967, une série d'événements aggrave les tensions. En 1963, Israël achève la construction de son aqueduc national (National Water Carrier), pompant massivement dans le lac de Tibériade pour irriguer le désert du Néguev. Ce projet irrite profondément la Syrie et la Jordanie, en amont du Jourdain, qui accusent Israël de voler l'eau arabe. En réponse, les États arabes décident lors du sommet du Caire de 1964 de détourner les affluents du Jourdain (rivières Dan et Baniyas) pour qu'ils n'alimentent plus le lac de Tibériade. Israël considère ce projet comme une agression existentielle et menace d'intervenir militairement. Des accrochages réguliers à l'artillerie éclatent entre Israël et la Syrie le long de la frontière nord.

Parallèlement, le mouvement nationaliste palestinien se structure. En mai 1964, le sommet arabe du Caire mandate Ahmed Choukeiry pour créer l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), destinée à canaliser la lutte pour la libération de la Palestine. Une organisation rivale, le Fatah dirigé par Yasser Arafat, commence en 1965 à mener des opérations de guérilla (fedayin) contre Israël depuis la Jordanie et la Syrie. Israël réplique systématiquement par des raids de représailles massifs, détruisant villages et infrastructures. Chaque attaque palestinienne, chaque contre-attaque israélienne, alimente une spirale de violence inexorable.

En novembre 1966, l'Égypte et la Syrie signent un pacte de défense mutuelle : si l'un des deux pays est attaqué, l'autre interviendra automatiquement. Ce pacte, destiné à dissuader Israël, aura au contraire l'effet inverse, en confortant Nasser dans l'idée qu'il peut se montrer agressif sans risque.

Printemps 1967 : la crise finale

Le 7 avril 1967, un incident mineur à la frontière israélo-syrienne dégénère en combat aérien. L'aviation israélienne abat six MiG-21 syriens, humiliant publiquement Damas. Une vague d'indignation déferle dans le monde arabe. La Syrie, qui soutient activement les fedayin palestiniens, se sent menacée par des déclarations israéliennes évoquant la possibilité d'une guerre contre Damas.

Le 13 mai 1967, les services secrets soviétiques informent Le Caire qu'Israël concentre des troupes à la frontière syrienne en préparation d'une attaque imminente. Cette information est fausse — une manipulation délibérée de Moscou dont les motifs restent débattus. Nasser, président égyptien et leader charismatique du panarabisme, traverse alors une période difficile. Ses troupes sont embourbées dans la guerre civile au Yémen depuis 1962, ses relations avec la Jordanie et l'Arabie saoudite sont tendues, et son prestige est entamé. Pour restaurer son leadership, il décide de voler au secours de la Syrie.

Le 14 mai, Nasser envoie deux divisions blindées (80 000 hommes, 200 chars) dans le Sinaï. Le 16 mai, il exige le retrait des Casques bleus de l'ONU stationnés depuis 1957. Le secrétaire général de l'ONU U Thant accepte immédiatement — décision largement critiquée. Le 22 mai, Nasser franchit une ligne rouge : il bloque le détroit de Tiran aux navires israéliens, coupant Israël de la mer Rouge et du pétrole iranien. Le 30 mai, le roi Hussein de Jordanie, pressé par son opinion publique majoritairement palestinienne, signe à son tour un pacte de défense avec l'Égypte, malgré ses réticences personnelles. Le 4 juin, l'Irak rejoint l'alliance. Israël est encerclé.

Les six jours de guerre : chronologie d'une guerre éclair (5-10 juin 1967)

5 juin, 7h45 : opération Focus, destruction de l'aviation égyptienne

Face au blocus du détroit de Tiran, aux déclarations belliqueuses de Nasser (qui parle publiquement de jeter les Juifs à la mer), et à la mobilisation de plusieurs armées arabes, le gouvernement israélien hésite. Le Premier ministre Levi Eshkol, initialement prudent, subit d'énormes pressions intérieures et finit par former le 1er juin un gouvernement d'union nationale incluant Moshe Dayan (ministre de la Défense, héros de 1956) et Menahem Begin (chef de la droite dure). Cette coalition signale que l'option militaire l'emporte.

