Analyse du sujet d'Allemand LV1 Écricome 2026 : Kennedy à Berlin, la transition RDA-RFA et l'Allemagne divisée
L'épreuve d'Allemand LV1 du concours Écricome 2026, passée ce mercredi 15 avril 2026, proposait aux candidats trois exercices complémentaires
Lila Dumonteil Divies

L'épreuve d'Allemand LV1 du concours Écricome 2026, passée ce mercredi 15 avril 2026, proposait aux candidats trois exercices complémentaires : une version tirée du Spiegel sur la visite de Kennedy à Berlin en juin 1963, un thème extrait d'un livre sur la transition entre RDA et RFA, et deux sujets d'essai en allemand portant sur la division contemporaine de l'Allemagne et sur l'engagement militaire des jeunes. L'Allemagne dans son histoire longue et ses fractures contemporaines constituait le fil conducteur évident de ce sujet. Mémoire de la Guerre froide, héritage de la division Est-Ouest, débat sur la défense nationale : trois entrées thématiques complémentaires qui récompensaient les candidats ayant travaillé la civilisation germanophone avec profondeur.
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La version : Kennedy à Berlin, un souvenir de juin 1963
Le texte et son contexte historique
Le texte de version était adapté d'un article de Paula Haase publié dans Der Spiegel 33/2025 le 10 août 2025, intitulé "Wie ich für ein Foto von Kennedy einmal durch ganz Berlin fuhr" (Comment j'ai traversé tout Berlin une fois pour une photo de Kennedy). Il s'agissait du témoignage d'Alexander, alors âgé de 21 ans, qui avait couru à travers Berlin en juin 1963 pour photographier la visite du président américain Kennedy. Le texte décrivait la traversée de Berlin à la poursuite du cortège présidentiel, depuis le Kurt-Schumacher-Platz jusqu'à Schöneberg où, au premier rang de la foule en liesse, Alexander avait réussi à photographier Kennedy, Willy Brandt et Konrad Adenauer dans une voiture décapotable.
Le contexte historique était riche et attendu d'un candidat de LV1 allemand : la visite de Kennedy à Berlin-Ouest le 26 juin 1963 reste l'un des moments les plus marquants de la Guerre froide. La Mur de Berlin avait été érigé depuis presque deux ans (il a été construit à partir du 13 août 1961), et Kennedy voulait manifester la solidarité américaine avec Berlin-Ouest encerclée. C'est lors de ce voyage qu'il prononça son célèbre discours "Ich bin ein Berliner" devant plus d'un million de Berlinois rassemblés à la Rudolph-Wilde-Platz de Schöneberg, devant l'Hôtel de ville (le Rathaus Schöneberg), en présence du maire de Berlin Willy Brandt et du chancelier Konrad Adenauer. Ce sont précisément ces deux personnages qui figuraient dans la voiture décapotable photographiée par Alexander.
Les difficultés linguistiques de la version
Ce texte présentait plusieurs difficultés caractéristiques du niveau LV1 allemand Écricome. La première était la gestion des temps et des modes. Le texte alternait entre le récit introductif au prétérit ("wollte", "wartete", "wusste") et le discours direct au passé composé et à l'imparfait ("war", "stand", "spürte"). Le passage du style indirect libre à la citation directe devait être restitué avec naturel en français. "Ich war 21 Jahre alt, die Mauer stand seit fast zwei Jahren" : la traduction de "stand seit fast zwei Jahren" devait utiliser le plus-que-parfait en français ("le Mur était debout depuis presque deux ans") ou l'imparfait avec l'indication temporelle conservée.
"Unbedingt dabei sein" est une expression très fréquente en allemand qui signifie "vouloir absolument être là", "tenir à tout prix à y être". La tentation de traduire mot à mot ("inconditionnellement là") était à éviter : "vouloir à tout prix être présent" ou "tenir absolument à y être" étaient les formulations idiomatiques attendues.
"Mit klarem Ziel, aber ohne konkreten Plan" : cette formule antithétique devait être rendue avec la même concision et le même effet stylistique en français. "Avec un objectif précis mais sans plan concret" ou "animé d'un but clair, mais sans plan défini" fonctionnaient bien. Les deux adjectifs "klar" (clair) et "konkret" (concret) avaient des équivalents directs en français, ce qui facilitait la traduction.
