Géopolitique du Pacifique sud : sujet HGG probable 2027
Géopolitique du Pacifique sud : rivalités USA-Chine, AUKUS, Salomon, Nouvelle-Calédonie. Plan, auteurs et chiffres pour la prépa ECG / HGG.
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Le Pacifique sud, longtemps considéré comme une périphérie tranquille du jeu international, est devenu en 5 ans l'une des zones les plus disputées de la géopolitique mondiale. Pour les étudiants en prépa CPGE, et plus particulièrement en filière ECG, c'est une thématique HGG quasi-incontournable pour les concours 2027 (HEC, ESSEC, ESCP). Pourquoi ? Parce que la rivalité sino-américaine s'y joue désormais ouvertement, parce que la Nouvelle-Calédonie y reste un enjeu français majeur après les troubles de 2024, et parce que les micro-États insulaires y deviennent les acteurs d'un nouvel équilibre.
Cet article te propose une analyse complète du Pacifique sud comme thématique HGG : enjeux structurels, acteurs majeurs (USA, Chine, Australie, France, Inde), événements marquants 2020-2026, plan-type de dissertation, auteurs et chiffres-clés à mobiliser. Avec en bonus 3 sujets probables pour les concours 2027 et la méthode pour les anticiper dans ta préparation.
Pourquoi le Pacifique sud devient un enjeu géopolitique majeur
Une zone immense et stratégique
Le Pacifique sud couvre plus de 30 millions de km² d'océan, soit l'équivalent de 8,5 fois la surface de l'Union européenne. Il regroupe 14 États souverains (Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Fidji, Salomon, Vanuatu, Samoa, Tonga, Kiribati, Tuvalu, Nauru, Marshall, Micronésie, Palaos) et plusieurs territoires sous administration française (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna), américaine, britannique. Sa profondeur stratégique est triple : ressources halieutiques majeures, routes maritimes commerciales, position-clé dans l'arc du conteneur USA-Chine.
La montée chinoise dans le Pacifique sud (2018-2026)
Avant 2018, la Chine était quasi-absente du Pacifique sud. Depuis, son implantation est spectaculaire. Accord de sécurité Chine-Salomon en avril 2022 (le premier accord de sécurité chinois dans le Pacifique sud, qui a déclenché une crise diplomatique majeure avec l'Australie). Investissements cumulés chinois dans la région estimés à 6 milliards de dollars en 2024 (source Lowy Institute). Présence portuaire renforcée (port de Naviti à Vanuatu, port de Honiara aux Salomon). Diplomatie active : visite de Wang Yi dans 8 États insulaires en mai 2022, sommet Chine-Pacifique organisé en 2023. La Chine vise une rupture avec l'hégémonie occidentale dans la région.
La réaction occidentale : AUKUS, FFA, Quad
La réponse occidentale s'est structurée autour de 3 outils. AUKUS, signée en septembre 2021 entre USA, UK et Australie, prévoit le déploiement de sous-marins nucléaires australiens d'ici 2032. C'est l'alliance militaire la plus importante en Asie-Pacifique depuis la Guerre froide. La FFA (Forum Fisheries Agency) renforce la coopération halieutique. Le Quad (USA, Japon, Inde, Australie) se réoriente partiellement vers le Pacifique sud avec le sommet de Wilmington en septembre 2024. Pour les ECG, ces 3 organisations sont devenues incontournables.
Les acteurs et leurs stratégies
Les États-Unis : retour stratégique et nouvelle base
Sous l'administration Biden (2021-2025) puis Trump (2025-), les USA ont relancé leur présence dans le Pacifique sud. Ouverture d'ambassades dans plusieurs micro-États (Salomon en 2023, Tonga en 2024, Vanuatu prévue 2025). Renforcement militaire avec le Pacific Deterrence Initiative (PDI) doté de 7,1 milliards de dollars sur 2024-2025. Coopération économique via le Build Back Better World et le Pacific Partnership Strategy. Objectif explicite : contrer l'influence chinoise dans la zone.
La Chine : stratégie d'influence multidimensionnelle
L'approche chinoise combine investissements infrastructure (BRI étendue au Pacifique), coopération sécuritaire (Salomon, mais aussi propositions vers Kiribati et Fidji), diplomatie médicale (Covid puis vaccins), et économie halieutique. Particularité chinoise : peu de conditionnalité politique, prêts "sans conditions", présence de longue durée. Cas Nauru en janvier 2024 : Nauru change de reconnaissance diplomatique de Taïwan vers la Chine, en échange d'investissements estimés à 100 millions de dollars.
L'Australie : puissance régionale et Pacific Step Up
L'Australie est l'acteur régional historique. Elle a lancé en 2018 le Pacific Step Up, une stratégie de relance de son influence économique et diplomatique avec un budget cumulé de plus de 2 milliards de dollars australiens sur 2018-2024. AUKUS lui donne aussi un statut nouveau de puissance navale. La nouvelle ministre des Affaires étrangères Penny Wong (Labor) a multiplié les déplacements régionaux depuis 2022. L'Australie est aussi le premier donateur d'aide au développement dans la zone (40 % du total).