Israël tente jusqu'au dernier moment d'obtenir un soutien international. Le ministre des Affaires étrangères Abba Eban rencontre le président américain Lyndon B. Johnson et le général de Gaulle à Paris. Johnson temporise, refusant de s'engager. De Gaulle déclare sèchement : 1967 n'est pas 1957, suggérant qu'Israël ne doit compter que sur lui-même. Il annonce un embargo sur les armes françaises à destination d'Israël et du Moyen-Orient, trahissant ainsi son allié historique.

Le 5 juin 1967 à 7h45 du matin, Israël lance l'opération Focus : une attaque aérienne préventive massive contre l'Égypte. En trois vagues successives, l'aviation israélienne détruit 300 des 340 avions de combat égyptiens, principalement au sol sur leurs aérodromes. Les pilotes israéliens ont été entraînés pendant des mois à cette opération. Volant à très basse altitude pour éviter les radars, ils attaquent simultanément tous les aérodromes égyptiens du Sinaï, détruisant les pistes d'atterrissage pour empêcher tout décollage, puis mitraillant méthodiquement les appareils alignés. En quelques heures, l'armée de l'air égyptienne — la plus puissante du monde arabe — cesse d'exister. Israël obtient la suprématie aérienne totale, condition sine qua non de la victoire terrestre.

5-8 juin : conquête éclair du Sinaï et de Gaza

Simultanément à l'attaque aérienne, trois divisions blindées israéliennes (commandées par les généraux Yeshayahu Gavish, Ariel Sharon et Avraham Yoffe) pénètrent dans le Sinaï. Les chars égyptiens, privés de couverture aérienne et mal coordonnés, sont rapidement débordés. L'armée égyptienne, dont un tiers des effectifs est enlisé dans la guerre civile au Yémen, souffre de problèmes logistiques majeurs. Le 7 juin, les forces israéliennes atteignent Charm el-Cheikh, à la pointe sud du Sinaï, rouvrant le détroit de Tiran. Le 8 juin, elles atteignent le canal de Suez. En quatre jours, tout le Sinaï est conquis.

À Gaza, administrée par l'Égypte depuis 1949, la résistance est brève. Le 7 juin, Tsahal (Forces de défense israéliennes) prend le contrôle total de la bande. Les pertes égyptiennes sont catastrophiques : environ 10 000 morts, 5 000 prisonniers, des centaines de chars et véhicules détruits ou capturés. Nasser, humilié, annonce sa démission le 9 juin, mais l'opinion publique égyptienne refuse et le rappelle au pouvoir — geste symbolique qui ne change rien à l'ampleur de la défaite.

5-7 juin : prise de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie

Avant le déclenchement des hostilités, Israël avait fait savoir discrètement au roi Hussein de Jordanie qu'il ne l'attaquerait pas si la Jordanie restait neutre. Mais Hussein, lié par le pacte de défense avec l'Égypte et pressé par l'opinion palestinienne, ne peut rester inactif. Le 5 juin au matin, trompé par de fausses annonces de victoires égyptiennes diffusées par Radio Le Caire, il ordonne le bombardement de Jérusalem-Ouest et de l'aéroport Ben Gourion près de Tel-Aviv. Israël riposte immédiatement.

Les combats pour Jérusalem sont les plus durs de la guerre. La conquête de la Vieille Ville, avec ses lieux saints (mur des Lamentations pour les Juifs, mosquée Al-Aqsa et Dôme du Rocher pour les musulmans, Saint-Sépulcre pour les chrétiens), est confiée à la brigade de parachutistes du colonel Mordechai Gur. Les ordres sont stricts : épargner au maximum les édifices religieux et les vestiges archéologiques. La Légion arabe jordanienne résiste vaillamment. Les combats sont souvent au corps à corps dans les ruelles étroites. Le 7 juin, les parachutistes israéliens atteignent le mur des Lamentations. La scène, immortalisée par une photographie célèbre, devient un symbole national israélien.

