L'Iran aujourd’hui : effondrement, guerre et transition
En mars 2026, la République islamique d'Iran traverse la crise la plus profonde de son existence depuis la révolution de 1979.
Lila Dumonteil Divies

En mars 2026, la République islamique d'Iran traverse la crise la plus profonde de son existence depuis la révolution de 1979. En l'espace de neuf mois, trois séismes se sont superposés : une guerre ouverte de douze jours contre Israël et les États-Unis (juin 2025), au cours de laquelle ses défenses aériennes ont été anéanties et son programme nucléaire dégradé ; les plus grandes manifestations depuis 1979, déclenchées fin décembre 2025 par l'effondrement économique, réprimées dans le sang ; et, le 28 février 2026, une nouvelle frappe israélo-américaine qui coûte la vie au Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, ouvrant une crise de succession institutionnelle sans précédent. Le sénateur français Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères, qualifie l'événement de « virage géopolitique historique tel que le monde n'en a plus connu depuis la chute du mur de Berlin ». Pour les épreuves de HGG en prépa ECG, l'Iran en 2025–2026 est un sujet d'une densité analytique exceptionnelle, qui mobilise simultanément les problématiques de non-prolifération nucléaire, de géopolitique du Moyen-Orient, de crise des régimes autoritaires, d'économie sous sanctions et de dynamiques de contestation sociale.
Le dossier nucléaire : de la diplomatie à la guerre ouverte
L'accord de Vienne de 2015 et sa désintégration
Pour comprendre la séquence de 2025, il faut remonter au Plan d'action global commun (PAGC) signé à Vienne le 14 juillet 2015 entre l'Iran et le groupe des 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne). Cet accord représentait un compromis historique : l'Iran limitait son enrichissement à 3,67 %, réduisait ses stocks d'uranium enrichi et acceptait les inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ; en échange, les sanctions internationales étaient levées. L'accord incluait un mécanisme de sécurité essentiel : la clause de snapback inscrite dans la résolution 2231 du Conseil de sécurité, permettant à tout signataire de restaurer automatiquement les sanctions en cas de violation iranienne, sans possibilité de veto russe ou chinois.
Le démantèlement du PAGC est engagé dès mai 2018 par le retrait unilatéral des États-Unis sous Trump, qui impose une politique de « pression maximale ». L'Iran répond en violant progressivement ses engagements à partir de 2019 : il dépasse les plafonds d'enrichissement, accumule des stocks d'uranium et réduit l'accès des inspecteurs. En 2025, selon l'AIEA, l'Iran est le seul pays non doté de l'arme nucléaire à enrichir l'uranium à 60 %, très proche du seuil de 90 % nécessaire à la fabrication d'une bombe. Son stock dépasse de 48 fois la limite fixée par l'accord de 2015. Les E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) le soulignent dans leur déclenchement du snapback : « aucun autre pays sans programme d'armes nucléaires n'enrichit l'uranium à de tels niveaux ».
Les négociations manquées du printemps 2025
Le retour de Trump à la présidence en janvier 2025 ouvre paradoxalement une fenêtre diplomatique. Six rounds de pourparlers indirects s'engagent à partir du 12 avril 2025, médiatisés par Oman. Le président réformateur Massoud Pezeshkian, élu en juillet 2024, et son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi s'engagent dans le processus. Mais Khamenei bloque les concessions décisives, utilisant son autorité constitutionnelle de Guide suprême pour torpiller toute ouverture substantielle vers Washington, comme il l'avait fait systématiquement dès l'élection de Pezeshkian pour empêcher toute réforme économique ou diplomatique. Une sixième session était planifiée pour le 15 juin 2025 à Oman. Dans la nuit du 12 au 13 juin, Israël frappe.
La guerre des Douze Jours (13-24 juin 2025)
L'opération Rising Lion lancée dans la nuit du 12 au 13 juin 2025 constitue la frappe la plus massive qu’Israël n’ait jamais conduite. Elle vise simultanément les installations nucléaires iraniennes (Natanz, Fordo, Ispahan, Arak), les défenses aériennes, les usines de missiles balistiques et le commandement des Gardiens de la Révolution. Des opérations clandestines du Mossad (opération Narnia) éliminent simultanément neuf scientifiques nucléaires et plusieurs hauts gradins des Gardiens. Le chef d'état-major des forces armées Mohammed Bagheri est tué dans les premières heures. Téhéran, censée être la mieux défendue, est frappée sans opposition. En cinq jours, Israël doit déjà demander aux États-Unis un renfort de défense, ayant consommé une grande partie de son stock de missiles Arrow et THAAD.