"Schießen" au sens photographique ("schießen" = tirer, mais aussi "prendre une photo" en allemand familier) était un faux ami potentiel : "ein Foto schießen" signifie "prendre une photo", "saisir un cliché". La phrase "konnte ich dort ein tolles Foto von Lucius Clay schießen" devait donc être traduite par "j'avais réussi à y saisir une belle photo de Lucius Clay". Lucius Clay était un général américain qui avait joué un rôle clé dans le pont aérien de Berlin en 1948-1949 et qui accompagnait Kennedy lors de cette visite de 1963.
"Es reichte mir noch nicht" est une formule familière signifiant "ça ne me suffisait pas encore", "ce n'était pas encore suffisant pour moi". La traduction "cela ne me satisfaisait pas encore" ou "cela ne me suffit pas" (en conservant la spontanéité du discours direct) était attendue.
"Sprang in den Bus" : le prétérit "sprang" (sauter dans le bus) donnait un rythme vif au récit. En français, "je sautai dans le bus" ou "je bondis dans le bus" conservaient cette vivacité.
"Habe ich mich durch die Menschenmenge nach vorne geschoben" : "sich nach vorne schieben" (se pousser vers l'avant, se frayer un chemin) demandait une traduction idiomatique : "je me suis frayé un chemin jusqu'au premier rang" ou "j'ai joué des coudes pour me retrouver au premier rang".
"Drückte ab" : "abdrücken" en photographie signifie "appuyer sur le déclencheur", "prendre la photo". "Et j'ai appuyé sur le déclencheur" ou simplement "j'ai pris la photo" concluait le texte avec la même satisfaction sobre que dans l'original.
Le thème : la transition RDA-RFA dans « Allemagne, je t'aime »
Le texte et son contexte
Le texte de thème était adapté d'"Allemagne, je t'aime" de Maureen Thumas-Eitel, publié aux Éditions La Boîte à Pandore en 2020. Il portait sur la transition du communisme au capitalisme vue par un Allemand de l'Est, Helmut, qui avait été assigné à une formation de boucher par l'État est-allemand alors qu'il rêvait d'être mécanicien. Le texte développait l'ambivalence de cette expérience : en RDA, le plein emploi était garanti mais au prix de la liberté de choix professionnelle, et la narratrice soulignait cette tension en interrogeant Helmut sur le caractère autoritaire de cette assignation, ce qui l'amenait à une réplique ironique sur la sélection des étudiants en médecine par QCM.
Les difficultés du thème vers l'allemand
Ce texte présentait plusieurs défis de traduction vers l'allemand, à la fois grammaticaux et lexicaux.
"Passer du communisme au capitalisme" : le verbe "passer de X à Y" se rend en allemand par "vomKommunismus zum Kapitalismus übergehen" ou, plus simplement, "den Übergang vom Kommunismuszum Kapitalismus vollziehen". Le mot clé "Übergang" (transition, passage) était central et son emploi était attendu.
"En RDA, ce luxe était réservé aux meilleurs élèves de la classe" : l'expression "meilleurs élèves de la classe" se traduit par "Klassenbesten" ou "die besten Schüler der Klasse". "Ce luxe" (dieses Privileg ou dieser Luxus) précédé du contexte "die Freiheit, den Beruf zu wählen" (la liberté de choisir son métier) formait la structure de la phrase.
"Commander sa voiture des années à l'avance" : la phrase "in einem Land, in dem man sein Auto jahrelangim Voraus bestellen musste" (dans un pays où l'on devait commander sa voiture des années à l'avance) faisait référence à la réalité bien documentée de l'Allemagne de l'Est, où les listes d'attente pour une Trabant (la voiture populaire est-allemande) duraient parfois dix ans. Les candidats ayant une culture historique de la RDA pouvaient nourrir leur traduction de cette précision.
"À l'issue de sa formation de boucher" : "nach Abschluss seiner Ausbildung zum Fleischer" ou "nach seiner Fleischerlehre" (après son apprentissage de boucher). En Allemagne, la formation professionnelle ("die Ausbildung" ou "die Lehre") est un terme central du système éducatif dual, et son emploi précis était valorisé.
"Je fis remarquer à Helmut que" : le passé simple français "je fis" demandait un prétérit allemand "ichmachte Helmut darauf aufmerksam, dass". La construction "jemandem etwas aufmerksam machen" (attirer l'attention de quelqu'un sur quelque chose) est idiomatique et plus précise que "ich sagte zu Helmut".
"À coup de questionnaires à choix multiple" : l'équivalent donné dans les consignes était "der Multiple-Choice-Test". La formule complète "durch Multiple-Choice-Tests" ou "mithilfe von Multiple-Choice-Tests" était attendue. La note bas de page indiquant cet équivalent était un service précieux qu'il fallait utiliser scrupuleusement.
