Imparfait espagnol : conjugaison, emplois et exercice corrigé

L'imparfait espagnol — le pretérito imperfecto — est l'un des temps les plus réguliers et les plus rentables de toute la conjugaison espagnole.

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L'imparfait espagnol — le pretérito imperfecto — est l'un des temps les plus réguliers et les plus rentables de toute la conjugaison espagnole. Deux séries de terminaisons suffisent à couvrir la quasi-totalité des verbes, et la liste des exceptions se réduit à trois verbes, pas un de plus. C'est le temps de la description, de l'habitude et du décor : celui qui plante le paysage d'un récit au passé pendant que d'autres temps en racontent les événements.

Encore faut-il en maîtriser les terminaisons exactes, savoir placer les accents écrits au bon endroit et, surtout, distinguer l'imparfait du pretérito indefinido, ce passé simple espagnol avec lequel il ne cesse de dialoguer. Voici les conjugaisons complètes, les seules irrégularités à connaître, les emplois précis et un exercice corrigé pour vérifier ses acquis.

Les terminaisons régulières de l'imparfait

L'imparfait se forme sur le radical du verbe (l'infinitif privé de sa terminaison -ar, -er ou -ir) auquel on ajoute les désinences de l'imparfait. Il n'existe que deux jeux de terminaisons : un pour les verbes en -ar, un autre commun aux verbes en -er et en -ir.

Verbes en -ar : terminaisons en -aba

Les verbes du premier groupe (-ar) prennent les terminaisons -aba, -abas, -aba, -ábamos, -abais, -aban. Une seule forme porte un accent écrit : la première personne du pluriel, -ábamos, accentuée sur le premier a.

Personne

Terminaison

hablar (parler)

yo

-aba

hablaba

-abas

hablabas

él / ella / usted

-aba

hablaba

nosotros/as

-ábamos

hablábamos

vosotros/as

-abais

hablabais

ellos / ellas / ustedes

-aban

hablaban

Imparfait des verbes en -ar, sur le modèle de hablar.

On remarque que la première et la troisième personne du singulier sont identiques (yo hablaba, él hablaba). C'est vrai à tous les verbes, à tous les groupes : à l'imparfait, le contexte ou le pronom sujet lèvent l'ambiguïté quand elle gêne.

Verbes en -er et -ir : terminaisons en -ía

Les deuxième et troisième groupes (-er et -ir) partagent exactement les mêmes terminaisons : -ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían. Particularité essentielle : toutes ces formes portent un accent écrit sur le í, à chaque personne sans exception. C'est ce qui distingue nettement la série des verbes en -er/-ir de celle des verbes en -ar.

Personne

Terminaison

comer (manger)

vivir (vivre)

yo

-ía

comía

vivía

-ías

comías

vivías

él / ella / usted

-ía

comía

vivía

nosotros/as

-íamos

comíamos

vivíamos

vosotros/as

-íais

comíais

vivíais

ellos / ellas / ustedes

-ían

comían

vivían

Imparfait des verbes en -er et -ir : des terminaisons identiques, toutes accentuées.

À retenir

Deux séries, un accent chacune. Verbes en -ar : terminaisons en -aba, avec un seul accent écrit sur -ábamos. Verbes en -er et -ir : terminaisons en -ía, avec un accent sur toutes les formes. Aucun autre verbe régulier ne s'écarte de ces deux modèles.

Les seuls verbes irréguliers : ser, ir et ver

C'est là que l'imparfait espagnol se montre d'une rare générosité : il ne compte que trois verbes irréguliers dans toute la langue. Tous les autres, même ceux qui sont irréguliers au présent (comme poder, querer, tener ou hacer), redeviennent parfaitement réguliers à l'imparfait. Les trois exceptions sont ser, ir et ver.

Personne

ser (être)

ir (aller)

ver (voir)

yo

era

iba

veía

eras

ibas

veías

él / ella / usted

era

iba

veía

nosotros/as

éramos

íbamos

veíamos

vosotros/as

erais

ibais

veíais

ellos / ellas / ustedes

eran

iban

veían

Les trois seuls verbes irréguliers à l'imparfait : ser, ir et ver.

Trois remarques pour bien les mémoriser. Ser et ir portent un accent écrit uniquement à la première personne du pluriel (éramos, íbamos), comme la forme régulière -ábamos. Ver, en revanche, se comporte presque comme un verbe régulier en -er : sa seule particularité est de conserver le e du radical (ve-), si bien qu'on écrit veía et non vía. Toutes ses formes gardent l'accent sur le í, comme n'importe quel verbe en -er.