Dans la nuit du 21 au 22 juin, les États-Unis rejoignent les opérations avec l'opération Midnight Hammer : sept bombardiers furtifs B-2 Spirit et des sous-marins armés de missiles Tomahawk frappent Fordo (enfoui sous 80 mètres de roche), Natanz et Ispahan. Trump déclare avoir « complètement et totalement détruit » ces sites. L'Iran réplique avec des tirs massifs de missiles et de drones contre Israël (1 100 drones au total, interceptés à 99 %), et attaque la base américaine d'Al-Udeid au Qatar. Le bilan humain est lourd côté iranien : au 25 juin, l'ONG Human Rights Activists estime au moins 1 054 morts et 4 476 blessés, dont une majorité de civils (contre 28 morts côté israélien). Le cessez-le-feu, négocié par le Qatar, entre en vigueur le 24 juin.
La Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques (FMES) conclut que la victoire israélienne est « spectaculaire mais pas totale » : les défenses aériennes iraniennes sont anéanties, mais « le programme nucléaire iranien n'a été que retardé, Téhéran conserve une capacité de tir de missiles balistiques et le régime iranien n'a pas chuté ». Un rapport confidentiel israélien partagé avec la France, cité par La Nouvelle Tribune, nuance l'optimisme américain : si Fordo et Natanz sont « sévèrement touchés », l'Iran conserverait des réserves de matériel permettant une reconstruction progressive. Risque majeur identifié par la FMES : « l'Iran va très certainement vouloir revenir très vite au seuil de la capacité nucléaire militaire ».
Les conséquences diplomatiques : snapback et suspension de l'AIEA
La guerre accélère l'effondrement du cadre diplomatique. Dès le 3 juillet 2025, après un vote du Majles (Parlement) et l'aval de Khamenei, Pezeshkian annonce la suspension de la coopération avec l'AIEA. Le Parlement vote également une résolution en faveur d'un retrait du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), dont la promulgation est suspendue dans l'attente du feu vert du Guide. Le 28 août, les E3 déclenchent le mécanisme de snapback ; les sanctions de l'ONU sont formellement rétablies le 27 septembre 2025 : embargo militaire, gel des avoirs de 43 responsables et 78 entités. Un accord partiel AIEA-Iran signé au Caire le 9 septembre ouvre la voie à une reprise limitée des inspections, mais sans accès aux sites les plus sensibles.
La crise économique : l'effondrement d'une économie sous sanctions
La malédiction des ressources et l'emprise des Gardiens
La crise économique iranienne de 2025-2026 est le produit d'une accumulation de défaillances structurelles sur plusieurs décennies. L'Iran possède les 4èmes réserves mondiales prouvées de pétrole et les 2èmes de gaz naturel, mais son économie souffre de la malédiction des ressources classique : hyperdépendance aux recettes pétrolières (environ 70 % des recettes budgétaires avant les sanctions), faible diversification, corruption endogène et emprise croissante des Gardiens de la Révolution. Ces derniers contrôlent via leurs bonyads (fondations économiques islamiques) une part considérable de l'économie sans transparence ni concurrence. Comme le décrit l'économiste Saeed Laylaz dans une interview à Euronews en 2025, « l'économie iranienne est complètement corrompue et en mauvais état ». Pour tenter de contourner les sanctions, le gouvernement a laissé se développer un système financier appuyé sur des banques privées et des fondations de pouvoir liées aux décideurs politiques, qui spéculent sur les échanges de marchandises et de devises.