L'essai : l'Allemagne divisée et l'engagement militaire
Sujet 1 : Inwiefern ist Deutschland heute ein gespaltenes Land?
Le premier sujet d'essai demandait dans quelle mesure l'Allemagne est aujourd'hui un pays divisé. C'est l'un des thèmes structurants de la civilisation allemande contemporaine, et l'un des plus probables pour la session 2026 au vu de l'actualité politique allemande de l'automne 2025 : les élections fédérales de février 2025 avaient montré une fracture nette entre l'Allemagne de l'Est (Ostdeutschland) et l'Allemagne de l'Ouest (Westdeutschland), avec l'AfD (Alternative für Deutschland) atteignant des scores historiquement élevés dans tous les Länder de l'Est et arrivant même en tête dans certains d'entre eux (Sachsen, Thüringen).
Un bon essai devait distinguer plusieurs dimensions de cette division. Sur le plan économique, la fracture Est-Ouest reste bien réelle trente-cinq ans après la Wiedervereinigung (réunification) : le PIB par habitant des Länder de l'Est reste inférieur à celui de l'Ouest, le chômage y est structurellement plus élevé malgré les transferts financiers massifs (le "Solidaritätszuschlag", la taxe de solidarité, a représenté plus de 1 500 milliards d'euros transférés vers l'Est depuis 1990). Sur le plan politique, la montée de l'AfD à l'Est et l'installation de gouvernements fragilisés, notamment en Thüringen où l'AfD est arrivée en tête mais n'a pas pu gouverner faute de partenaires de coalition, illustrait une crise de représentation politique profonde.
Sur le plan culturel et identitaire, l'"Ostalgie" (nostalgie de l'Est, sentiment identitaire propre aux Ostdeutschen) reste un phénomène réel, documenté par des sondages réguliers montrant que beaucoup d'Allemands de l'Est estiment que leur expérience et leurs valeurs ne sont pas reconnues à leur juste valeur par la société ouest-allemande dominante. La division n'est pas seulement géographique : elle est aussi générationnelle (les moins de 35 ans sont moins sensibles à la fracture Est-Ouest) et sociale (les classes moyennes et populaires de l'Est se sentent davantage laissées pour compte).
Un essai équilibré devait cependant nuancer : l'Allemagne n'est pas que divisée, elle est aussi l'une des démocraties les plus solides d'Europe, avec des institutions robustes, une presse libre et un débat public vivant. La formation d'une grande coalition après les élections de 2025, rassemblant CDU et SPD malgré leurs différences, témoignait de la capacité du système politique allemand à produire des compromis stables.
Sujet 2 : Sollten sich Ihrer Meinung nach junge Menschen beim Militär engagieren?
Le second sujet demandait si les jeunes devaient, selon le candidat, s'engager dans l'armée. Ce sujet était particulièrement ancré dans l'actualité allemande de 2025-2026 : le gouvernement du chancelier Friedrich Merz (CDU), élu en février 2025, avait relancé le débat sur le rétablissement du service militaire obligatoire ("Wehrpflicht"), suspendu depuis 2011. La guerre en Ukraine, la montée des menaces sécuritaires en Europe et les objectifs de l'OTAN (2 % du PIB consacrés à la défense) avaient rendu cette question urgente et très débattue dans la société allemande.
Un bon essai devait présenter les arguments des deux côtés. En faveur d'un engagement militaire des jeunes, on pouvait citer l'argument de la responsabilité collective (la défense du pays est l'affaire de tous les citoyens et pas seulement d'une armée professionnelle), l'argument de la cohésion sociale (le service militaire comme espace de rencontre entre des jeunes de milieux très différents), et l'argument géostratégique (la menace russe rend la crédibilité militaire de l'Allemagne et de l'OTAN indispensable). L'exemple de la Suède, qui a rétabli le service militaire obligatoire en 2018 et l'a étendu aux femmes, était un cas concret mobilisable.
Les arguments contre pouvaient inclure le coût financier et organisationnel d'un retour à la conscription (la Bundeswehr a été structurée depuis 2011 comme une armée professionnelle), la question des libertés individuelles (le droit à l'objection de conscience, "Kriegsdienstverweigerung", est inscrit dans la Loi Fondamentale allemande), et l'argument de l'efficacité opérationnelle (une armée professionnelle et bien équipée est plus efficace qu'une armée de conscrits peu entraînés). La proposition du gouvernement Merz de créer un service militaire sur la base du volontariat renforcé, sans conscription obligatoire stricte, représentait une voie intermédiaire qui méritait d'être discutée.