La France : puissance résidente via Nouvelle-Calédonie et Polynésie française
La France est, par ses territoires d'outre-mer, le 3e pays au monde par sa Zone Économique Exclusive (ZEE) dans le Pacifique sud (plus de 7 millions de km²). Présence militaire forte avec les Forces Armées en Nouvelle-Calédonie (FANC) et en Polynésie française (FAPF), bases navales, exercices conjoints (Croix du Sud). Mais la France traverse une crise politique majeure en Nouvelle-Calédonie depuis les troubles de mai 2024 (référendums controversés, mort de plus de 13 personnes, dégâts économiques importants). Cette fragilité affaiblit relativement la position française.
L'Inde : nouvel acteur du Quad et pivot indo-pacifique
L'Inde s'investit progressivement dans le Pacifique sud via le FIPIC (Forum for India-Pacific Islands Cooperation, créé en 2014, relancé en 2023). Investissements cumulés modestes (environ 1 milliard de dollars), mais dimension diplomatique forte. L'Inde joue le rôle de pôle alternatif aux USA et à la Chine pour les micro-États insulaires qui souhaitent se diversifier.
Les enjeux structurants : ressources, climat, souveraineté
Les ressources halieutiques : 50 % du thon mondial
Le Pacifique sud produit plus de 50 % du thon pêché dans le monde, soit environ 1,5 million de tonnes par an (source FFA 2024). Cette ressource est au cœur de l'économie de plusieurs micro-États (Kiribati, Tuvalu, Marshall : plus de 50 % de leur PIB pour certains). La Chine et le Japon en sont les premiers acheteurs. Les négociations halieutiques (renouvellement des licences, quotas) sont un levier diplomatique majeur. La FFA, basée à Honiara aux Salomon, joue un rôle de plus en plus politique.
Le changement climatique : enjeu existentiel pour les micro-États
Plusieurs micro-États insulaires (Tuvalu, Kiribati, Marshall, Tokélaou) sont menacés de submersion partielle ou totale d'ici 2100, voire avant. Tuvalu a signé en 2023 un "Falepili Union Treaty" avec l'Australie qui prévoit la possibilité d'une migration assistée si l'archipel devient inhabitable. Kiribati a acheté en 2014 des terres à Fidji pour anticiper le déplacement de sa population. La revendication d'une "justice climatique" structure désormais la diplomatie de ces États dans les négociations internationales (COP, financement climat).
La souveraineté contestée : retour des indépendances
Plusieurs zones du Pacifique sud connaissent des mouvements indépendantistes ou des transitions statutaires. Nouvelle-Calédonie : 3 référendums (2018, 2020, 2021) avec majorité pour le maintien français, mais montée de tensions persistantes. Bougainville (Papouasie-Nouvelle-Guinée) : référendum d'indépendance en 2019, transition vers indépendance prévue d'ici 2027. Polynésie française : autonomie élargie sans rupture imminente avec la France. Cette instabilité statutaire est un facteur géopolitique majeur que les puissances étrangères tentent d'exploiter.
Les routes maritimes et les câbles sous-marins
Près de 95 % du commerce mondial passe par voie maritime, et le Pacifique sud est traversé par plusieurs routes critiques. Les câbles sous-marins de télécommunications constituent un nouvel enjeu : 99 % du trafic Internet mondial passe par ces câbles, et leur sécurisation devient stratégique. La Chine a financé plusieurs câbles dans la zone (Coral Sea Cable, Solomon Islands Submarine Cable), ce qui inquiète les services de renseignement occidentaux.
Trois sujets probables pour les concours 2027
Sujet probable 1 : "Les rivalités de puissance dans le Pacifique sud"
Sujet centré sur la dimension de compétition USA-Chine, avec mention possible de l'Australie, de la France, de l'Inde. Plan recommandé en 3 parties : I) Une zone marginale devenue stratégique, II) Des rivalités multipolaires aux outils diversifiés, III) Une marge de manœuvre nouvelle pour les États insulaires. Auteurs à mobiliser : Bertrand Badie, Hubert Védrine, Pierre Buhler, Manuel Castells, Michael Pettis.
Sujet probable 2 : "Mer et puissance : enjeux du Pacifique au XXIe siècle"
Sujet plus thématique, qui combine ZEE, ressources, militarisation, climat, câbles sous-marins. Plan en 2 parties : I) La mer, théâtre des nouvelles puissances, II) Le Pacifique comme laboratoire des défis mondiaux. Permet une comparaison avec la Méditerranée ou la mer de Chine. Auteurs : Yves Lacoste, Christian Buchet, Cyrille Coutansais.
Sujet probable 3 : "Les territoires français du Pacifique : entre souveraineté et globalisation"
Sujet à dimension franco-centrée, tirant parti de la crise calédonienne 2024 et des questions sur le statut des collectivités d'outre-mer. Plan en 3 parties : I) Une présence française historique et stratégique, II) Des territoires au cœur des enjeux contemporains, III) Une remise en question politique et institutionnelle. Auteurs : Édouard Marsala, Sarah Mohamed-Gaillard, Olivier Sudrie.