Parallèlement, Tsahal progresse rapidement en Cisjordanie. Le 7 juin, l'armée jordanienne, débordée, se replie sur la rive est du Jourdain. Toute la Cisjordanie passe sous contrôle israélien. Le 28 juin, en violation des résolutions de l'ONU, Israël annexe Jérusalem-Est, proclamant Jérusalem réunifiée capitale éternelle et indivisible d'Israël. Les pertes jordaniennes s'élèvent à environ 6 000 morts.

9-10 juin : conquête du Golan syrien

La Syrie, pourtant à l'origine de la crise par son soutien aux fedayin et ses bombardements depuis le Golan, est restée relativement passive les premiers jours, se contentant de bombardements d'artillerie. Le gouvernement israélien hésite initialement à ouvrir un troisième front, craignant une réaction soviétique (Moscou est l'allié de Damas). Mais le 8 juin, voyant l'effondrement égyptien et jordanien, Israël décide de profiter de l'élan pour régler le problème syrien.

Le 9 juin, Tsahal monte à l'assaut des hauteurs du Golan, falaises abruptes fortement fortifiées par la Syrie. Les combats sont extrêmement violents. L'artillerie syrienne, bien retranchée, inflige de lourdes pertes aux assaillants. Mais après une journée de combats acharnés, les défenses syriennes cèdent. Le 10 juin, Tsahal contrôle le plateau du Golan, neutralisant définitivement la menace d'artillerie sur la Galilée. Le jour même, un cessez-le-feu général entre en vigueur, mis en place par le Conseil de sécurité de l'ONU. La guerre est terminée. Les pertes syriennes : environ 500 morts.

Bilan humain et matériel

Pour Israël : environ 750 à 800 morts et 3 000 blessés. Pour les États arabes : environ 20 000 morts au total (10 000 Égyptiens, 6 000 Jordaniens, 500 Syriens, quelques centaines d'Irakiens), plusieurs dizaines de milliers de blessés, des milliers de prisonniers, et la quasi-totalité de leurs armées de l'air détruites. Sur le plan territorial, Israël quadruple son territoire effectif, passant de 21 000 km² (dans les frontières de 1949) à 102 000 km² (territoires conquis inclus). Un million d'Arabes palestiniens se retrouvent sous administration militaire israélienne.

Les conséquences de la guerre : redessiner le Moyen-Orient

Conséquences territoriales : les territoires occupés

Les conquêtes territoriales israéliennes de juin 1967 créent la situation géopolitique qui structure encore le conflit israélo-palestinien aujourd'hui. Israël occupe désormais : la péninsule du Sinaï (60 000 km²), prise à l'Égypte ; la bande de Gaza (360 km²), administrée par l'Égypte depuis 1949 ; la Cisjordanie (5 860 km²) et Jérusalem-Est, occupées par la Jordanie depuis 1949 ; le plateau du Golan (1 800 km²), pris à la Syrie.

Dès le 28 juin 1967, Israël annexe unilatéralement Jérusalem-Est, acte non reconnu par la communauté internationale. La Knesset vote une loi déclarant Jérusalem réunifiée capitale éternelle et indivisible d'Israël. Les Palestiniens et le monde arabe rejettent catégoriquement cette annexion, considérant Jérusalem-Est comme la capitale du futur État palestinien. En 1981, Israël annexe également le Golan syrien — annexion elle aussi non reconnue internationalement.

Depuis 1967, ces territoires occupés sont devenus le cœur du conflit. Israël a progressivement établi des colonies de peuplement en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans le Golan (mais pas dans le Sinaï ni à Gaza). En 2025, environ 700 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est — colonies considérées comme illégales au regard du droit international par la plupart des États et l'ONU, mais défendues par Israël comme légitimes pour des raisons historiques, religieuses et sécuritaires.