L'effondrement du rial et l'hyperinflation
L'indicateur le plus spectaculaire de la crise est l'effondrement de la monnaie nationale. Le rial iranien, qui s'échangeait à environ 33 000 rials pour un dollar en 2015 (date de l'accord de Vienne), atteignait 330 000 en 2022 (après le retrait américain), puis plus d'un million en mars 2025 et finalement 1,45 million le 29 décembre 2025 — son niveau plancher historique. En une décennie, la monnaie a perdu plus de 95 % de sa valeur. Cette dépréciation alimente une spirale inflationniste chronique : l'inflation annuelle atteint 48,6 % en octobre 2025 et 42,2 % en décembre. L'inflation des prix alimentaires dépasse les 70 % sur l'année : le prix du fromage augmente de 140 %, le pain sangak de 250 %, la viande est devenue un produit de luxe. Selon les estimations, entre 22 % et 50 % de la population se situe sous le seuil de pauvreté (selon les critères retenus), et environ 7 millions souffrent de faim. Le chômage des jeunes dépasse les 20 %.
La Banque mondiale prévoit une contraction de l'économie de -1,7 % en 2025 et -2,8 % en 2026, invoquant la baisse des exportations pétrolières, la récession non pétrolière, le retour des sanctions de l'ONU et les conséquences de la guerre de juin. Le Centre de recherche du Majles estime la croissance réelle à -0,3 % pour le premier semestre de l'année iranienne (mars-septembre 2025). Le gouvernement Pezeshkian, qui visait officiellement 8 % de croissance avec 35 % issue de gains de productivité, se heurte à une réalité désastreuse : seuls 298 000 emplois ont été créés sur un objectif d'un million. En octobre 2025, la suppression des subventions en espèces pour 18 millions de personnes, annoncée par le président du Parlement Ghalibaf, aggrave encore la pression sociale.
La dépendance chinoise et les circuits de contournement
Face aux sanctions occidentales, l'Iran s'est réfugié dans une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine, devenue son principal acheteur de pétrole (près de 90 % des exportations), via des systèmes de paiement en yuans et des intermédiaires malaisiens et émiraties, à des prix décotés de 15 à 20 % par rapport aux cours mondiaux. L'accord de coopération stratégique sino-iranien sur 25 ans (2021) prévoyait des investissements chinois de 400 milliards de dollars dans les infrastructures iraniennes. Sa mise en œuvre reste très partielle. Cette dépendance structurellement défavorable à Téhéran illustre la solitude stratégique fondamentale du régime : ni Moscou ni Pékin n'ont fourni d'aide militaire directe lors de la guerre de juin 2025, malgré leurs déclarations de solidarité.
La crise politique et sociale : les manifestations de 2025-2026
Une contestation récurrente depuis 2022
Les manifestations qui éclatent le 28 décembre 2025 s'inscrivent dans une séquence de contestation sociale récurrente. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » (Zan, Zendegi, Azadi), né en septembre 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini, avait déjà ébranlé le régime avec des mois de protestations réprimées dans le sang (plus de 500 morts selon les ONG, 15 000 arrestations). Des manifestations éclatent également en mai 2025, au moment de la montée des prix alimentaires et des pannes d'électricité chroniques (des coupures de courant de 3 à 4 heures par jour paralysent la production industrielle depuis février 2025). Un sondage du ministère iranien de la Culture — source interne au régime — révèle que 90 % des Iraniens jugent la situation intenable et 30 % considèrent le régime incapable de se réformer. C'est cette fracture profonde que la vague de décembre 2025 porte à son paroxysme.
La dynamique des manifestations de décembre 2025
Le mouvement naît d'une cause économique immédiate. Lorsque le rial atteint son niveau plancher (1,45 million pour un dollar) le 29 décembre, les marchands du Grand Bazar de Téhéran ferment leurs boutiques. Ce signal est historiquement majeur : c'est précisément le désengagement du bazar qui avait annoncé la chute du Chah en 1978-1979. Les commerçants d'articles électroniques, les travailleurs du marché central de fruits et légumes de Téhéran rejoignent le mouvement. En quelques jours, les protestations s'étendent à de nombreuses villes (Ispahan, Chiraz, Mechhed, Tabriz, Ahvaz, Zandjan, Hamadan) et changent de nature : des slogans économiques, le mouvement bascule vers des appels politiques radicaux, certains pro-monarchistes, d'autres républicains. Des manifestants scandent « liberté » dans des centres commerciaux près du grand bazar. Le chercheur cité dans le Groupe d'Études Géopolitiques (GEG) parle d'« effondrement en cours à l'intérieur du pays ».