Auteurs et concepts à mobiliser
Les auteurs incontournables sur la zone
Pierre Buhler : géopolitique des puissances et de l'asymétrie
Sarah Mohamed-Gaillard : spécialiste France-Pacifique sud
Élise Huffer : Forum des Îles du Pacifique, micro-États insulaires
Bertrand Badie : puissance d'influence, multilatéralisme
Yves Lacoste : géopolitique territoriale et maritime
Stewart Firth : géopolitique régionale du Pacifique sud (Université Nationale Australienne)
Joseph Nye : soft power et hard power, transposable au Pacifique
Les concepts-clés à intégrer
Multipolarité asymétrique
Théorie de la puissance d'influence (Bertrand Badie)
Pivot indo-pacifique (concept américain et indien)
Souveraineté partagée (concept émergeant)
Justice climatique (revendication des micro-États insulaires)
Containment 2.0 (politique de contention adaptée à la Chine)
Hub and spokes (modèle d'alliances en étoile)
Les chiffres essentiels à connaître
Pacifique sud : 30 millions de km² d'océan, 14 États souverains, 12 millions d'habitants
Investissements chinois cumulés : 6 milliards de dollars en 2024
Aide australienne : plus de 2 milliards de dollars australiens (Pacific Step Up)
AUKUS : 245 milliards de dollars sur 30 ans (sous-marins nucléaires australiens)
ZEE française dans le Pacifique : 7 millions de km²
Production de thon dans la zone : 1,5 million de tonnes par an, 50 % du thon mondial
Pacific Deterrence Initiative (USA) : 7,1 milliards de dollars 2024-2025
La méthode pour anticiper les sujets HGG 2027
Étape 1, identifier les zones "sous-traitées"
Les sujets HGG aux concours BCE alternent entre régions et thématiques. Les zones traitées en 2024-2026 (Afrique, espaces maritimes, frontières, Asie-Pacifique général) sont moins susceptibles de revenir telles quelles en 2027. Les zones moins traitées (Amériques, Arctique, Asie centrale, Pacifique sud comme zone spécifique) deviennent les plus probables.
Étape 2, suivre les événements clés sur 6-9 mois
Le programme HGG des concours BCE intègre l'actualité jusqu'à 6-9 mois avant l'épreuve. Pour 2027, les événements clés à suivre dès maintenant : élections en Nouvelle-Calédonie (2026-2027), nouveau référendum en Australie (potentiel), évolutions AUKUS (livraison sous-marins), nouveaux accords Chine-États insulaires, événements climatiques majeurs (cyclones, submersions).
Étape 3, construire des fiches synthétiques par zone
Pour chaque zone géopolitique probable, construis une fiche synthétique d'1 page recto-verso. Au recto : carte simplifiée, acteurs, événements-clés. Au verso : auteurs, concepts, chiffres, plan-type. Avoir 8 à 10 fiches synthétiques pour les concours couvre 80 % des sujets probables.
Étape 4, simuler 5 dissertations dans l'année
Une dissertation simulée toutes les 6 semaines en conditions réelles (4h, papier brouillon, copie au propre, sans documentation extérieure) ancre les automatismes méthodologiques. La progression entre la dissertation 1 et la 5 est en général très significative.
Comparer le Pacifique sud avec d'autres zones de tension
Pacifique sud vs mer de Chine : différences et points communs
La mer de Chine concentre la rivalité USA-Chine de manière plus visible (Taïwan, Spratleys, navigation). Le Pacifique sud est plus diffus et joue sur l'influence (économique, climatique, diplomatique) plutôt que sur la confrontation militaire directe. Les points communs : émergence chinoise rapide, intervention occidentale renforcée, instrumentalisation des rivalités par les acteurs locaux.
Pacifique sud vs Arctique : deux périphéries devenues centrales
L'Arctique connaît une trajectoire similaire au Pacifique sud : zone marginale devenue stratégique en 10 ans, sous l'effet du changement climatique (ouverture de routes maritimes en Arctique, montée des eaux dans le Pacifique) et des rivalités de puissance (Russie en Arctique, Chine dans le Pacifique). Comparer ces 2 zones est un excellent matériau de copie.
Pacifique sud vs Sahel : deux laboratoires d'influence chinoise et russe
Comparaison utile en partie 3 ou en conclusion. Au Sahel, l'influence russe (Wagner / Africa Corps) prend une forme militaire et sécuritaire. Dans le Pacifique sud, l'influence chinoise est plus économique et infrastructurelle. Mais les 2 zones partagent une caractéristique : elles servent de terrain d'expérimentation pour les puissances qui contestent l'ordre occidental, dans des contextes où les institutions locales sont fragiles. Cette mise en parallèle valorise une copie en fin de partie.