Résolution 242 de l'ONU (22 novembre 1967) : paix contre territoire

Le 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte à l'unanimité la résolution 242, texte fondamental qui reste aujourd'hui la base juridique de toute négociation de paix au Proche-Orient. La résolution 242 énonce deux principes fondamentaux : le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit (formulation volontairement ambiguë : des territoires ou de tous les territoires ?), et le respect et reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région et de leur droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et reconnues.

La résolution établit le principe de paix contre territoires : Israël devrait restituer les territoires occupés en échange de la reconnaissance et de la paix avec ses voisins arabes. Mais l'ambiguïté du texte (retrait de territoires ou de tous les territoires ?) et les divergences d'interprétation alimentent encore les débats. Israël affirme que la résolution n'exige pas un retrait complet, et que les frontières définitives doivent être négociées. Les Palestiniens et le monde arabe exigent un retrait intégral. Cette résolution est acceptée par l'Égypte, la Jordanie et le Liban, mais rejetée par la Syrie et les Palestiniens.

Sommet de Khartoum (septembre 1967) : les trois non arabes

Du 29 août au 1er septembre 1967, les chefs d'État arabes se réunissent à Khartoum (Soudan) pour définir leur réponse collective à la défaite. Le sommet se conclut par la célèbre Déclaration de Khartoum, connue sous le nom des trois non : non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d'Israël, non à la négociation avec Israël. Cette position maximaliste, dictée par l'humiliation de la défaite et la pression de l'opinion publique arabe, ferme toute porte à un règlement négocié à court terme. Elle contribue à rigidifier le conflit pour des années.

L'exode palestinien et la question des réfugiés

La guerre de 1967 provoque un nouvel exode massif de Palestiniens. Entre 250 000 et 400 000 Palestiniens fuient la Cisjordanie et Gaza vers la Jordanie, le Liban et la Syrie, s'ajoutant aux 700 000 réfugiés de la guerre de 1948 (Nakba). Certains partent par peur des combats, d'autres sont expulsés par Tsahal, d'autres encore choisissent de partir plutôt que de vivre sous occupation israélienne. Cet exode aggrave considérablement la question des réfugiés palestiniens, qui devient l'un des obstacles majeurs à toute résolution du conflit. En 2025, on estime à environ 5,9 millions le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés auprès de l'UNRWA (agence de l'ONU), dont beaucoup vivent dans des camps au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza.

La montée en puissance de l'OLP et de la résistance palestinienne

Paradoxalement, la défaite arabe de 1967 renforce les mouvements palestiniens. La débâcle des armées arabes régulières convainc de nombreux Palestiniens qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour libérer la Palestine. L'OLP, jusqu'alors instrument docile des régimes arabes, est progressivement prise en main par des organisations de guérilla plus radicales. En 1969, Yasser Arafat, leader du Fatah, devient président de l'OLP. Sous son leadership, l'OLP mène une stratégie de lutte armée : attentats en Israël, détournements d'avions, opérations spectaculaires (comme la prise d'otages aux Jeux olympiques de Munich en 1972).

Cette stratégie de violence culmine avec Septembre noir 1970 en Jordanie, où le roi Hussein écrase militairement les fedayin palestiniens qui menaçaient son pouvoir, tuant des milliers de Palestiniens. L'OLP se replie alors au Liban, contribuant à la déstabilisation de ce pays et à la guerre civile libanaise (1975-1990). La résistance palestinienne, bien que ne parvenant pas à libérer les territoires, réussit à internationaliser la cause palestinienne et à obtenir progressivement une reconnaissance diplomatique croissante.

Interprétations et controverses historiques

Guerre préventive ou guerre d'agression ?