Ces manifestations sont qualifiées de « plus importantes depuis la révolution de 1979 ». Elles réunissent classes moyennes lésées par l'effondrement de leur niveau de vie, ouvriers, étudiants, commerçants et retraités. Ce caractère trans classiste et géographiquement diffus les distingue des épisodes précédents. Deux dynamiques divisent cependant le mouvement, comme l'analyse la chercheuse Paola Rivetti dans le Grand Continent (22 janvier 2026) : un pôle monarchiste, favorable au retour de Reza Pahlavi, et un pôle démocrate-républicain, hostile à toute restauration. Cette division fragilise la cohérence du mouvement et complique l'émergence d'un leadership alternatif.
La répression : un bilan humain catastrophique
La réponse du régime est d'une violence extrême. Khamenei ordonne que les protestations soient « écrasées par tous les moyens nécessaires ». Les Gardiens de la Révolution et la milice Bassidj interviennent ; les coupures d'Internet sont systématiques. Les chiffres varient selon les sources : les autorités iraniennes publient officiellement une liste de 3 117 morts (dont environ 200 membres des forces de sécurité) ; des organisations de droits humains évoquent environ 7 000 décès confirmés ; Trump affirme lors d'un briefing presse du 27 février 2026 que « le régime a tué au moins 32 000 manifestants », chiffre impossible à vérifier. Amnesty International fait état de plus de 20 000 arrestations dans les mois suivant la guerre de juin 2025. Pezeshkian, prisonnier de son rôle constitutionnel subordonné au Guide, tente une sortie par le haut : le gouvernement offre des paiements mensuels aux citoyens pour calmer la protestation (Éerik Solomon, New York Times, 5 janvier 2026), sans succès durable.
La mort de Khamenei et la crise de succession
L'opération du 28 février 2026 et la fin du Guide
Le 28 février 2026, des frappes israélo-américaines (baptisées opération « Fureur épique ») visent Téhéran, Ispahan, Qom, Karaj et Kermanshah. Plusieurs figures clés du pouvoir sont éliminées, parmi lesquelles le Guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Shamkhani, et l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad. La mort de Khamenei, à 86 ans, après 36 ans de pouvoir absolu, constitue une rupture systémique sans précédent dans l'histoire de la République islamique. Comme le souligne The Conversation, « sa succession sera beaucoup plus difficile que celle de Khomeini en 1989 » car aucune personnalité charismatique ne s'impose dans la structure de pouvoir actuelle.
Le Conseil de direction provisoire et l'incertitude institutionnelle
La Constitution iranienne prévoit qu'en cas d'absence du Guide, un conseil provisoire composé du président, du chef du pouvoir judiciaire et d'un jurisconsulte du Conseil des gardiens assume ses attributions en attendant l'élection d'un nouveau guide par l'Assemblée des experts. Ce conseil provisoire se constitue le 1er mars 2026 autour de trois personnalités : Massoud Pezeshkian (président, réformateur), le chef du judiciaire, et l'ayatollah Alireza Arafi (représentant du Conseil des gardiens, conservateur, vice-président de l'Assemblée des experts). Ali Larijani, 68 ans, ancien négociateur nucléaire et ancien président du Parlement, émergent comme figure centrale du régime : c'est lui qui présente les plans de transition sur les médias officiels.
La question de la succession au poste de Guide suprême — théoriquement dévolue à l'Assemblée des experts — est fondamentalement incertaine. Aucun grand ayatollah de l'établissement religieux de Qom ne semble désirer exercer cette fonction politique. Les Gardiens de la Révolution, qui contrôlent l'essentiel de l'appareil sécuritaire et une part majeure de l'économie, apparaissent comme l'institution pivot de la transition, même si Trump les appelle publiquement à « déposer les armes ou faire face à une mort certaine ». De l'autre côté du spectre, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), la coalition d'opposition en exil menée par Maryam Rajavi, annonce la formation d'un gouvernement provisoire visant à « transférer la souveraineté au peuple iranien ». Sa capacité à peser sur l'évolution intérieure reste cependant limitée.