Piège fréquent

iba, pas *iva. L'imparfait de ir s'écrit avec un b (iba, ibas, iba, íbamos, ibais, iban). De même, ne pas confondre era (imparfait de ser) et le futur ou d'autres formes : à l'imparfait, ser fait toujours era, eras, era…

Les emplois de l'imparfait

L'imparfait est le temps du passé non délimité : il ne dit pas quand une action a commencé ni quand elle s'est achevée, il la présente en train de se dérouler, comme une toile de fond. On en distingue quatre grands emplois.

La description dans le passé

L'imparfait sert à décrire un décor, un lieu, une personne, un état physique ou moral, une atmosphère dans le passé : La casa era grande y tenía un jardín (la maison était grande et avait un jardin) ; Estaba cansado y no quería salir (il était fatigué et ne voulait pas sortir).

L'habitude et la répétition

Il exprime une action habituelle ou répétée dans le passé, ce que le français rend souvent par « autrefois » ou par la tournure « avoir l'habitude de » : Todos los veranos íbamos a la playa (tous les étés, nous allions à la plage) ; Cuando era niño, jugaba en la calle (quand j'étais enfant, je jouais dans la rue).

L'action en cours dans le passé

L'imparfait présente une action en train de se dérouler, souvent interrompue par une autre action ponctuelle exprimée, elle, au pretérito indefinido : Leía tranquilamente cuando sonó el teléfono (je lisais tranquillement quand le téléphone sonna). L'arrière-plan est à l'imparfait, l'événement qui survient est au passé simple.

Le décor d'un récit

Dans une narration, l'imparfait installe les circonstances — l'heure, le temps qu'il faisait, l'âge des personnages, ce qui existait déjà — tandis que les faits qui font avancer l'histoire se disent au passé simple : Era de noche y llovía (il faisait nuit et il pleuvait).

Astuce

Le test du « pendant que ». Si l'action peut être introduite par « pendant que », « à ce moment-là » ou « d'habitude », c'est presque toujours l'imparfait. Si elle répond à « que s'est-il passé ensuite ? », c'est le passé simple (pretérito indefinido).

Imparfait ou pretérito indefinido ?

La difficulté majeure pour un francophone n'est pas de conjuguer l'imparfait, mais de choisir entre l'imparfait et le pretérito indefinido (le passé simple espagnol, très employé à l'oral, contrairement au français). La règle de fond est claire : l'imparfait décrit et dure sans limite précise ; l'indefinido raconte un fait délimité, achevé, ponctuel.

Imparfait (imperfecto)

Passé simple (indefinido)

Action non délimitée, en cours

Action délimitée, achevée

Description, décor, circonstances

Événement, fait qui fait avancer le récit

Habitude, action répétée

Fait ponctuel ou nombre de fois précisé

Comía cuando llegó (je mangeais…)

Comí a las dos (je mangeai à deux heures)

Opposition entre l'imparfait et le pretérito indefinido.

Un même verbe change de sens selon le temps choisi. Cuando era joven, viajaba mucho (quand j'étais jeune, je voyageais beaucoup : habitude, imparfait) s'oppose à El año pasado viajé a México (l'an dernier, j'ai voyagé au Mexique : fait délimité, indefinido). Les compléments de temps aident souvent à trancher : siempre, todos los días, mientras appellent l'imparfait ; ayer, el año pasado, de repente appellent l'indefinido.

Exercice corrigé

Conjuguez le verbe entre parenthèses à l'imparfait de l'indicatif. Cachez la colonne de droite, complétez, puis vérifiez.

Phrase à compléter

Correction

Cuando (ser, yo) ___ niño, vivía en Madrid.

era

Todos los días (comer, nosotros) ___ a las dos.

comíamos

Ellos (ir) ___ al colegio andando.

iban

Mientras yo (leer) ___, tú escuchabas música.

leía

Ella (ver) ___ la televisión cada noche.

veía

(Hacer) ___ mucho frío aquel invierno.

Hacía

Vosotros (hablar) ___ demasiado en clase.

hablabais

La casa (tener) ___ un jardín muy grande.

tenía

Exercice : l'imparfait de l'indicatif, avec sa correction.