L'un des principaux débats historiques porte sur la nature de la guerre : Israël a-t-il mené une guerre défensive préventive justifiée, ou une guerre d'agression planifiée de longue date pour conquérir des territoires ? La version israélienne officielle présente la guerre comme un acte de légitime défense face à une menace existentielle : encerclement par plusieurs armées arabes mobilisées, blocus du détroit de Tiran (acte de guerre selon le droit international), déclarations belliqueuses de Nasser évoquant la destruction d'Israël. Selon cette version, Israël a attendu le plus longtemps possible, cherchant une issue diplomatique, avant de frapper préventivement pour survivre.

La version critique, défendue par certains historiens israéliens révisionnistes et par le monde arabe, souligne que la menace arabe était largement exagérée. Les généraux égyptiens savaient que leur armée n'était pas prête pour une guerre, les renseignements israéliens le savaient aussi, et Nasser cherchait probablement davantage à restaurer son prestige qu'à détruire Israël. Selon cette version, Israël a saisi un prétexte pour réaliser des objectifs expansionnistes : conquérir Jérusalem, annexer la Cisjordanie (terre biblique de Judée-Samarie), neutraliser le Golan. Des déclarations ultérieures de certains dirigeants israéliens (comme le Premier ministre Menahem Begin affirmant en 1982 que la guerre de 1967 était une guerre de choix et non de nécessité) alimentent cette thèse.

La réalité historique est probablement entre les deux. Israël se sentait réellement menacé (le blocus de Tiran était un acte hostile objectif), mais il a également saisi l'opportunité stratégique pour redessiner les frontières à son avantage. Quoi qu'il en soit, le résultat est indéniable : Israël est sorti de la guerre en position de force dominante régionale.

Le rôle de l'URSS et des États-Unis

La guerre des Six Jours s'inscrit dans le contexte de la Guerre froide. L'URSS soutenait l'Égypte et la Syrie, leur fournissant armes et conseillers militaires, tandis que les États-Unis et la France (jusqu'en 1967) soutenaient Israël. Cependant, aucune des deux superpuissances ne souhaitait un conflit direct. Lorsque la guerre éclate, Moscou et Washington utilisent le téléphone rouge (ligne de communication directe établie après la crise de Cuba de 1962) pour s'assurer qu'ils ne s'affronteront pas. L'URSS menace d'intervenir si Israël n'accepte pas le cessez-le-feu, contribuant à arrêter la guerre le 10 juin.

Héritage et conséquences durables

De la guerre de 1967 à celle de 1973 (Kippour)

La victoire écrasante de 1967 installe en Israël un sentiment de confiance militaire excessive et une conviction que les territoires occupés constituent des frontières sûres et défendables. Cette hubris sera partiellement corrigée six ans plus tard, lors de la guerre du Kippour (octobre 1973), lorsque l'Égypte et la Syrie lancent une attaque surprise qui met Israël au bord de la défaite avant un renversement in extremis. La guerre de Kippour, traumatisme national israélien, conduira finalement aux accords de Camp David (1978) et au traité de paix israélo-égyptien de 1979 : Israël restitue le Sinaï à l'Égypte en échange de la reconnaissance et de la paix — première application du principe paix contre territoires de la résolution 242.

Les territoires occupés : de 1967 à aujourd'hui

Cinquante-huit ans après la guerre, la situation des territoires occupés demeure le nœud du conflit israélo-palestinien. Israël a restitué le Sinaï à l'Égypte (1982) et s'est retiré unilatéralement de Gaza (2005), mais conserve le contrôle de la Cisjordanie (avec l'Autorité palestinienne autonome dans les zones A et B) et du Golan annexé. Les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, jugées illégales par l'ONU, continuent de s'étendre, rendant de plus en plus difficile la création d'un État palestinien viable et territorial continuellement.

Depuis 1967, deux intifadas palestiniennes (1987-1993 et 2000-2005) ont éclaté contre l'occupation, les accords d'Oslo de 1993-1995 ont créé l'Autorité palestinienne et semblaient ouvrir une voie vers la solution à deux États, mais les négociations ont échoué, notamment au sommet de Camp David II en 2000. En 2025, la solution à deux États semble plus lointaine que jamais, la colonisation s'accélère, et la violence persiste.

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