La reconfiguration géopolitique régionale
L'effondrement de l'« axe de la résistance »
La stratégie de puissance régionale iranienne reposait sur un réseau de proxies armés connu sous le nom d'« axe de la résistance » : Hezbollah libanais, Hamas palestinien, Houthis yéménites, milices chiites irakiennes. Cet axe a subi des coups sévères entre 2024 et 2025 : le Hezbollah est fortement dégradé par les opérations israéliennes (mort de Hassan Nasrallah, septembre 2024) ; la chute de Bachar al-Assad en Syrie (décembre 2024) prive l'Iran d'un maillon territorial essentiel dans sa chaîne logistique de soutien aux proxies ; la guerre de juin 2025, en frappant directement les capacités balistiques iraniennes, réduit les moyens de projection de puissance de Téhéran. L'Iran, qui avait construit pendant des décennies un bouclier avancé contre Israël, se retrouve directement exposé.
Enjeux régionaux : le détroit d'Ormuz et l'énergie mondiale
La crise iranienne a des répercussions immédiates sur l'équilibre énergétique mondial. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est périodiquement menacé de fermeture par Téhéran comme instrument de représailles. Tout épisode de tension majeure fait immédiatement monter les cours du pétrole sur les marchés mondiaux. Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis), officiellement critiques des frappes américano-israéliennes, sont en réalité souvent soulagés par l'affaiblissement de leur rival chiite régional. Le Qatar joue un rôle de médiateur central, ayant négocié le cessez-le-feu de juin 2025. L'Irak, traversé par les milices chiites pro-iraniennes, est déstabilisé par les attaques de drones iraniennes sur des bases américaines sur son sol.
La France et l'Europe dans la crise : marginalisées
La crise iranienne révèle la marginalisation croissante de l'Europe dans la gestion des crises régionales. La France n'a « été ni prévenue ni impliquée » dans les frappes de février 2026, selon Macron lors d'un Conseil de défense à l'Élysée. Le sénateur Guillaume Gontard estime que la France « n'existe plus » sur ce dossier. Pourtant, Paris reste un acteur nucléaire essentiel : la France était cosignataire du PAGC, membre des E3 qui ont déclenché le snapback, et dispose des données israéliennes sur l'état du programme nucléaire iranien après les frappes. La crise iranienne est aussi un témoignage de la relation transatlantique post-Biden : Trump agit sans consulter ses alliés européens, tranchant radicalement avec la culture de concertation multinationale.
Société iranienne et scénarios de transition
Une société en rupture avec le régime
Au-delà des crises immédiates, la société iranienne est traversée par des fractures profondes qui fragilisent structurellement les fondements de la République islamique. L'Iran est l'un des pays les plus éduqués du Moyen-Orient, avec un fort taux de féminisation de l'enseignement supérieur. Cette jeunesse urbaine fortement éduquée aspire à une intégration dans la mondialisation (réseaux sociaux, culture pop internationale, libertés individuelles) que le régime bloque systématiquement. La formule scandée lors des manifestations « Notre ennemi est ici, ils mentent en disant que c'est les États-Unis » résume cette rupture. Les séries d'enquêtes nationales analysées par Kian Tajbakhsh et Sadjadpour (Grand Continent, janvier 2026) sur vingt ans de données d'opinion montrent une détérioration persistante et croissante de la perception économique et politique du régime. La fuite des cerveaux est massive : des dizaines de milliers de diplômés émigrent chaque année vers l'Europe, le Canada ou les Émirats.
Les scénarios possibles pour l'après-Khamenei
Trois scénarios dominent l'analyse géopolitique au printemps 2026. Le premier est une résilience autoritaire sous domination des Gardiens de la Révolution : l'appareil sécuritaire, qui « ne montre aucun signe de céder du terrain » selon Iran Internal Crisis (2025–2026) (Wikipédia anglais), pourrait consolider son pouvoir et élire un Guide de substitution aux fonctions réduites. Le deuxième est une balkanisation interne, où les institutions se fragmentent et des tendances centrifuges (minorités kurde, azerbaidjanaise, arabe, baloutche) s'affirment. Le troisième, plus incertain, est une transition négociée ouvrant la voie à une démocratisation. Le politologue Sadjadpour rappelle cependant que « moins d'un quart des transitions hors de régimes autoritaires débouchent sur une démocratie ». La comparaison avec l'Irak post-2003 — soulevée par plusieurs sénateurs français — hante les analyses : « la puissance militaire ne peut pas tout faire sans une réflexion sur ce que l'on veut mettre en place derrière » (sénateur Gontard). La question centrale reste : peut-il exister une République islamique sans guide suprême légitime, et le concept de velayat-e faqih peut-il survivre à la mort violente de son incarnation?