Points de vigilance sur ces réponses : era et iban sont irréguliers (ser et ir) ; veía conserve le e du radical de ver ; hacía et tenía, pourtant irréguliers au présent, sont ici parfaitement réguliers ; comíamos et hablabais illustrent les deux séries de terminaisons.

Correspondances avec le français

L'imparfait espagnol recouvre en grande partie l'imparfait français, ce qui facilite les choses… mais pas toujours. Quand le français emploie l'imparfait de description, d'habitude ou d'action en cours, l'espagnol fait de même : il faisait beau se rend par hacía buen tiempo, nous jouions dehors par jugábamos fuera. Dans ces cas, la traduction est directe.

Les difficultés naissent surtout de la traduction du passé composé français. En français courant, on dit « hier, j'ai mangé à deux heures » ; en espagnol, ce fait ponctuel et achevé se rend le plus souvent par le pretérito indefinido (ayer comí a las dos), non par l'imparfait. Le francophone doit donc se demander non pas « quel temps français emploierais-je ? » mais « cette action décrit-elle ou raconte-t-elle ? » : c'est ce critère, et non le calque du français, qui commande le choix.

La tournure française « être en train de » au passé correspond souvent à l'imparfait espagnol simple : j'étais en train de lire peut se dire leía ou, pour insister sur le déroulement, estaba leyendo (voir plus bas). De même, l'habitude française « je jouais / j'avais l'habitude de jouer » se rend par l'imparfait simple jugaba.

L'imparfait progressif : estaba + gérondif

À côté de l'imparfait simple, l'espagnol dispose d'une forme périphrastique qui insiste sur le déroulement d'une action passée : l'imparfait progressif, formé de estar à l'imparfait suivi du gérondif (-ando pour les verbes en -ar, -iendo pour ceux en -er et -ir).

Personne

estar (imparfait)

+ gérondif

exemple

yo

estaba

hablando

estaba hablando

estabas

comiendo

estabas comiendo

él / ella

estaba

viviendo

estaba viviendo

nosotros/as

estábamos

leyendo

estábamos leyendo

vosotros/as

estabais

escribiendo

estabais escribiendo

ellos / ellas

estaban

trabajando

estaban trabajando

L'imparfait progressif : estar à l'imparfait + gérondif.

La nuance est la suivante : leía (imparfait simple) peut signifier « je lisais » au sens d'une habitude ou d'un décor, tandis que estaba leyendo insiste sur le fait que l'action était précisément en cours à un moment donné (« j'étais en train de lire »). Les deux sont corrects ; le progressif souligne la durée et la simultanéité.

Bon à savoir

Le gérondif espagnol est invariable. Contrairement au participe passé, le gérondif (hablando, comiendo, viviendo) ne s'accorde jamais. Attention aussi à quelques gérondifs particuliers : leer donne leyendo, oír donne oyendo, dormir donne durmiendo.

Solía + infinitif : une autre façon de dire l'habitude

Pour exprimer une habitude passée, l'espagnol dispose d'une tournure très fréquente qui renforce l'imparfait : le verbe soler (« avoir l'habitude de ») conjugué à l'imparfait, suivi de l'infinitif. Soler est un verbe à diphtongue au présent (suelo), mais parfaitement régulier à l'imparfait : solía, solías, solía, solíamos, solíais, solían.

Ainsi solíamos ir a la playa (« nous avions l'habitude d'aller à la plage ») est un équivalent expressif de íbamos a la playa. La tournure insiste sur le caractère habituel et régulier de l'action ; elle est très prisée à l'écrit comme à l'oral pour éviter la répétition de l'imparfait simple.

Les marqueurs de temps qui appellent l'imparfait

Certains mots et expressions de temps orientent presque toujours vers l'imparfait, parce qu'ils signalent la répétition, la durée ou la simultanéité. Les repérer dans une phrase est une aide précieuse pour choisir le bon temps.

Marqueur

Sens

Exemple

siempre

toujours

Siempre llegaba tarde.

todos los días

tous les jours

Todos los días estudiaba.

a menudo

souvent

A menudo íbamos al cine.

mientras

pendant que

Mientras cocinaba, cantaba.

cuando era…

quand j'étais…

Cuando era niño, jugaba mucho.

generalmente

généralement

Generalmente comíamos en casa.

Marqueurs temporels typiques de l'imparfait.

À l'inverse, des expressions comme ayer (hier), el otro día (l'autre jour), de repente (soudain), una vez (une fois) ou une date précise appellent le pretérito indefinido, puisqu'elles isolent un fait délimité. Ces marqueurs ne sont toutefois que des indices : le sens de la phrase reste toujours le juge de paix.

Imparfait et passé simple dans un même récit

Dans la pratique, imparfait et indefinido se combinent en permanence : l'un pose le décor, l'autre fait avancer l'action. Un court récit permet de voir ce jeu à l'œuvre.

Récit commenté

Era de noche y llovía. Juan leía tranquilamente cuando de repente sonó el teléfono. Se levantó, contestó y escuchó una voz que no conocía. (Il faisait nuit et il pleuvait. Juan lisait tranquillement quand soudain le téléphone sonna. Il se leva, répondit et entendit une voix qu'il ne connaissait pas.)

Dans cet exemple, era, llovía, leía et conocía sont à l'imparfait : ils décrivent le décor (la nuit, la pluie), l'action en cours (la lecture) et un état (la méconnaissance de la voix). En revanche, sonó, se levantó, contestó et escuchó sont au indefinido : ce sont les événements successifs qui font progresser l'histoire. On voit clairement la division du travail entre les deux temps : l'imparfait pour le fond, le passé simple pour les faits.

Erreurs fréquentes des francophones

Quelques fautes reviennent régulièrement chez les hispanisants francophones. Les connaître, c'est déjà à moitié les éviter.

  • Oublier l'accent sur les terminaisons en -ía : on écrit comía, vivías, tenían, jamais comia ni vivias. L'accent est obligatoire à toutes les personnes des verbes en -er et -ir.

  • Oublier l'accent sur -ábamos et -íamos aux premières personnes du pluriel : hablábamos, comíamos, éramos, íbamos.

  • Écrire l'imparfait de ir avec un v : c'est iba, ibas, iba, íbamos, ibais, iban, toujours avec un b.

  • Croire que hacer, tener, poder ou querer sont irréguliers à l'imparfait : ils sont réguliers (hacía, tenía, podía, quería). Seuls ser, ir et ver le sont.

  • Employer l'imparfait pour un fait ponctuel achevé : « hier, il a plu » se dit ayer llovió (indefinido), pas ayer llovía.

  • Confondre veía (imparfait de ver) et vía : on garde le e du radical, d'où veía et non vía.

Le réflexe accent

Deux séries, deux logiques d'accent. En -aba : un seul accent, sur -ábamos. En -ía : un accent partout. Se répéter cette règle en conjuguant évite l'immense majorité des fautes d'orthographe sur ce temps.

FAQ : l'imparfait espagnol

Deux séries. Pour les verbes en -ar : -aba, -abas, -aba, -ábamos, -abais, -aban. Pour les verbes en -er et -ir : -ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían.

Trois seulement dans toute la langue : ser (era, eras, era, éramos, erais, eran), ir (iba, ibas, iba, íbamos, ibais, iban) et ver (veía, veías, veía, veíamos, veíais, veían). Tous les autres verbes sont réguliers.

Parce que la voyelle í forme un hiatus qui doit être accentué pour être prononcé séparément. L'accent écrit est donc obligatoire à toutes les personnes des verbes en -er et -ir. Pour les verbes en -ar, seule la forme -ábamos est accentuée.

L'imparfait décrit, dure et exprime l'habitude ; l'indefinido raconte un fait ponctuel et achevé. En cas de doute, on se demande si l'action forme le décor (imparfait) ou si elle fait avancer le récit (indefinido).

Conclusion

L'imparfait espagnol est un temps qui récompense vite l'effort : deux séries de terminaisons (-aba pour les verbes en -ar, -ía pour ceux en -er et -ir), trois verbes irréguliers seulement (ser, ir, ver), et une règle d'accentuation limpide. La conjugaison elle-même ne pose donc guère de problème une fois les tableaux mémorisés.

Le vrai travail se déplace alors vers l'emploi : savoir reconnaître, dans une phrase, si l'on décrit ou si l'on raconte, si l'action dure ou si elle se clôt, et donc choisir sans hésiter entre l'imparfait et le pretérito indefinido. C'est en multipliant les phrases, en lisant et en s'entraînant sur des exercices ciblés que ce réflexe devient automatique — et que l'imparfait cesse d'être une liste de terminaisons pour devenir un véritable outil de récit au passé.

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